C’est arrivé près de chez nous : quelques moments de sororité afroféministe.

On peut dire que le premier semestre a été bouillant de mon point de vue de meuf parisienne afroféministe. Maintenant que la torpeur de l’été me laisse le temps de me poser, je ne me souviens que l’agenda des jeunes filles et jeunes femmes afroféministes bouillonne et que pas mal d’entre nous sont pleines de ressources. Après le boom qu’a fait la conférence afro-féministe de la réalisatrice Amandine Gay, pleins d’autres événements afro-féministes sont arrivés au premier semestre 2016. Je me suis attardée sur quelques uns d’entre eux qui m’avaient particulièrement marqué.
Le premier sur lequel j’aimerais m’attarder, c’est celui de la conférence afroféministe organisé par l’association des étudiants africains de la Sorbonne (l’Adeas), qui organise de nombreux événements culturels à Paris et notamment le festival du film africain.

Le panel choisi était flamboyant : une des fondatrices du MODEFEN (mouvement des femmes Noires) Lydie Doon-Bunya, une participante du collectif afroféministe Mwasi, la Youtubeuse Naya La Ringarde, la politologue Françoise Vergès et la blogueuse Many Chroniques. Que souhaiter de plus, vraiment ? J’étais enthousiaste, et je n’étais pas la seule car l’événement était plus que complet. Je me souviens, des mois après, de l’agréable surprise de cette file d’attente en ce samedi pluvieux. Quelle expérience enrichissante de voir cette militante des années 80 revenir sur son histoire, sur ses souvenirs de la colonisation au Cameroun, de nous rappeler son parcours en France, au sein du monde militant français ! Il est encore difficile de mesurer l’impact de voir cette dame de 80 ans nous transmettre son histoire, face à un public qui m’a semblé relativement jeune, et qui se tenait aux côtés de militantes afroféministes plus jeunes.  Assise au premier rang, je dois avouer que j’étais conquise. Convaincue. Revigorée. Fière de voir ces femmes, d’âge et de parcours différents construire un afroféminisme français, vanter des références propres au contexte français. J’étais fière de me tenir dans cet amphi plein à craquer.
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C’est cette même force qui m’a ensuite permis de marcher au 8 mars pour toutes aux côtés de Mwasi.

(photo tirée de l’album Facebook de Mwasi)

Être dans le cortège Mwasi pendant ma première manif féministe, c’était une nouvelle fois faire l’expérience de la sororité. Parce que Mwasi, c’est la BASE ! Marcher ensemble, crier ensemble notre refus de l’injustice, contre un cishétéropatriarcat, qui nous oppresse, chanter ensemble, danser ensemble… donne une force incroyable. J’ai presque senti dans mes veines couler une espèce de joie qui était revigorante. Vivifiante. J’ai presque senti sur mes lèvres le goût de l’émancipation. (Les manifs ça me rend euphorique presque).

 

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tiré du site Femmes Noires & Travail.

J’ai pas eu l’occasion de participer à « Femmes Noires et Travail » mais j’ai vu les vidéos et j’ai regretté ne pas être là alors j’ai tenu à le mentionner. Cet événement était axé, comme son nom l’indique, sur la problématique que les femmes noires peuvent rencontrer dans le monde du travail (discrimination à l’embauche sur la base du sexisme et du racisme, comment gérer certains commentaires sur le lieu de travail, comment augmenter sa confiance en soi). La blogueuse Ani du Kidjiworld le raconte elle-même, cet événement, organisé par Maria DaSilva et la blogueuse et écrivaine Mrs Roots, fut aussi une réussite.

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Un dernier événement qui m’a marqué est dans un endroit où je m’y attendais moins je crois. C’était à l’édition 2016 de la Natural Hair Academy.

Et plus particulièrement, la conference Empowerement qui a eu lieu à 18h. La salle était immense et COMPLETE. Des centaines de jeunes femmes assises en face du panel composé de Julee Wilson (rédac chef beauté du Huffington Post et journaliste à Essence), Magatte Wade (entrepreneuse sénégalaise), MichaelAngela Davis (activiste afro-américaine), Kelly Massol (qui a fondé une marque de produits de beauté appelée « les secrets de Loly ») et Teyonah Parris  (actrice afro-américaine). La surprise du chef a étonné tout le monde quand Christiane Taubira a débarqué sous les ovations et un tonnerre d’applaudissements et j’avoue que je ne l’attendais pas là . Christiane Taubira n’a pas manqué de nous sortir un discours nous enjoignant à être féministe et (sans dire le mot « intersectionnalité » mais je suis sûre qu’il lui brûlait la langue 😂), à profiter de ce type d’espace qui permet de nous rassembler et nous réunir pour construire un féminisme plus fort sur la base de notre expérience de femmes noires. Christine Kelly (oui oui, tout le monde était là) nous a rappelé son parcours difficile dans les médias en tant que journaliste noire en France et a évoqué la question des familles monoparentales. (Voir l’article de Ani Kidji qui résume la NHA ici)

Et voir toutes ces femmes parler de leur parcours, nous enjoigner et nous encourager à se sentir belles et légitimes dans nos discours contre les discriminations, voir ces débats entre ces femmes noires pas toujours d’accord, ce mélange entre blogueuses, entrepreneuses, activistes, c’était…. inspirant. Historique, surtout en France. Et justement voir à la NHA beaucoup de femmes noires FRANCOPHONES  (voire françaises)  parler était capital, pour ne pas me sentir un peu déconnectée.

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Ces quelques événements que j’ai choisi de citer cachent les émissions radios, les débats dans les salles, les réunions hors de Paris (avec des colloques à Rennes, Lyon, Toulouse), les événements autour du 10 Mai, des livres sortis (je dois encore mettre la main sur les bouquins de Léonora Miano et Josette Spartacus) et encore une tonne de manifestations auxquelles je n’ai pas pu assister. Mais ça montre bien qu’il y a un bouillonnement, un foisonnement, une vie que l’on ne peut plus étouffer. Et dans ces manifestations afroféministes (la NHA ne porte pas ce label, mais je l’ai ressenti comme ça), j’ai ressenti de manière éphémère cette sororité. Construite (du coup, pas forcément), politique, puissante.

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Pour aller (encore plus loin !)

  • Au delà de nos frontières, en Suède,  il y a Po Lomami qui organise cet immense evènement dont je me devais de parler : Extract (cliquez pour plus d’infos), en septembre, en Suède,

SI vous voulez visiter un pays scandinave, c’est le moment (les billets sur Transavia sont pas hors de prix, au cas où)…

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Une réflexion sur “C’est arrivé près de chez nous : quelques moments de sororité afroféministe.

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