Voter ou ne pas voter, ou les pensées d’une semi-abstentionniste.

[Disclaimer : ceci sera long et brouillon. Comme d’hab, ce sont mes bavardages.]

Il était une fois, l’histoire d’une jeune fille politisée, qui vient d’avoir 16 ans (aka votre serviteuse).

Je viens de commencer les coursd’éco en première ES (YAY vive la première ES !). Du coup, je commence à apprendre les bases des bases en socio (qu’est ce que sont les agents institutionnels, qu’est ce qu’un ménage, comment on peut les distinguer). Du coup, j’ai pleins de questions, je lève la main plusieurs fois en cours, tout le monde veut me balancer des trucs parce que je pose des questions qui provoquent des digressions d’une demi-heure, BREF je me politise. Bon, c’est arrivé avant…. (genre en 2005), je commence à regarder des débats politiques à la télé, mon père se moque et me dit que c’est un spectacle mais J’Y CROIS. J’y crois aux débats politisés, et, avide, je continue à poser des questions à mes profs d’histoire, d’éco, parce que j’ai envie de participer, j’ai envie de comprendre, j’ai envie de savoir.

A l’époque, je piaffai d’impatience d’avoir ma carte électorale. 

Tada !!! La sacro-sainte carte électorale. Le sacro-saint droit de vote. La sacro-sainte preuve de démocratie, moyen d’expression démocratique tout puissant. Et je regarde avidement ma mère aller voter aux élections, preuve suprême de sa citoyenneté, alors que moi, je ne suis qu’une demi citoyenne. Je la presse d’aller voter. Je la gronde quand elle ne le fait pas. (Enfin « gronder » est un grand mot).

Je la soûle de débats télévisés et je me rappelle encore la regarder les yeux brillants, en lui disant que c’est beau de voter. C’était un rituel à la maison. Mon père, fou d’actus, réservait ses dimanches soir électoraux à zapper entre les différents plateaux. Je me souviens du soir de 2007. Mon père avait éteint la télé, et était allé directement se coucher. J’avais la boule au ventre, et une ambiance de mort régnait dans la maison.

Ca ne pouvait se reproduire. Du coup, j’essayai de comprendre, d’apprendre, et tout ce qui se passait autour du vote était capital.

Le vote pour moi, était un gage de confiance. Un contrat passé entre l’électeur et l’élu dans lequel l’élu s’engageait à suivre ce pourquoi il était élu. Je remettais entre ses mains ma confiance en lui en lui disant  » Okay, tu as le pouvoir, le palais et le salaire : mais tu bosses pour moi. Tu bosses pour nous, ceux qui t’ont mis là et tu es responsable de ce que tu fais. Ne nous trompe pas ! ».

A l’époque, je pensais que la politique c’était l’expression de la chose publique et que les hommes et les femmes politiques avaient pour but d’arriver au pouvoir pour construire un projet de société visant à promouvoir l’intérêt général. (ON NE RIT PAS AU FOND). J’y croyais vraiment ! Abreuvée de tous ses débats politiques télévisés, de toutes ses grandes phrases et ces bons sentiments, je me disais que c’était ça la politique. Et que le vote était le moyen roi, la voie royale qui permettait aux citoyens de s’exprimer. Bavarde comme j’étais, débordante de questions, je ne comprenais pas ceux qui s’abstenaient.

« Bon ben okay tu t’abstiens, mais on s’est battus pour avoir le vote t’as pas honte pff du gâchis. Tu sais que les femmes avant 1944, elles n’avaient pas le droit de vote ? PFF VA VOTER. »

Le vote pour moi était et est toujours un gage de confiance. Un bout de papier qui dit  » je te fais confiance pour changer la société et pour faire ce que tu dis pendant ta campagne. »

Mon père me disait alors toujours : « Kiyémis, tu confonds toujours l’accession au pouvoir et l’exercice du pouvoir. Tu es trop idéaliste ! ». ( En même temps, si tu n’es pas idéaliste à 16, 18, 20 ans, c’est quand même la tristesse. )

Anyway. Arrive l’élection présidentielle française. Soyons honnêtes, j’y croyais pas des masses, parce que le candidat ne m’enthousiasmait pas plus que ça mais je me suis dit : « on s’en fout du candidat, même si c’est pas celui pour lequel tu croyais le plus, vote pour un programme, vote pour la gauche ». (Genre le PS c’est la gauche).

Nous voilà alors trois ans plus tard. Je me sens comme une femme qui a été séduite par les doux mots de « République », de beaux discours  » je suis de gauche !!! » (LOL) et qui revient à la réalité. Et qui est trompée.

D’aucuns trouveront mon propos ridicule, mais qui s’en chaut vraiment ? J’aimais la politique. J’aimais ce rêve, cette chimère, ce mythe qu’on m’a vendu. Et du coup, même si je voyais des dysfonctionnements, des bugs  » dites pourquoi en fait, je me sens pas représentée ? « ,  » Dites, pourquoi vous nous mentez et crachez dessus », ben j’étais encore amoureuse. Alors, quand t’es amoureuse, tu vois plus rien non ?

J’aimerais continuer sur cette métaphore de la séduction, du rapport amoureux, parce que je trouve que sur certains trucs c’est adéquat mais je ne peux pas. Je ne peux pas voir la politique comme un jeu de séduction, parce que le jeu de séduction lambda, c’est quand même un truc où tu mens à la personne pour avoir ce que tu veux. Et dans ce cas là, dominer. Mais il semblerait que ce soit ça, l’accession au pouvoir, faire des promesses, faire des promesses, même si on est pas totalement sûr de ce qu’on fait (dans le meilleur des cas), où l’on sait que l’on ment pour avoir des votes (dans la plupart des cas) et ensuite accéder au pouvoir et puis…

Ben voilà.

Mais je n’ai plus confiance. Ni au jeu politique, ni aux joueurs. Et si je considère toujours mon vote comme un gage de confiance, comment je pourrais le donner honnêtement ? A qui ?

Et je ne peux plus croire à ce jeu de séduction. Les manoeuvres me dégoutent, je n’ai pas confiance. Surtout quand je vois la philosophie avec laquelle on accepte mon dégoût.

« Oh ben ils reviendront à la prochaine élection, parce haha, de l’autre côté c’est pire. Tenons, tenons ! »

Je ne peux pas, je ne peux pas oublier la trahison, ni la légèreté avec laquelle elle est prise. La manière dont j’ai l’impression qu’on prend certaines populations pour acquises. Parce que « c’est pire là bas ». Donc on ne fait même plus l’effort de faire semblant de faire comme si on était du même côté. Comme si on voulait être du même côté.

Sans aucune volonté de vouloir prendre leur responsabilités, certains hommes et certaines femmes poltiques veulent s’adresser « aux déçus » du haut de leur morale. Ce serait de notre faute si on en a marre d’être pris pour des cons.  » Votez pour nous ! Croyez en nous mais en fait pas vraiment parce qu’on va rien faire de ce qu’on dit hein ! Mais votez « .

******

Votez utile, vous dis-je ! Sinon tout sera de votre faute ! Sinon, LE MONSTRE FN. Nous on est GENTILS AVEC VOUS, ON sait ce qui est mieux pour vous !

Mon vote est bradé. Mon vote n’est plus parce que j’imaginais qu’un parti, des gens, allaient construire un vrai projet de société, MAIS QUE NENNI ! Tu es trop idéaliste ma pauvre chérie ! Et les réalités du pouvoir ma pauvre chérie ! Tu peux pas les tenir pour responsables ma pauvre chérie ! Il n’y avait pas d’autre solution ma pauvre chérie !

A quoi ça sert de voter alors ? Si les dés sont déjà pipés… Si vous nous prenez pour acquis mais que vous faites rien pour les racisés… Si l’exercice du pouvoir changera forcément la donne… Et que du coup, c’est pas de votre faute…

Le vote est le moyen par lequel le peuple s’exprime. Et puis de toute façon, si tu t’exprimes pas sans le vote, t’as pas le droit de parler après.

J’avais l’habitude de penser ça avant. Rétrospectivement, je trouve ça totalement débile de penser que le vote est le seul moyen d’expression dans une démocratie. Mais peut être que c’est moi qui aie tort et qu’effectivement le vote est la seule manière d’être entendu… Vu comment ça a marché la dernière fois, je suis moyen convaincue. Ou sinon, je devrais faire comme certains et crier  » JE QUITTE LA POLITIQUE » !

Bon ben si tu votes pas, ne t’abstiens pas, vote blanc !

Bon… J’ai eu ces discussions dernièrement… Apparemment, le vote blanc ne remet pas fondamentalement en cause le déroulement d’une élection (il n’y a pas un taux où le vote blanc ferait annuler une élection, par exemple.). Je suis moyen sûre, mais du coup, je vois pas bien l’intérêt.

Et le vote obligatoire alors ?

L’idée même du vote obligatoire me met dans une colère noire. Porter sur les électeurs la responsabilité de leur désillusion causée par les hommes et les femmes politiques et les contraindre à se plier au jeu… Ca me donne envie de crier et de pleurer. Je devrais pas voter parce que je suis forcée ou parce que j’ai peur (du FN, visiblement chez certains, c’est leur seule campagne et newsflash, c’est moyen), je devrais voter parce que j’en ai ENVIE. Parce que je crois assez au paysage politique pour changer quelque chose à nos vies ! Répondre à la médiocrité de l’état de la vie politique actuelle et au manque de mobilisation par le vote obligatoire… Non mais n’importe quoi…

C’est vraiment con d’être déçue à 23 ans (presque). J’aimerais être dépolitisée parfois, faire comme ils dépeignent les gens, aller pique niquer, ne plus regarder les résultats des élections avec un noeud dans la gorge, m’en foutre totalement. Comme ça, j’aurais plus cette colère impuissante et ce goût de cendres dans la bouche.

(Mais bon, je crois que j’ai toujours envie de voter pour les élections locales, localement, on peut toujours changer quelques petits trucs pas vrai ? J’espère. Je sais même plus. Mais bon, voir un vote local instrumentalisé au niveau national me ferait VRAIMENT PAS PLAISIR)

On ne naît pas abstentionniste, on le devient.

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2 réflexions sur “Voter ou ne pas voter, ou les pensées d’une semi-abstentionniste.

  1. Ok. Tu as décris avec exatitude ce que je pense du vote actuellement d’autant que mon cheminement intellectuel est quasi-identique au tien. Sur le vote local je suis tout aussi pessimiste voire plus (au vu de ce que j’ai constaté chez moi…) Bonne contination !

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  2. Pingback:   Ne réfléchis plus, vote !  | «Les bavardages de Kiyémis.

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