Entre deux rives. 

Re-découvrir nos récits. Les pas de nos ancêtres. L’histoire de *l’immigration* (une part non négligeable de certains de nos récits, qui ne se limiteraient pas à ça) , contée publiquement par les rires abrutis que provoquent les accents de nos parents. Les gloires et les misères des cheminements de nos aieux et nos aïeules confinées aux salons privés,aux cuisines, entre deux portes, méritent la clarté aveuglante de la vérité. Les obstacles, nombreux, sur le chemin légitime de l’épanouissement et du bonheur, voeu finalement humain, méritent d’être racontés, déclarés, clamés. 

Je ne crois pas à l’assimilation. Cruelle punition qu’on inflige à celui qu’on a décidé différent. Dont l’histoire ne semble pas compter . Dissolution de nos histoires, dissolution de nos mémoires… comme si on effaçait les traces de nos parents dans le sable. Comme si rien ne comptait. Une injonction à l’abandon d’une partie de nos êtres pour embrasser un côté qui nous renverra à des côtes parfois lointaines. Certain.es d’entre nous sont voué.es à être entre deux chaises, entre deux rives, jamais à leur place, comme doublement absent.es. Certain.es d’entre nous sont obligé.es de refouler, se diminuer, disparaître un peu, pour atteindre un objectif chimérique, intégrer pleinement la seule société qui les a vu naître. Certain.es d’entre nous doivent jouer les archéologues, ressasser, chercher, exhumer la moindre trace d’une existence gommée par d’autres, honnie, renvoyée aux limbes de la mémoire du roman national. Certain.es d’entre nous dérivent entre deux rivages, s’agrippant au moindre objet nous paraissant familier, proche. 

La réalité acide fait disparaître le voile de mes illusions. Comment grandir, apprendre, découvrir, partager, l’histoire et la vie de mes ancêtres, dans un lieu qui aurait préféré que leurs mots, leurs maux, leur existence reste silencieuse ? Me débattre avec ce dilemne, entendre des gens qui disent qu’ils « rentrent », mais je sens le verbe inadapté, je ne « rentrerais » pas moi, je partirais. Partir d’un endroit violent qui se dit « maison » en te considérant comme un invité, pour découvrir une autre « maison » qui te voit comme un étranger, souvent bienvenu, étranger cependant. Penser faire le chemin inverse, comme si celui qui partait avait oublié quelque chose. 
Vouloir se raccrocher à une des deux rives, dériver. 

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