Allez viens, on se libère.

(Je vais faire un disclaimer pour que ce soit clair : c’est pas un article qui vise à humilier ou à pointer du doigt les personnes qui veulent maigrir, changer pour se sentir mieux. Faites vos trucs et soyez heureux de la manière qui vous plaira.)

G.R.O.S.S.E
R.O.N.D.E
G.R.A.S.SE

Femme ronde noire et heureuse. C’est possible ça ?

J’ai été une enfant mince. Plutôt appréciée par les autres parce que j’étais gentille (je vous ai dit dans un article précédent que j’étais la bonne poire limite non). J’ai le souvenir encore marquant de cette enfance heureuse et simple, marquée par les anniversaires qui dégénéraient en foot en bas dans la cité, de chansons apprises pour la kermesse en fin d’année, de soleil et de rires.
Je ne voyais pas mon corps. Je ne me voyais pas comme mince (parce que la norme je suppose) mais je me voyais comme moi, Kiyémis.

C’est à l’adolescence que mon corps à commencer à s’arrondir.
Mais, j’étais bien entourée. J’étais toujours Kiyémis, la bonne copine, celle qui avait toujours le sourire accroché aux lèvres.

Le « problème » est arrivé avec les premiers émois, je pense.
On parle tout le temps de la représentation, comme il est important de se voir dans différentes situations, à travers différents médias (et j’utilise le terme de médias aux sens large, je parle de la télé mais aussi de la littérature) pour pouvoir se construire.
Mais moi, romantique que j’étais, je ne me voyais nulle part. Je regardais une série télé Phénomène Raven, mais c’était bien pâle en termes de représentations, quand on compare avec les nombreuses images que l’on me renvoyait. Toutes mes copines étaient minces, et beaucoup étaient blanches. Elles avaient des émois, des copains, mais j’étais incapable de me projeter comme destinataire du désir masculin.
(Je sais que c’est pas Feminist Friendly comme objectif  mais je vais être honnête).
Rétrospectivement, c’est vrai que c’était pas du tout féministe, mais à l’époque, à 13-14 ans, la seule manière de me voir féminine était par le biais du regard masculin. Sans validation de ce regard, j’avais l’impression de ne pas exister. D’être sur le banc de touche d’une partie de la vie. D’être privée de cela.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir connu l’humiliation, des insultes à proprement (enfin c’est arrivé une ou deux fois, mais les gens t’embêtent moyen quand t’as un frère qui peut les intimider).

Par contre, il y a les blagues des copains, qui te brûlent comme du piment.
Ya les remarques des copines, faites sur des corps qui sont bien plus minces que toi, qui te rappellent à la grossophobie ambiante.
Par contre, le souvenir de ne pas aimer ce corps, d’en avoir honte reste.
Le souvenir de ne pas vouloir se changer dans les vestiaires parce qu’on a pas envie de montrer qu’à 15 ans, on a des vergetures et on est grosse, reste. Le souvenir de ne pas vouloir aller à la piscine, parce qu’on ne veut pas ou l’on craint de lire le degoût sur les visages est bel et bien là.
La peur de s’asseoir sur une chaise qui paraît trop fragile, et de la casser en public, et de voir les rires te griffer comme des lames de rasoir reste.
La peur d’être un « cliché », comme ces personnes grosses constamment tournés en ridicule dans les films et les séries, reste.
Le réflèxe, quand on se dit 2 secondes « Mais nan t’es pas si mal » et puis tout de suite s’empêcher de penser ça, ce satané réflexe, reste.  
Ne pas se regarder dans la glace, parce qu’on veut oublier à quel point on est ronde, ce truc revient aussi parfois.
L’impossibilité d’imaginer, ne serait-ce qu’une fois, de plaire, parce qu’on est trop ronde… dieu qu’elle est restée cette barrière. Cette idée tenace, que je ne suis pas digne d’amour et de désir, tourne en rond, et continue de me hanter parfois.
Le fait de toujours se dire en premier rencard « Et s’il me trouvait trop grosse et fuyait » reste. Elle est là, cette petite question.

Certaines me diront que j’attache trop d’importance à la beauté, que me proclamer féministe c’est aussi ne plus attacher d’importance à la beauté.

Mais en tant que femme ronde, que femme ronde noire à la peau sombre, la beauté c’est encore quelque chose de politique. Quand pleins de magazines me crient de changer, de maigrir, de m’éclaircir, de cacher ce ventre rond sous une gaine amincissante, de montrer que les « bonnes formes » aka mes seins, me dire belle, c’est une déclaration d’émancipation.
Je reconquiers ce droit à m’aimer, et à trouver mon corps beau tel qu’il est. Avec ma cellulite. Avec mes vergetures qui zèbrent mon ventre, mes bras dodus et mes cuisses épaisses.
Centimètre par centimètre, je reconquiers chacun de ses espaces pour les défendre.
Je le reconquiers en regardant des femmes qui me ressemblent. Des femmes fières, belles, qui respirent la sensualité, la beauté. Je m’inspire d’elles et je m’autorise enfin à croire que ce n’est pas destinée qu’à une petite partie. Que moi aussi, je peux me trouver belle.

Je me reconquiers et je m’émancipe. Pendant toutes ces années, mon esprit refusait d’associer « grosse » et belle. C’était impossible. Et pourtant.
Je m’émancipe. En refusant toutes les voix négatives qui veulent me rabaisser, me traîner dans cet endroit où j’étais tellement triste d’être mise de côté.
Dieu que c’est dur de me dire que je ne me déteste plus. Même encore maintenant, j’ai vraiment du mal, parce que j’ai pas envie d’être arrogante, ou prétentieuse. J’ai pas l’impression de l’être. Je me compare à personne et j’évite cet écueil (j’avais l’habitude de le faire et soyons réalistes, j’étais tout le temps entourée de gens géniaux donc bon c’était en ma défaveur).
Bref, c’est dur. Mais je travaille, j’essaie de me battre de toutes mes forces, je force. Je m’entoure. Je fais des photos (LOL DE LINGERIE). Je me regarde.
Certains y verront de l’égocentrisme mais quand tu as essayé de t’esquiver toute ta vie, de fuir ton propre regard, de penser que tu ne valais rien sans un bon régime et du sport, et bien… ça change.
J’apprends à m’aimer, moi, avec mes défauts physiques. J’apprends à les accepter, j’apprends à m’aimer dans ma globalité.
Ça veut pas dire que tout le monde doit m’aimer etc bien sûr mais c’est deux choses différentes je pense.

Apprendre à s’aimer, quand on est une fille noire et ronde, c’est grisant.
Même si on trébuche. Même si on s’arrête essoufflé, parce que ça épuise de combattre des réflexes et des idées qu’on entend tous les jours. Même si on est sonné et qu’on a les larmes aux yeux parce que quelqu’un vient de nous dire « NON T’AS PAS LE DROIT DE TAIMER COMME ÇA CHANGE ».
Tout ça, c’est normal. Toute la body positivity du monde ne peut protéger de ces moments-là.
Mais j’accepte ces moments là, j’ai pas honte de mes chutes ou de mes moments où ma détermination est moins forte.

Et quand tu y arrives un peu, bien entourée.. c’est grisant.
C’est libérateur.

Du coup, j’ai envie de m’adresser aux femmes rondes (et/ou noires) qui lisent ces mots : je vous aime. Vous êtes belles. B.E.L.L.E.S .
Tout le monde ne pensera pas forcément comme moi. Mais moi, je le pense.
Vous êtes belles.

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2 réflexions sur “Allez viens, on se libère.

  1. j’aurais tellement aimé lire ce genre de choses quand j’avais ton age… j’arrive tout doucement (ya encore du taf) a cette situation seulement maintenant. En tout cas bravo, pour ce texte et pour tout le reste ^^

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  2. Je me reconnais tellement dans ce témoignage! J’suis touchée par chaque mot, chaque phrase, j’ai l’impression que j’aurais pu dire exactement la même chose…
    Comme l’a dit une amie: on n’est pas FAT, on est FATALES!!

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