Solange Knowles, étoile brillante dans le ciel de Kiyémis. 

Je vais parler de Solange comme une fan, et pas comme une critique artistique, donc excusez mon langage dithyrambique. 

Solange Knowles donc. Je devrais remonter jusqu’au premier épisode de « Penny Proud » (the Proud Family, un dessin animé qui passait sur Disney Channel où la fille était une jeune ado Noire. ), moment de ma rencontre musicale avec Solange Knowles, mais ce ne serait pas honnête, puisqu’à l’époque, je ne la connaissais pas vraiment en tant qu’artiste. Je ne lui ferais pas l’injustice de la ramener constamment à sa soeur, donc je préfère me concentrer sur mon véritable coup de coeur. 2009, I Decided Part II passe à la télé. Le côté pop revival des années 60 du clip me plaît, l’originalité du son me donne envie d’aller plus loin. Le morceau T.O.N.Y aiguise encore plus ma curiosité. Sonorités jazzy, clip en Noir et Blanc, un vent de fraîcheur dans ma playlist décidément monotone. Je Google vaguement « Sol-Angel And The Hadley St-Dreams » entre deux fiches de révisions du bac de français quand soudain… Sandcastle Disco explose dans mes oreilles. Le printemps, le soleil, la joie mises en musique. La joie. Le coup de foudre est de mise. Sandcastle Disco, c’est mon hymne, ma sonnerie de téléphone. C’est la musique dont je ne me lasse pas, qui m’accompagne à mes épreuves, qui me tire de mes moments de tristesse, c’est la musique qui résonne dans la salle de bains quand je me prépare pour mes premières soirées. Sandcastle Disco, c’est la bande-son de l’insouciance de la fin de mes années lycées.Comment ensuite ne pas aimer Sol-Angel And The Hadley St Dreams ? La douceur de 6’o clock Blues ou de Cosmic Journey qui contre-balance avec les rythmes endiablés de Would I’ve Been The One ou de Dancing In The Dark ? A partir de ce moment, Solange est d’une mes artistes musicales favorites, encore peu connue en France mais qu’importe.

Sol-Angel & The Hadley St Dreams – Geffen Records – 2008

Au début des années 2010, Solange acquiert de plus en plus en plus de reconnaissance, et devient une it-girl, représentante de celles qui portent leurs cheveux naturellement crépus sur les tapis rouges.Quel plaisir j’ai à la voir de plus en plus sur les couvertures des blogs, vantée comme une Fashion icon (même si, en toute honnêteté, je n’y connais que très peu en Fashion/mode). De « lanceuse de tendances » à directrice artistique chez Puma, Solange acquiert une forte notoriété (en tous cas de ce que je peux constater.). 

Vient le début de l’automne 2012. L’EP True. L’iconique Losing You. Le clip avec des sapeurs congolais. Les lumières de Cape Town. Les danses endiablées. Losing You. La couleur de la vidéo, la joie de la musique crépite dans mes oreilles. Et je retrouve presque la sensation que m’a procuré Sandcastle Disco la première fois que je l’ai entendue. Presque. L’insouciance a un goût doux-amer, la mélodie a un côté un peu nostalgique. Cette joie qu’on essaie de rattraper à chaque écoute est éphémère, à la fin de la chanson, elle n’est déjà plus qu’un souvenir. J’ai l’impression que cette course (é)perdue résonne dans tout l’album, notamment dans Lovers In The Parking Lot et dans Bad Girls (Verdine Version). Ce sentiment résonne tellement en moi, qu’il m’accompagne lors de la découverte de la vie nocturne parisienne. Solange réussit à me rendre encore plus accro à sa musique, à son personnage. A chaque fois que je rentre au petit matin, les accords de basse de « Bad Girls » me reviennent aux oreilles. Je fredonne la mélodie en essuyant le maquillage de la veille.

True – Terrible Records – 2012

Je regarde les vidéos de ses concerts, je rêve d’assister à une de ses représentations… en janvier 2013, j’y vais. Je suis un peu déçue, car le public n’avait pas l’air très réceptif à la mélodie ( « contemplatif » dira les Inrocks), mais heureusement, j’étais avec des amis (et une fan qui connaissait aussi toutes les paroles. Vive les fans.).

True est magnifique et est bien, bien trop court. J’en veux plus que ces 6,7 joyaux, que j’ai déjà écouté des dizaines de fois. Un pro de la musique me dira  » Mais c’est ça les E.P Kiyémis ! ». Mais c’est difficile de se contenter de ça, alors que les mois passent et qu’on attend avec impatience, la nouvelle oeuvre, le nouveau morceau, le nouveau visuel que nous propose l’artiste. Je suis pages fb, comptes Twitter et Instagram, c’est tout juste si je n’ai pas une alerte Google. 

Ses coups de gueules, cris de colère face à l’injustice du racisme structurel aux US, ses prises de position en tant que femme noire vivant dans une société raciste et patriarcale me dépriment et me  ravissent. Pour être honnête, j’ai l’impression de la voir mûrir et grandir comme artiste mais aussi comme activiste, et j’ai l’impression qu’elle accompagne mes propres réflexions sur ma situation en tant que femme noire. La voir créer son site « Saint Heron » et s’en servir pour nous faire découvrir des artistes (notamment Kelela) peu connus du grand public (et je m’inclus dans cette appellation) était fort enrichissant. Assister à l’expression publique de sa conscientisation était encore plus gratifiant. 

Et puis soudain, 2016. « A Seat At The Table« . Wow. C’est différent. Comprenez-moi bien, Solange a toujours été différente pour moi, mais là c’est vraiment différent. A travers les mélodies plutot lentes et douces. L’insouciance a laissé la place à la colère et à la lassitude. La colère assumée, revendiquée. Alors que j’avais l’impression de m’enfuir, de m’envoler avec ses deux derniers opus, A Seat At The Table est profondément ancré dans 2016, dans la réalité des US. A Seat At The Table reflète sa réalité de femme Noire, à qui on a touché les cheveux sans demander un nombre incalculable de fois, à qui on a demandé pourquoi elle était aussi en colère. « Pourquoi tu parles de racisme et de sexisme ? ». »Pourquoi tu es aussi susceptible ? » Mon Dieu, Cranes In The Sky est tellement… intime. Tellement proche. Quand elle dit  » I tried to dance it away… », ça me fait tellement penser aux fois où la danse (souvent en soirée) a été un échappatoire, un endroit où je ne réfléchis plus. Mais fuir ne suffit pas, fuir est impossible.  Un album avec beaucoup d’interludes parlés, sur la difficulté de vivre aux US quand on est Noir.E, qui accompagnent sa volonté de faire entendre les idées de son entourage sur la question du racisme aux US. J’ai particulièrement aimé l’interlude où elle laisse sa mère parler. Tina Lawson explique que leur foyer a toujours été pro-Noir.E, et j’ai eu l’impression d’entendre parler ma mère, quand on discute toutes les deux dans la cuisine. 

A Seat At The Table – Saint Columbia – 2016

« All my niggas in the whole world…. […]

This shit is FOR US. THIS SHIT IS FOR US » – F.U.B.U . 

OUI Solange ! Le plaisir de voir une grosse partie de mon fil d’actu sur Twitter exploser. De se sentir concernée. De se sentir à sa place. Solange nomme son album  » A Seat A The Table » (ce qui me rappelle beaucoup les discours de Viola Davis sur le manque d’opportunités des femmes Noires à Hollywood) mais j’ai l’impression qu’elle veut retourner un peu la table. Surtout quand j’écoute une de mes chansons favorites de l’album « Don’t Wish Me Well. » Ce que je comprends à travers ces chansons, c’est qu’elle est déterminée à aller à fond dans ce qu’elle entreprend, de ne pas essayer d’adoucir sa personnalité, de dire sans transiger ses opinions.  

Dans une conversation avec sa mère sur son site Saint Heron, elle dit elle même que cet album a aussi pour but d’aider à panser certaines plaies. Et j’apprécie aussi cet album pour ça. Parce qu’il y a aussi une nécessité de reconnaître que dans les situations d’oppressions (ici, racisme et sexisme), ceux qui y sont soumis souffrent. La colère, aussi légitime qu’elle soit, est éreintante. Le combat, crier, se débattre, expliquer encore, c’est fatiguant aussi. C’est à ces instant que j’aime d’autant plus la douceur des mélodies de l’album. 

Alternant entre colère, affirmation d’un amour de soi, A Seat At The Table me ravit, me nourrit, m’apaise et me donne encore plus envie d’entendre les voix des femmes Noires françaises artistes qui parlent d’une réalité française. Aller ouvrir un livre de Léonora Miano, admirer le travail des jeunes femmes derrière les sites Atoubaa et Nothing But The Waxattendre les projets de mon amie Mrs Rootsassister à des manifs dénonçant le racisme et le sexisme avec Mwasi, me reposer devant une vidéo avec The Nerdies Factory…  A Seat At The Table me renvoie aussi à tous ces projets, initiatives faites « Pour Nous, Par Nous ». Cet album-cadeau créé par une femme Noire me (re)donne envie de écrire, de produire, de me battre et de relever la tête. Merci Solange. 

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