Incurable optimiste.

(Originellement écrit en 2014).

 

J’avais espoir en ces soit-disant grands hommes,

Je les pensais capable d’être le chantre de grandes idées.

Je me trompais, en somme

Mais je suis enfin désillusionnée.

 

Désenchantée, mon cœur ne rit plus

Alors que face à nous, on élève l’exclusion comme valeur

L’envie de sourire;  s’est lentement tue

Perdue dans la colère, les larmes et la peur

 

Et j’ai si mal, si mal à mon cœur

Celui-ci est avide des grands rassemblements

Celui-ci recherche désespérément la chaleur

De la beauté des idéaux des Grands.

 

Et j’ai si mal, si mal à mon âme

D’avoir cru en ces trompeurs, ivre de pouvoir

Qu’au fond d’eux, il y avait cette fragile flamme

Qui saurait transformer en réalité nos espoirs

 

Oh j’ai mal, parce que la division est proche.

J’ai mal car avoir opprimer et déclasser sont les mots d’ordre

J’ai mal parce que le rejet et la haine s’accrochent

A tous ces mots jetés pour créer le désordre.

 

Mais, indomptable, la volonté renaît.

Elle se lève difficilement, encore un peu frèle

Elle révèle et met en lumière tous ces vœux secrets

De changement et d’émancipation, et brille l’étincelle.

 

Oh cette lumière deviendra aveuglante

Car, finalement j’y crois encore

La chaleur du rassemblement sera éblouissante.

Oh non, le sentiment de justice n’est pas encore mort.

 

Ne tuez pas encore cette fougue ardente

Des mouvements qui espèrent, qui se soulèvent.

Car ce n’est que l’expression exceptionnellement saisissante

D’âmes qui embrassent encore leurs rêves.

 

Et même si j’ai mal au cœur, même si j’ai mal à l’âme

Malgré les coups portés, malgré les attaques infâmes,

J’y crois encore moi aussi.

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Mon ressenti après : « Que s’est-il passé, Miss Simone? »

On me parlait souvent de Nina Simone quand j’étais plus jeune et que je ne savais pas me servir de Google que je tombais sur son nom. On me disait toujours  » Nina Simone a une voix magnifique… mais c’est triste ce qui lui est arrivé. Elle était tellement en colère… tellement. Elle était amère. Elle a fini si seule. « .
Et vous comprenez, y avait un goût de tristesse, de rancoeur qui m’éloignait d’elle. Un peu comme Billie Holiday, en fait. Cette noirceur autour d’un immense talent que je détectais et qui m’empêchait d’accrocher à leurs voix, par ailleurs magnifiques. Je préfèrais les voix plus douces de Sarah Vaughan et d’Aretha Franklin.
Comme si elles étaient plus légères, moins chargées en colère et en souffrance.

Je viens de regarder le documentaire de Netflix sur Nina Simone « What happened Miss Simone » et je suis un peu dans mes feels je crois. Voir une personne aussi talentueuse, aussi belle, et la fin me laisse le coeur lourd je crois.

« Elle est très en colère. »
Oui mais sa colère était juste. Comment ne pas être en colère, dans la situation où elle a vécu, l’histoire de sa famille, de la ségrégation, de la pauvreté, du racisme envers les Noirs. De sa propre situation familiale, où elle se faisait battre par son mari, alors même qu’elle avait l’impression de se sentir exploitée par la seule personne qu’elle aimait ?

A un moment, elle dit un truc du style :  » dans un moment où c’est une question de vie ou de mort, où c’est une question de survie, c’est du rôle de l’artiste de s’engager et de prendre position. Un artiste doit refléter son époque et faire passer un message ». Et après elle dit  » Je pense qu’un artiste qui n’aurait pas été comme moi [aussi engagée politiquement] serait plus heureux. Mais comment je fais pour arrêter d’être moi ? »

Du coup, je me suis demandée. Comment tu fais pour arrêter d’être en colère, quand la colère est juste mais qu’elle te fait du mal ? Parce que sa colère était juste à mon sens (et à plein de monde), une partie de sa colere (évidemment je veux surtout pas effacer les problèmes de santé qu’elle avait) était une conséquence des injustices qu’elle subissait, c’était l’expression de son besoin d’être libre, sa colère était l’affirmation de son droit à être libre.

Comment tu fais ça partir du coup ? Comment tu renonces à l’expression de ton besoin de liberté, si cette expression de faire souffrir ?

L’une des filles de Malcolm X parle du fait que pas mal de familles des activistes ont été « chahutées » pendant le mouvement des droits civiques aux USA. Je pense que ce serait une intéressante étude à faire : pourquoi ces familles sont chahutées ? Pourquoi les activistes doivent payer le prix fort d’une libération qui leur est due ?

Je suis perdue, je crois.

Last night, Chimamanda saved my life.

Je viens de finir  » Americanah » de Chimamanda Ngozi Adichie, auteure et féministe nigériane et…
Je ne sais que dire. Ce livre, j’en ai entendu parler partout ces derniers mois ,l’auteure était sur toutes les bouches du monde occidental, sur toutes les lèvres. De toutes les conférences, dans les articles. J’étais fière, et contente, et heureuse de voir cette femme noire, apparaître, tenir des propos féministes, et la voir reprise.

Moi, la première fois que j’en ai entendu parler, c’était dans la chanson ***Flawless de Beyoncé. Je n’ai pas eu honte de le dire du reste, j’aime bien cette référence, j’aime le fait que ce soit une femme noire qui me transmette ses codes féministes, ses références féministes, et que celles-ci me parlent et me ressemblent. Cette manière de partager le discours féministe d’une femme noire, cette transmission orale de ce que je considère être un savoir me rappelle aussi la manière dont j’ai été acclimaté au féminisme (même si pas revendiqué tel quel) par les discours et les phrases de ma mère et de ma grand mère.

M’enfin bref, je me perds.
Je viens de finir  » Americanah ». C’est donc l’histoire d’une femme noire nigériane, qui nait et grandit au Nigéria, puis va en Amérique, et ensuite décide de revenir. On partage ses pérégrinations, pendant quelques centaines de pages, ses confrontations entre deux aires culturelles différentes, le fait d’être une femme au Nigéria, de grandir au Nigéria, d’ensuite aller aux US et de vivre en tant que Noire ‘non-Américaine » (et tous ses mots ont une importance), le fait de revenir etc. On a pas mal de ses problématiques amoureuses, professionnelles, avec bien sûr l’importance du biais racial qu’elle découvre aux USA etc.

C’était… une expérience très intéressante et enrichissante comme lecture. Ce fut intéressant de voir comme quelques références me paraissaient familières, et comme d’autres étaient totalement nouvelles. Intéressante expérience parce que j’aime lire des histoires de personnages qui me ressemblent et en même temps, qui ont des vies totalement différentes de ce que je pouvais imaginer.

J’ai beaucoup aimé le livre (comme pas mal de monde, vu le succès qu’il a eu) et surtout, j’ai ressenti quelque chose, au delà du livre, au delà de l’histoire même d’Ifemelu, d’Obinze et de tous les autres… Ca m’a redonné l’envie d’écrire. Parce que finalement j’ai aimé l’histoire, mais quelques bribes m’échappent. Je sens bien que l’expérience ne me parle pas totalement (je ne sais pas si c’est forcément le but), et du coup… l’envie d’écrire est revenue.
Ce n’était même plus une envie à ce niveau là, mais un besoin, comme un manque, comme une soif d’écrire qui était endormie, éteinte, presque disparue. C’est comme si ces mots, lire cette histoire, me donnait envie d’écrire une autre histoire, avec une autre femme noire, qui a d’autres expériences. C’est comme si lire ces mots légitimaient ma soif de plaquer les miens sur du papier.

En ce moment, je lis peu, mais des romans qui me parlent. Des romans écrits par des femmes noires, avec comme héroines des femmes noires. Je n’avais pas imaginé à quel point m’entourer des oeuvres de Calixthe Beyala, Fatou Diome, Leonora Miano et maintenant Chimamanda Adichie me rendraient avide d’écrire mes propres histoires. Comme si leurs mots, leurs oeuvres, leurs pages me poussaient à dire  » tu vois, c’est possible ! » Ecris !

Plus facile à dire qu’à faire, ça c’est sûr. Mais quelle joie de lire ces oeuvres, qui me parlent, qui résonnent, et qui me donnent envie moi aussi d’écrire ma propre chanson !

Night Time is The Right Time

Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours aimé la nuit. Quand j’avais onze ans, nous restions perchés avec mon frère jumeau, sur le balcon surplombant la ville, et nous regardions, par temps clair, les avions qui atterrissaient et qui décollaient de l’aéroport Charles de Gaulle. Nous les regardions «  faire la course » comme on disait.

Je me souviens que je regardais les avions, en imaginant où ils décollaient. Où ils atterrissaient. J’imaginais le voyage, au-dessus des nuages. J’imaginais les voyageurs, assis dans l’habitacle, allant rejoindre des bouts de vie autre part. Je les imaginais partir, loin. A l’aventure. A l’inconnu.
Imagination débordante que j’avais quand j’étais jeune, imagination nourrie par l’envie. L’envie de les rejoindre. L’envie stupide de pouvoir sauter de mon balcon/terrasse, et que de mon dos se déploient des ailes qui m’emporteraient aussi, loin. A l’aventure. Vers l’inconnu.
Cette envie d’aller voguer vers d’autres cieux, où de palpitantes aventures m’attendraient, se présentaient toujours au crépuscule, quand j’observai le soleil rosir l’horizon. Je me demandais alors, jeune, naïve : «  Qu’y-a-t-il derrière cette ligne trouble ou je vois le soleil se coucher au loin ? ».
Je me demandais, naïvement, si une jeune préadolescente un peu potelée, noire, affublée de lunettes et d’un appareil dentaire pour y vivre d’épiques aventures.

 

10 ans plus tard, alors que les courses d’avions se sont arrêtées, et que je ne fixe plus la ligne trouble de l’horizon, je suis toujours sur le chemin. Je suis une jeune femme noire, ronde, potelée, vivant à Paris. Je suis toujours autant affamée d’aventure, avide de croquer la vie à pleines dents, même si je ne sais pas exactement ce que ça veut dire «  croquer la vie à pleines dents ».
Je me souviens que j’avais l’habitude de dire ça quand j’étais adolescente, quand j’étais encore au lycée. Je disais que je voulais « croquer la vie à pleines dents ». Je ne savais même pas ce que cela voulait dire exactement. Je savais juste que mon appétit d’aventure, mon appétit de fous rire, mon appétit pour la vie, était lancinant, presque douloureux, et que je commence à peine à le satisfaire. Pourtant, je ne suis pas encore allée découvrir d’autres cieux. Je suis juste là, à peine découvrir les nuits parisiennes, la vie d’une fille vivant en banlieue, à me découvrir moi aussi. A découvrir  ce que la vie a à proposer à une jeune femme ronde et noire comme moi.

 

10 ans plus tard, me voilà, filant dans la nuit, nichée dans le confortable silence d’un taxi parisien, un de mes rares luxes. Je suis un peu pompette, prompte à l’introspection, mais aussi prompte à m’enfuir dans mes pensées. J’ai envie de parler de mes aventures. J’ai envie de parler des aventures de mes amies, qui me ressemblent. J’ai eu beau lire, je n’ai jamais trouvé d’histoires qui me ressemblaient, qui nous ressemblaient. Rendons nos histoires ordinaires épiques.

Bloquée.

Je n’arrive plus à écrire.

Je me l’avoue enfin à moi-même. Oh, confession dure et douloureuse, arrachée à une fille qui était capable de gribouiller des carnets entiers de chansons à 11 ans, qui arrivait à composer des poèmes en plein cours de 5ème, qui était capable de rentrer chez elle et d’écrire des petites histoires dont elle et ses camarades étaient les héroïnes. Je me souviens de l’époque où j’étais capable d’écrire à partir de bribes de rêves, je me souviens de l’époque où mon imagination était comme un flot d’encre qui se déversait partout, sans s’arrêter. J’écrivais sur tous les carnets, feuillets, bouts de feuilles, tout ce qui était à ma disposition. J’écrivais comme pour assouvir une soif, et l’encre (d’abord réelle puis numérique) était comme un liquide qui me rassurait. J’écrivais parce que ça me démangeait, parce qu’il fallait que je sorte ces mots et ces histoires.
J’écrivais comme on chante une chanson qui nous reste coincée dans la tête : quoi qu’on fasse, on doit la chantonner. On s’en rend à peine compte et voilà la chanson sur nos lèvres, et voilà l’air que l’on fredonne.
Je fredonnais tout le temps sur du papier.
Je ne sais même pas si on peut qualifier mes histoires de bonnes, mais à l’époque, je ne voyais pas le problème. A l’époque, il n’était même pas question de talent en fait. Je me sentais juste d’écrire, et le stylo glissait, les doigts dansaient sur le clavier, c’était juste naturel et fluide. Le stylo et le clavier glissait sur le papier, je m’abandonnais à mon imaginattion, et bim, je n’étais plus là, je m’envolais, j’étais loin. Je surfais et créais un autre monde.
C’est ridicule mais c’était comme un super pouvoir, le pouvoir de mettre des mots et de créer des histoires, de s’extraire du temps présent.

 

Je n’arrive plus à écrire.

Tout ce qui était fluide est maintenant forcé. Tous les mots que je pouvais écrire se sont transformés en vagues phrases qui me déplaisent. Je lis tout ce que je pouvais écrire, et je me sens admirative et jalouse de la moi d’avant. Toutes ces filles que je pouvais imaginer, disparues. Toutes ces étincelles qui m’embrasaient et pouvaient me faire écrire jusqu’à épuisement sont des feux de pailles. J’ai toujours des idées, mais le mécanisme s’est rouillé. Ce réflexe d’écrire a disparu, et je me retrouve avec des idées que je n’arrive pas à verbaliser, un nœud dans une tête toute embrouillée et un nœud dans la gorge.

J’ai un syndrome de la page blanche mais qui se prolonge indéfiniment. La plupart du temps, j’ai une envie de fracasser mon cerveau contre une feuille de papier en espérant que le choc en fera sortir les mots dans une espèce de blougi boulga compréhensible qui fera sens. J’ai envie de pouvoir fermer les yeux et de taper et qu’en sorte les histoires que j’arrive encore à imaginer. Mais plus rien ne sort.  Plus rien de concret.
Ca me manque de ne plus écrire, mais je ne sais plus comment faire.
Je ne sais plus écrire.