Réflexions sur la non-mixité.

J’ai lu l’article d’Alma H. Geist « Non-mixité noire et fragilité blanche : une histoire sans fin » et j’ai eu envie d’écrire quelque chose en fait.

Le sujet ? Mes expériences et le fait de me retrouver en non mixité, notamment quand je rejoins Mwasi pendant des actions, des manifestations notamment.
Au début je me suis demandée si c’était pertinent d’écrire pour expliquer la non-mixité mais ensuite j’ai eu une conversation avec une copine de la fac, qui s’intéresse à l’afroféminisme et qui avait du mal à comprendre cette idée, un des principes de Mwasi qui est l’autonomie et la non mixité. Je vais pas réexpliquer la position de Mwasi dans cet article, car voici le lien de leur site, mais m’adresser du coup à ma copine noire qui était sceptique.

Pourquoi j’aime la non-mixité ? Parce que pour moi, c’est l’impression d’être en sécurité. Je sais que je ne serais pas victime de micro-aggressions racistes, sexistes (et que je devrais moi même faire attention à ne pas alimenter d’autres oppressions). Je sais que je n’aurais pas à avoir à expliquer, re expliquer, re re expliquer certaines oppressions, certaines insultes, certains propos qui semblent «  » » » » » »inoffensifs » » » ».
Je sais que je n’aurais pas à cacher ma peine parce que « faut pas être la susceptible de service », ni ma colère parce qu’il faut pas  » être la relou de service ».
Je sais que ma colère n’aura pas l’air stupide, jamais. Qu’elle ne sera pas utilisée comme une manière de me « taquiner », ou de me « provoquer », comme si j’étais un truc avec lequel dont on peut titiller les chairs à vif pour voir si je bouge encore. Je sais que je pourrais craquer et m’effondrer, sans devoir expliquer.

Parce qu’elles savent. Elles savent.

Parfois, t’as pas envie d’expliquer comment des structures oppressives limitent et restreignent ton champ des possibles. Parfois t’as pas envie de t’exposer tout court.
Parfois, tu veux juste faire une pause et prendre une grande respiration.

La non-mixité, pour moi, c’est ce moment d’intimité retrouvée, de fragilité, ce moment où tu respires sans avoir peur d’être étudiée ou regardée.
Ce moment où, parce que temporairement (et de manière illusoire je suppose) certains acteurs qui portent les oppressions, sont tenus à l’écart, tu peux respirer, regarder droit, t’organiser correctement. La non-mixité, c’est cet endroit qui te permet d’avoir la vision claire, sans distraction aucune. Sans demande incessante d’explications d’une oppression à quelqu’un qui soit de fait privilégié par ladite oppression.

Cet outil, comme tous les outils est critiquable évidemment et comporte des limites. Mais parfois, ça a du bon à mon sens. Moi, ça m’a permis de respirer à de nombreuses reprises. Respirer 2 secondes et puis replonger sous l’eau.

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