Fatigue.

La France me fatigue.

Ce pays me fatigue. Ces polémiques stériles me fatiguent. Ces intellectuels médiatiques et leurs gérémiades ridicules me fatiguent. Leur obsession du voile me fatigue. Leurs propos misogynes me fatiguent. Cette façon de vouloir simultanément incarner la « patrie des Droits de l’homme » sans regarder Calais en face me fatigue.
Je crie, mais je ne crie pas assez fort et ils et elles sont toujours là avec leurs médiocrité, et je m’impatiente et je m’use et ils et elles sont toujours dans mon poste de télé, à enchaîner confortablement installés dans leurs sièges leurs insanités.

Ce silence sur les problématiques raciales me fatigue. La réécriture de l’histoire sur le passé colonial me fatigue. Cette tromperie d’universalisme républicain m’a fatigué. FATIGUÉ, je vous dis ! Menteur, menteuse, menteuuuurs ! L’histoire montre que ce concept abstrait n’est que mensonge. Il n’a pas protégé du code de l’indigénat, du double collège et du travail forcé. Il n’a pas protégé d’une vision colonialiste de « l’Africain », grand enfant qui aurait continuellement besoin d’un tu(t)eur.
Je suis fatiguée en lisant les découvertes sombres qui lient le Cameroun et la France.
Fatiguée !

Je suis fatiguée. Lasse. Lasse parce que je veux fuir mais fuir sans moteur, sans argent, fuir pour aller où, fuir pour faire quoi ? Fuir pour laisser qui derrière, fuir, fuir, fuir. Fuir, c’est loin, fuir c’est l’inconnu et j’ai peur de l’inconnu,  mais j’ai aussi peur de demain, peur de 2017, peur de 2018, peur des gens qui veulent courir après les électeurs du Front National et qui veulent nous écraser au passage, peur de ceux qui n’ont pas eu besoin du Front National pour montrer leurs vrais visages.

J’ai peur, je veux fuir, je veux m’échapper, m’évader. J’avais perdu l’insouciance, mais à ce stade je ne veux plus rien ressentir. Et j’ai honte d’être faible, honte de craquer alors qu’avant moi, personne ne craquait, certainEs ont pris pire avant, certain(e)s prennent pire maintenant.

Je suis fatiguée. Je dois rester forte, devenir forte, pour ne pas me noyer, m’inspirer des autres, mais c’est difficile. Je suis déjà fatiguée.

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5 réflexions sur “Fatigue.

  1. Ce monde est hypocrite malheureusement. Peut importe le pays, les politiques ne font rien pour le peuple. Je vis en Belgique et je peux vous dire que ce n’est pas mieux. Fuire ce serait bien mais pour aller où? J’aurais aimé apporté une solution mais je me sens aussi impuissante que vous et moi aussi j’ai peur. Peur pour mes enfants car avec le temps les choses ne s’ améliorent pas au contraire elles empirent.

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  2. Je suis dans le même état de fatigue que toi, que faire?
    Rester à tout prix envers et contre tout? Partir, fuir, mais où? Car l’herbe n’est sûrement pas plus verte ailleurs dès lors que l’on est né avec cette couleur de peau (même si je commence à penser qu’une vie un chouïa meilleure est possible ailleurs).
    Je regrette parfois l’insouciance que j’avais il y a encore quelques années (insouciance que j’ai gardé d’autant plus longtemps car j’ai été élevée de l’autre côté de l’Atlantique donc n’ai été confrontée que bien plus tard à cette racialisation).
    Je ne saurais dire si mon « éveil » a coïncidé avec mon entrée dans le monde du travail mais abracadabra et la vie m’est apparue sous un nouveau jour. Cette haine, ces non-dits, ces clichés évoqués avec le sourire et mis sur le compte de « l’ignorance », ce racisme larvé qui ne dit pas son nom, cette soi-disant bienveillance, ce paternalisme, cette volonté non-assumée de ne pas vouloir laisser une part de gâteau aux autres.
    J’ai des amis, des membres de ma famille, qui semblent s’accommoder de cet état de fait. Est-ce parce qu’ils ont renoncé, ont été vaincus, ont un environnement plus sain, ou n’ont pas encore été confrontés à cet état de fait? Je ne saurais le dire…
    Pensées amicales.

    P.S: Je vous suis sur Twitter et trouve admirable ce que vous (afroféministes) faites, surtout à votre jeune âge.

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  3. Pingback: Fatigue | Entre les lignes entre les mots

  4. Moi aussi je vous suis sur twitter et je suis admirative. Ne lâchez pas, s’il vous plaît! je voudrais que mes enfants grandissent dans un monde que vous aurez éduqué et qui vous aura entendue, dans un pays qui aura changé. D’ici qu’ils soient grands…

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