Fausse humilité, étouffement de soi et rêves déraisonnables.

Depuis que je suis petite, disons 9-10 ans, j’ai eu envie d’écrire. Je me souviens qu’à neuf ans, j’écrivais des paroles de chansons, des poésies. A 10-11 ans, en CM2, une ancienne copine et moi on avait créé ce journal qui s’appelait « Écrivaine en herbe », où j’écrivais des histoires sur des filles de mon âge. Mon imagination débordait sur des dizaines et des dizaines de pages, je remplissais des cahiers et des carnets pour faire vivre des héroïnes qui me ressemblaient et qui semblaient n’exister que dans ma tête. Ma grand-mère me raconte que j’avais toujours un cahier et les mains couvertes d’encre (et aussi que je suis censée raconter son histoire, mais ce sera pour une autre fois).

Pourtant, le fait de vivre de cette écriture me paraissait être un rêve lointain. Les personnes que les médias et le monde me montraient comme étant la représentation de l’écrivaine ou de l’artiste ne me ressemblaient que trop peu à l’époque. Dans ma tête, si on était une femme noire artiste en France, on ne pouvait être que chanteuse ou danseuse, et encore. Malheureusement, ce n’était pas mes domaines de prédilection. Et puis, il fallait être raisonnable car *mum voice*

Une femme noire doit se battre quatre fois plus parce qu’elle est Noire et qu’elle est une femme !

Raisonnable. Je devais me rendre à l’évidence, emprunter une voie bouchée comme celle du journalisme ou pire, vouloir espérer vivre de sa plume relevait de l’inconscience. Je devrais me consacrer à trouver une voie plus simple, dans un monde qui m’attendait au tournant, pour être en sécurité.

Et pourtant. Mes doigts continuaient à me brûler. Les mots continuaient à s’échapper, à couler. Je n’écrivais plus des romans à l’eau de rose, mais je continuais à hurler sur le papier, sur l’écran, à projeter mon cerveau contre cette page blanche, c’était plus fort que moi. J’étais tiraillée entre l’envie toujours plus forte d’écrire et la peur, qui m’envoyait des messages assourdissants. J’en voulais à la petite partie de moi qui voulait essayer, continuer de penser à ce désir d’écriture et j’essayais à tout prix de lui faire entendre raison.

Je maudissais cette partie de moi qui voulait croire en ses rêves. *moment niais*

Il fallait que je sois raisonnable. Il fallait que je paie mes factures, que j’ai un boulot normal, et que j’arrête toutes ces histoires de bouquins, de plume pour les ranger au fond d’une armoire à côté de vieux souvenirs d’enfance.

Pendant longtemps, je n’ai rien dit à personne. Que pouvais-je dire de toute façon ? Comment expliquer à quelqu’un qu’on a un vieux rêve qui nous pourchasse depuis l’école primaire ? J’avais peur qu’on me juge encore plus naïve que je ne l’étais déjà. Et puis un jour, alors que je déjeunais avec une amie dans un Paradis du Fruit, tout ce qu’il y a de plus basique, elle me dit ces mots d’une simplicité lumineuse :

« Mais meuf, quoi que tu fasses, tu reviens à l’écriture. Tu te mets des barrières, ta peur te met des barrières, mais tu ne fais que tourner autour pour ensuite y revenir. Essaie. »

Je me suis retrouvée sans voix. Sans moyen de protester. C’était difficile de reconnaître que cette soi-disante humilité dont je me targuais m’empêchait d’aller plus loin, masquait mon horizon. C’était la peur, tout simplement. La peur de l’échec, la peur du rejet, la peur d’essayer tout simplement. La peur de trop espérer, la peur de prendre une voie qui n’était pas supposée être pour moi, la peur d’avoir l’air stupide en poursuivant ce rêve.

Et puis ensuite, j’ai vu des femmes, comme moi, des femmes noires en FRANCE, qui écrivaient des choses, qui publiaient des romans, des pièces de théâtres, des bandes dessinées, des essais politiques , des articles de presse, de la poésie. Tant bien que mal, ces écrivaines, auteures, journalistes, artistes, défendaient leur plume. Je les ai vues passer par leurs périodes de doutes, de larmes, d’échecs et de réussites.

Je les ai vues et mes doigts se sont mis à chatouiller encore plus. Je les ai vues et pour la première fois, j’ai eu envie de me jeter dans la bataille. Je les ai vues et j’ai enfin compris pourquoi ma mère me disait tout tout le temps  » N’aie pas peur, ma fille. ». Elle comprenait (et comprend) pourquoi j’aurais envie d’être faussement humble pour me réduire, pourquoi j’aurais plus facilement envie de rétrécir, pour rester dans une ombre familière .

Je tente. Résultat, je vais publier mon premier livre, un recueil de poésie, en mars 2018. Moi qui me recroquevillais à l’idée de laisser quelqu’un lire mes écrits il y a quelques années, me voilà trépignant d’impatience, voulant partager avec le monde mes mots. (Je risque d’en parler sur le blog)

Je suis morte de trouille. Je sais qu’il y aura des échecs, des coups durs, des pauses. Il y en a déja.Pourtant, je ne peux plus être spectatrice de ma propre vie et voir les autres réaliser leurs rêves, mes rêves. Je veux savoir quel goût ça a, d’essayer.

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