Confessions d’une ex-optimiste. 

Je ne sais plus quel mot utiliser pour décrire ce que je ressens depuis quelques semaines, depuis quelques mois. Je suis effrayée. Terrorisée. Je me sens piégée comme dans des sables mouvants, impuissante à regarder la catastrophe arriver. Je sens mon taux d’optimisme, que je croyais pourtant élevé, s’amenuiser de jour en jour, et la peur, toujours la peur, étreint mon coeur et m’empêche de me débattre. La peur entrave les mouvements de mon corps et ceux de mon cerveau. La peur, comme un étau, saisit ma tête et m’empêche presque de réfléchir. J’essaie de relativiser, parce que ma situation n’est pas si grave, parce que « y a pire quand même » mais rien y fait. Je ne trouve pas d’issue de secours, de porte de sortie, de lumière d’espoir assez tangible pour continuer à me débattre. 

D’aucuns me diront  » c’est normal d’avoir peur, on vit dans des temps troubles, il y a des attaques terroristes, c’est ça qui te fait peur ». Mais c’est pas ça qui m’effraie le plus je crois. C’est que je n’ai pas confiance en les hommes et femmes politiques actuelles pour ne pas nous mener vers des politiques autoritaires. Pour ne pas glisser vers un État dirigé d’une main de fer, qui s’éloigne peu à peu d’un idéal démocratique parce qu’on « a pas le choix. » Et que « c’est comme ça » et que ce sont « les principes de réalité ». Que toutes les « valeurs » et les « principes » qu’on est censés défendre deviennent de plus en plus des mots creux, qui ne se transcrivent pas dans les décisions politiques, ni dans les actes politiques. Qu’on parle de liberté de la presse mais qu’on rogne le secret des sources. Qu’on parle de « protéger les libertés publiques parce que ce sont nos valeurs » mais que les interdictions de manifester se multiplient. Qu’on parle de fraternité mais qu’est ce que la fraternité, qu’est ce que l’égalité sans des politiques RÉELLES de justice sociale ? Qu’on nous dise que la sécurité c’est la première des libertés, et que ça passe tranquillement ? 

Est-ce que ce sont devenus (encore plus) des mots valises qu’il faut prononcer à chaque discours parce que ça fait bien mais qui ne se traduisent PAS dans la réalité concrète ?  Est-ce que la politique, ça se résume à des pages dans Gala, à de la com’ et des discours moyennement écrits ? Courir après des électeurs de plus en plus fachos et surfer sur les peurs des gens sans savoir où ça nous mène ? Aller toujours dans les provocations et les petites phrases trash bidons histoire d’être sûr.e d’exister médiatiquement quite à être médiocre ? 

Je suis effrayée. J’ai pas d’autre mot. Je regarde l’état de la politique française maintenant et j’ai peur. Ce qui me fait le plus peur, c’est que je vois 2017 arriver. Je vois la campagne présidentielle. Je vois le danger d’une droite et je vois le mépris constant du parti de gouvernement envers ses (anciens ?) électeurs. Ce refus total de remise en question qui se transformera bientôt en tentative de chantage affectif parce que « attention la droite et l’extrême droite sont pire ». Je vois ces enièmes appels à l’unité, qui finalement voudront dire « on ne veut pas de tes idées, ton vote n’engage pas ma parole parce que après viendra le temps de la realpolitique, mais si tu ne votes pas alors tout sera de ta faute ». Je vois ce chantage politique, cette coercition basée sur la peur du FN, parce que la séduction ne marche plus arriver de la part d’un parti qui se dira socialiste. Le chantage politique, le « vous faîtes le jeu du FN » et autres  » l’autre est pire que moi », c’est l’option qui fonctionne quand la séduction ne marche plus. Quand la déception est trop profonde. C’est la tactique  » je te traite mal mais personne ne t’aime dehors de toute façon, donc reste avec moi et vote pour moi. ». 

Je vois les tentatives d’analyser l’abstention, je vois les  » les électeurs ne croient plus en la représentation nationale » sans volonté de se remettre en question. Et ce sont les mêmes gens qui auront reproché à celleux activement mobilisé-eS politiquement (via les pétitions, les manifestations, les grèves, les blocages, les tractages, les débats qui durent des heures sur Facebook et j’en passe)  de ne pas « utiliser le vote comme moyen d’expression politique » (lol) qui se moqueront de ta naïveté parce que tu as cru aux promesses vides d’un candidat qui « s’est confronté à la realpolitik« . Et qui te culpabiliseront si tu t’abstiens parce que quand même ta voix compte (sic).
Maintenant, je comprends le désir de s’échapper, le manque d’intérêt à la politique, de penser à autre chose, de s’évader par tous les moyens possibles et imaginables. De pas y penser. Je ne jugeais pas les gens qui le faisaient avant mais maintenant je comprends mieux. Parce que le tableau n’est pas glorieux. Et qu’on avance tête baissée et que je vois aucune lumière, aucun espoir auquel se raccrocher. Et que j’aimerais croire au mythe de la personne providentielle mais c’est quand même mettre beaucoup de pression sur deux épaules donc bon. 

J’arrive pas à y croire à nouveau, pourtant c’est pas mon genre d’être pessimiste et défaitiste. 

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Une réflexion sur “Confessions d’une ex-optimiste. 

  1. Malheureusement pour vous, vous n’êtes ni pessimiste, ni défaitiste. Vous êtes juste « réaliste ». Rappelez vous les policards qui d’une seule voix exultaient « continuons à vivre comme avant » et qui maintenant annulent les feux d’artifices et même une braderie… celle de Lille. Ah elle est belle la France conquérante, puissance de l’OTAN, incapable d’assurer la sécurité… d’une braderie!
    Comment avoir confiance dans ces politiciens véreux et/ou incapables? Et que ferons nous en mai 2017? Oui c’est terrifiant. Mais c’est là notre triste réalité.

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