Peut-être, au loin, l’espoir. 

Ça fait quelques temps déjà que j’écoute certains podcasts (en ce moment, j’écoute pas mal ceux de France Culture et de RFI) et j’enchaîne : d’abord sur le congrès des étudiants et des écrivains Noirs de 1956, puis sur Presence Africaine, puis tous ceux sur les nouveaux féminismes. Se succèdent dans mes oreilles Achille Mbembe, Léonora Miano, des historiens, des sociologues, des géographes. En face de moi, à côté, je vois des activistes se démener de toutes leurs forces. Donner toute leur énergie.

J’ai un peu peur d’y croire, parce que j’ai l’impression que l’ambiance générale est au renoncement, à la perte d’espoir, à la crainte d’un futur où la démocratie s’éteint doucement pour laisser place à des régimes axés sur la sécurité, la nation aux traits bien définis, une nation-forteresse qui marginalise, oppresse et exclut ceux qui ne font pas partie du peuple-élu, supérieur aux autres. 

Mais. Il y a un glissement. Un changement. Un frémissement. C’est très léger, un peu frêle. Un truc. C’est cette impression qui me reste, alors que tout me paraît assombri, alors que je n’ai qu’une envie, c’est de me perdre dans les nuits de Paris et d’ailleurs pour oublier. Cette impression me reste comme un goût sucré dans la bouche, comme l’espérance d’un glissement. Pourtant, je n’y crois pas au grand chamboulement, au grand renversement qui nous libérerait d’un coup. Mais ce truc, oserai-je l’appeler, cet espoir d’un minuscule changement, qui nous permettrait d’avancer pas à pas (et chaque pas est important) vers la justice sociale me ravit presque. Quelle douceur de sentir que ma colère face à l’injustice n’est plus seulement nourrie par la désillusion et le désespoir ! 

D’où ça vient ce petit truc que je ressens, qui frémit en moi alors même que la période n’y est pas propice, alors qu’à chaque instant, je me sens proche de l’abîme ? Il faut rendre à Beyoncé ce qui est Beyoncé : c’est d’abord grâce à ces personnes dont l’activisme et le militantisme nous fait remettre des étoiles faiblardes dans les yeux. Dont l’humilité s’impose à nous. Dont le travail pour créer et alimenter un rapport de force me rend si admirative. Gardons nous de placer des espoirs demesurés sur des épaules humaines, mais ils/iels/ ELLES se reconnaîtront. 

D’où vient ce truc ensuite ? Me replonger dans le passé, dans l’histoire de ceux et celles qui sont venu-es avant nous, qui ont redressé la tête avant nous, qui ont levé le poing avant nous, qui se sont battus avant nous. Faire vivre leurs mémoires, apprendre leur(s) combat(s), apprendre de leurs luttes. Voir les resistances qu’iels ont rencontré, voir leurs échecs aussi me permet paradoxalement de me sentir mieux. Je comprends ainsi que des personnes que l’on peut considérer comme des héros/héroïnes des luttes pour la justice sociale, des luttes qui sont extrêmement politiques, ont aussi échoué permet d’accepter mieux nos échecs présents. Les luttes pour l’émancipation sont jonchéEs de défaites et c’est NORMAL. On avance petit à petit, TRÈS LENTEMENT mais ça bouge quand même.

Ce petit truc est aussi animé par les tentatives que je vois de bouger, à son niveau. Tous les projets que je constate, à chaque niveau pour changer la situation me font comprendre que je ne suis pas la seule avoir, au fond, cette idée insensée qu’on peut changer* les choses. Je vois des revues, des collectifs se monter, des gens qui ne s’intéressaient pas à certains sujets essayer de l’aborder, des festivals, des réunions, des colloques, des manifestations… ça bouge quoi ! Ça bouge encore ! 

~*Et d’ailleurs, certains partis classiques (ou hommes politiques issus des institutions et lieux de pouvoir habituels – grandes écoles-) veulent s’accaparer cette envie en engageant des cabinets de com pour nous faire croire qu’ils sont  » le changement ». En 2012, on avait déjà bien senti que c’était un truc de communiquant, on va pas se refaire avoir une nouvelle fois. Personne ne croit pas en UNE personne qui puisse incarner le changement. Les personnes qui se présentant comme étant « l’homme ou la femme qui va changer les choses », je ne les crois pas. La plupart du temps, c’est du vide. ~

Chez moi, en général, le desespoir et la peur du futur me pétrifient. D’ailleurs, c’est un état que je connais depuis 2014 environ. Et pourtant, ce soir, quand je n’écoute plus ceux qui font la course à l’élection présidentielle et que je regarde ailleurs, je vois autre chose. Je vois des années de travail, de cris, de larmes  (c’est pour ça qu’il faut se relayer), je vois des défaites et des échecs… mais au loin, peut-être, je vois l’espoir. 

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4 réflexions sur “Peut-être, au loin, l’espoir. 

  1. J’aime bien ta plume. Je viens de découvrir ton blog, étant twittos-novice, mais déjà très intéressée par ta réflexion plus qu’approffondie. Comme l’impression que ce sentiment partagé, cette lutte des classes infinie, cette fatigue face aux injustices toujours plus insolentes, sans filtre, sans honte, eh bah comme l’impression que ça va finir par aboutir à un truc. Du moins l’espoir est là, c’est toujours ça.

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