Flamboyance politique à Nyansapo.

Ce week-end s’est déroulé le premier festival afroféministe organisé par le collectif Mwasi, Nyansapo. Réunissant familles de victimes de la violence policière, collectifs afroféministes européens, artistes, militant.es et sympathisant.es, ce festival s’est déroulé sur deux jours, du 28 au 30 juillet 2017 à Paris.

Le festival Nyansapo a été l’objet de débats innombrables, parce que près de 80% de ses ateliers étaient réservés au femmes noires. Dans la mesure où j’ai déjà écrit sur la non-mixité sur le blog, je ne vais pas y revenir et vais m’intéresser à ce qu’était Nyansapo.

Nyansapo, un festival politique unique en son genre.

A ma connaissance, le festival Nyansapo est le premier festival français qui a permis de mettre les femmes noires, et notamment les femmes noires francophones au centre. Les apports artistiques des femmes noires, à la photographie, à la musique, voire même au théâtre étaient omniprésents. L’exposition photo de Nancy Wengue-Moussissa, les travaux vidéos de Claire Obscure, les interventions de Casey, la perfomance du groupe Kami Awori, les déclamation déclamation de textes comme celui de Léonora Miano, tout exhalait le talent de femmes noires. #BlackGirlMagic

C’est aussi à ma connaissance le premier festival, sur le territoire français, qui met les femmes noires comme actrices d’un changement politique.

Qu’est-ce que ça veut dire de manière concrète ? Ça veut dire inviter des femmes comme Ramata Dieng, soeur de Lamine Dieng, jeune homme tué par la police en 2007, qui parle de violences policières et de son combat au sein du collectif « Vies Volées ». Ça veut dire aussi proposer des livres de théorie politiques écrits presque exclusivement par des femmes noires traitant des questions de racisme, de sexisme, de LGTB-phobie, et presque tous traduits en Français, parmi lesquels des textes de bell hooks et d’Audre Lorde mais aussi le livret de la Coordination des Femmes Noires de 1978.

Les représentantes de Nyansapo se sont directement inscrites dans une histoire des mouvements antiracistes francophones, en proposant en première vidéo une interview de Gerty Dambury, membre de la CODEFEN. Le dialogue entre l’ancienne militante de la CODEFEN et la militante de Mwasi symbolisa à mes yeux,plus qu’un hommage, une main tendue vers une histoire longtemps mise de côté . Mwasi clamait ainsi haut et fort que l’afroféminisme ne venait pas de « nulle part et qu'[il] faisait partie de la famille des mouvements noirs pour la libération ». Intrinsèquement ancré à gauche, le festival prit soin de mettre en lumière la place des femmes noires dans les luttes au travail en invitant un groupe de femmes de ménages noires marseillaises à parler de leur combat pour obtenir justice et meilleurs salaires. Se côtoyait une association pour envoyer des fournitures scolaires au Mali et un collectif d’afroféministes lyonnaises, Sawtche, qui distribuait des outils pédagogiques sur les questions de négrophobie et misogynoir.

La question de la présence des femmes noires ne s’est ainsi pas limitée, comme on le voit souvent, à la question de la représentation ou à la citation de textes d’auteures absentes, qui rendent leur existence presque abstraites. De la production intellectuelle, artistique en passant par l’action de terrain, les femmes noires étaient au centre d’une dynamique visant à questionner et transformer la société.

Mwasi a également renoué avec une tradition des mouvements noirs de libération, notamment des mouvements panafricains en permettant un espace où des afroféministes de plusieurs pays européens (Angleterre, Pays-Bas, Espagne et France) se sont retrouvées pour discuter de misogynoir, de militarisme, de la supremacie blanche en contexte européens, de la représentation, de l’histoire du colonialisme et du traitement des corps noirs dans les contextes des différents pays. On peut ainsi rapprocher cette initiative à des évènements comme celui du Congrès des Étudiants et artistes Noirs de 1956 ou encore du 2ème congrès panafricain de 1919. La présence appréciable de traductrices a d’avoir des échanges plus enrichissants et de raffermir des liens au sein de la diaspora afrodescendante. C’était fascinant de se mêler à la foule et d’entendre parler français, anglais, espagnol, portugais…

De l’islamophobie au colorisme en passant par la santé mentale et la critique virulente virulente du capitalisme, ce fut une myriade de problématiques qui fut abordée ce week-end là dans une ambiance à la fois joyeuse et combative. Chacun.e d’entre nous avait l’impression de vivre un moment spécial, encore beaucoup trop rare, où nos idées politiques, nos émotions, notre flamboyance pouvait s’exprimer librement et sans entraves.

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2 réflexions sur “Flamboyance politique à Nyansapo.

  1. Merci pour cet article; comme je travaillais j’ai regretté de ne pas pouvoir m’y rendre. J’espère qu’il y aura plus d’évènements de ce genre. D’autant plus que finalement en tant que femme rascisée vivant en France, ce genre d’espace de rencontre me manque. En tout cas j’aime beaucoup tes articles en général donc merci encore.

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