Modèles non homologuées.

Aussi loin que je me souvienne, ma mère m’a toujours vivement incité à mettre en avant la culture noire et surtout les femmes noires. Même quand j’étais petite, je la regardais, souriant d’un ait amusé, chercher la moindre femme noire dans les journaux, les magazines, les plateaux télés, les clips musicaux, les séries que je regardais. Je regardais (et regarde encore) son regard s’animer, pétiller en voyant en face d’elle une femme qui lui ressemblait, et qui me ressemblait.
Je me souviens que quand elle zappait et qu’elle tombait sur une femme noire, son intérêt était piqué. Vous comprenez, c’est tellement rare, que tout de suite, ça lui attirait l’oeil et elle regardait jusqu’à la fin. Sa bouche s’étirait dans un sourire fier, et content, de se voir dans des médias (dans tous les sens du terme) dans lesquelles elle était si désespérément absente.
Je riais, et puis inconsciemment, j’ai commencé moi aussi à les chercher. Ma série préférée c’était Phénomène raven à l’époque (même si clairement, en termes de revenu j’avais du mal à me retrouver en elle : vous avez vu la taille de sa maison de SF)

Je me souviens que ma mère est aussi une grande fan des grandes divas noires américaines, de jazz et de R&B. Elle m’a transmis ça d’ailleurs. Aretha,
Billie, Ella… mais aussi Mary J et Angie Stone, Kelly Price et Marsha Ambrosious… mes oreilles ont été bercé par ces voix.
Ma mère me disait toujours « Black & Proud » et le faisait toujours suivre par  » il faut mettre à l’honneur les femmes Noires ». Et elle répétait ça, sans cesse…
Du coup, pour moi, l’intersectionnalité c’est un terme scientifique que j’ai découvert tard en mode  » ah vous appelez ça, comme ça ? ».

Mais bref. Cet « amour » des femmes noires et de leur volonté de percer que m’a transmis ma mère me fait du coup voir des personnes admirables partout.
Des personnes qui arrivent à construire mon idée politique, de façon très éclectique. Je suis inspirée par Beyoncé, Amber Rose, Nicki Minaj… mais aussi par bell hooks, Angela Davis, Paulette Nardal, Kimberlé Crenshaw, Josephine Baker. Mes inspirations sont multiples et diverses, parce que je pense qu’un discours politique peut prendre plusieurs formes différentes.

Peut être que la construction de ma réflexion politique est bancale, car elle ne repose pas entièrement sur des personnes que l’on considère comme détenant le savoir. Parce qu’elle n’utilise pas forcément les livres « reconnus » et les auteurs « consacrés ».  Mais qui puis-je ? Qui puis-je, sincèrement ? Dès le départ,  j’ai trouvé des propos plus parlant chez des gens dont on considère qu’ils ne sont pas doués de cerveaux car : femmes, noires, vues comme vulgaires (allo slutshaming), et/ou comme des pop stars decerebrées.

Qui puis-je ? J’ai commencé à voir des dynamiques sociales dans les propos de ma grand mère, ex-femme de ménage noire ayant longtemps vécu dans la précarité. Ma mère me parlait déjà de ce que c’était d’être une « femme noire sans patrimoine » avant que je ne découvre le terme d’intersectionnalité dans les ouvrages scientifiques. J’ai entendu parlé d’amour de soi et d’unité chez Queen Latifah et Aretha.
Et j’ai appris récemment que le bikutsi (j’en ai déjà parlé dans l’article précédent mais au cas où : c’est une musique et une danse du Cameroun) était à la base un moyen pour les femmes du village dont la musique est originaire d’exprimer leur différends.

J’ai des outils, des références variées et j’en ai marre d’avoir à me justifier, à voir honte parce que « hinhin Beyoncé icône du féminisme, qu’elle aille lire Butler et De Beauvoir ». Peut être aussi parce que j’ai appris (ou du moins, on m’a enseigné) que les discours et les savoirs ne passaient pas forcément par l’écrit, et les livres mais par les chants, les danses, les poèmes, les histoires. Que ces supports sont aussi importants que d’autres.
Et tous ces outils, et leurs acteurs, me permettent de construire mon idée politique. Perfectible, évidemment.
Sujette à critiques évidemment. Mais toujours en considérant ces supports, outils et acteurs comme AUSSI importants que les livres.

You gonna deal.

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