Bloquée.

Je n’arrive plus à écrire.

Je me l’avoue enfin à moi-même. Oh, confession dure et douloureuse, arrachée à une fille qui était capable de gribouiller des carnets entiers de chansons à 11 ans, qui arrivait à composer des poèmes en plein cours de 5ème, qui était capable de rentrer chez elle et d’écrire des petites histoires dont elle et ses camarades étaient les héroïnes. Je me souviens de l’époque où j’étais capable d’écrire à partir de bribes de rêves, je me souviens de l’époque où mon imagination était comme un flot d’encre qui se déversait partout, sans s’arrêter. J’écrivais sur tous les carnets, feuillets, bouts de feuilles, tout ce qui était à ma disposition. J’écrivais comme pour assouvir une soif, et l’encre (d’abord réelle puis numérique) était comme un liquide qui me rassurait. J’écrivais parce que ça me démangeait, parce qu’il fallait que je sorte ces mots et ces histoires.
J’écrivais comme on chante une chanson qui nous reste coincée dans la tête : quoi qu’on fasse, on doit la chantonner. On s’en rend à peine compte et voilà la chanson sur nos lèvres, et voilà l’air que l’on fredonne.
Je fredonnais tout le temps sur du papier.
Je ne sais même pas si on peut qualifier mes histoires de bonnes, mais à l’époque, je ne voyais pas le problème. A l’époque, il n’était même pas question de talent en fait. Je me sentais juste d’écrire, et le stylo glissait, les doigts dansaient sur le clavier, c’était juste naturel et fluide. Le stylo et le clavier glissait sur le papier, je m’abandonnais à mon imaginattion, et bim, je n’étais plus là, je m’envolais, j’étais loin. Je surfais et créais un autre monde.
C’est ridicule mais c’était comme un super pouvoir, le pouvoir de mettre des mots et de créer des histoires, de s’extraire du temps présent.

 

Je n’arrive plus à écrire.

Tout ce qui était fluide est maintenant forcé. Tous les mots que je pouvais écrire se sont transformés en vagues phrases qui me déplaisent. Je lis tout ce que je pouvais écrire, et je me sens admirative et jalouse de la moi d’avant. Toutes ces filles que je pouvais imaginer, disparues. Toutes ces étincelles qui m’embrasaient et pouvaient me faire écrire jusqu’à épuisement sont des feux de pailles. J’ai toujours des idées, mais le mécanisme s’est rouillé. Ce réflexe d’écrire a disparu, et je me retrouve avec des idées que je n’arrive pas à verbaliser, un nœud dans une tête toute embrouillée et un nœud dans la gorge.

J’ai un syndrome de la page blanche mais qui se prolonge indéfiniment. La plupart du temps, j’ai une envie de fracasser mon cerveau contre une feuille de papier en espérant que le choc en fera sortir les mots dans une espèce de blougi boulga compréhensible qui fera sens. J’ai envie de pouvoir fermer les yeux et de taper et qu’en sorte les histoires que j’arrive encore à imaginer. Mais plus rien ne sort.  Plus rien de concret.
Ca me manque de ne plus écrire, mais je ne sais plus comment faire.
Je ne sais plus écrire.

 

 

 

 

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