Mon ressenti après : « Que s’est-il passé, Miss Simone? »

On me parlait souvent de Nina Simone quand j’étais plus jeune et que je ne savais pas me servir de Google que je tombais sur son nom. On me disait toujours  » Nina Simone a une voix magnifique… mais c’est triste ce qui lui est arrivé. Elle était tellement en colère… tellement. Elle était amère. Elle a fini si seule. « .
Et vous comprenez, y avait un goût de tristesse, de rancoeur qui m’éloignait d’elle. Un peu comme Billie Holiday, en fait. Cette noirceur autour d’un immense talent que je détectais et qui m’empêchait d’accrocher à leurs voix, par ailleurs magnifiques. Je préfèrais les voix plus douces de Sarah Vaughan et d’Aretha Franklin.
Comme si elles étaient plus légères, moins chargées en colère et en souffrance.

Je viens de regarder le documentaire de Netflix sur Nina Simone « What happened Miss Simone » et je suis un peu dans mes feels je crois. Voir une personne aussi talentueuse, aussi belle, et la fin me laisse le coeur lourd je crois.

« Elle est très en colère. »
Oui mais sa colère était juste. Comment ne pas être en colère, dans la situation où elle a vécu, l’histoire de sa famille, de la ségrégation, de la pauvreté, du racisme envers les Noirs. De sa propre situation familiale, où elle se faisait battre par son mari, alors même qu’elle avait l’impression de se sentir exploitée par la seule personne qu’elle aimait ?

A un moment, elle dit un truc du style :  » dans un moment où c’est une question de vie ou de mort, où c’est une question de survie, c’est du rôle de l’artiste de s’engager et de prendre position. Un artiste doit refléter son époque et faire passer un message ». Et après elle dit  » Je pense qu’un artiste qui n’aurait pas été comme moi [aussi engagée politiquement] serait plus heureux. Mais comment je fais pour arrêter d’être moi ? »

Du coup, je me suis demandée. Comment tu fais pour arrêter d’être en colère, quand la colère est juste mais qu’elle te fait du mal ? Parce que sa colère était juste à mon sens (et à plein de monde), une partie de sa colere (évidemment je veux surtout pas effacer les problèmes de santé qu’elle avait) était une conséquence des injustices qu’elle subissait, c’était l’expression de son besoin d’être libre, sa colère était l’affirmation de son droit à être libre.

Comment tu fais ça partir du coup ? Comment tu renonces à l’expression de ton besoin de liberté, si cette expression de faire souffrir ?

L’une des filles de Malcolm X parle du fait que pas mal de familles des activistes ont été « chahutées » pendant le mouvement des droits civiques aux USA. Je pense que ce serait une intéressante étude à faire : pourquoi ces familles sont chahutées ? Pourquoi les activistes doivent payer le prix fort d’une libération qui leur est due ?

Je suis perdue, je crois.

Last night, Chimamanda saved my life.

Je viens de finir  » Americanah » de Chimamanda Ngozi Adichie, auteure et féministe nigériane et…
Je ne sais que dire. Ce livre, j’en ai entendu parler partout ces derniers mois ,l’auteure était sur toutes les bouches du monde occidental, sur toutes les lèvres. De toutes les conférences, dans les articles. J’étais fière, et contente, et heureuse de voir cette femme noire, apparaître, tenir des propos féministes, et la voir reprise.

Moi, la première fois que j’en ai entendu parler, c’était dans la chanson ***Flawless de Beyoncé. Je n’ai pas eu honte de le dire du reste, j’aime bien cette référence, j’aime le fait que ce soit une femme noire qui me transmette ses codes féministes, ses références féministes, et que celles-ci me parlent et me ressemblent. Cette manière de partager le discours féministe d’une femme noire, cette transmission orale de ce que je considère être un savoir me rappelle aussi la manière dont j’ai été acclimaté au féminisme (même si pas revendiqué tel quel) par les discours et les phrases de ma mère et de ma grand mère.

M’enfin bref, je me perds.
Je viens de finir  » Americanah ». C’est donc l’histoire d’une femme noire nigériane, qui nait et grandit au Nigéria, puis va en Amérique, et ensuite décide de revenir. On partage ses pérégrinations, pendant quelques centaines de pages, ses confrontations entre deux aires culturelles différentes, le fait d’être une femme au Nigéria, de grandir au Nigéria, d’ensuite aller aux US et de vivre en tant que Noire ‘non-Américaine » (et tous ses mots ont une importance), le fait de revenir etc. On a pas mal de ses problématiques amoureuses, professionnelles, avec bien sûr l’importance du biais racial qu’elle découvre aux USA etc.

C’était… une expérience très intéressante et enrichissante comme lecture. Ce fut intéressant de voir comme quelques références me paraissaient familières, et comme d’autres étaient totalement nouvelles. Intéressante expérience parce que j’aime lire des histoires de personnages qui me ressemblent et en même temps, qui ont des vies totalement différentes de ce que je pouvais imaginer.

J’ai beaucoup aimé le livre (comme pas mal de monde, vu le succès qu’il a eu) et surtout, j’ai ressenti quelque chose, au delà du livre, au delà de l’histoire même d’Ifemelu, d’Obinze et de tous les autres… Ca m’a redonné l’envie d’écrire. Parce que finalement j’ai aimé l’histoire, mais quelques bribes m’échappent. Je sens bien que l’expérience ne me parle pas totalement (je ne sais pas si c’est forcément le but), et du coup… l’envie d’écrire est revenue.
Ce n’était même plus une envie à ce niveau là, mais un besoin, comme un manque, comme une soif d’écrire qui était endormie, éteinte, presque disparue. C’est comme si ces mots, lire cette histoire, me donnait envie d’écrire une autre histoire, avec une autre femme noire, qui a d’autres expériences. C’est comme si lire ces mots légitimaient ma soif de plaquer les miens sur du papier.

En ce moment, je lis peu, mais des romans qui me parlent. Des romans écrits par des femmes noires, avec comme héroines des femmes noires. Je n’avais pas imaginé à quel point m’entourer des oeuvres de Calixthe Beyala, Fatou Diome, Leonora Miano et maintenant Chimamanda Adichie me rendraient avide d’écrire mes propres histoires. Comme si leurs mots, leurs oeuvres, leurs pages me poussaient à dire  » tu vois, c’est possible ! » Ecris !

Plus facile à dire qu’à faire, ça c’est sûr. Mais quelle joie de lire ces oeuvres, qui me parlent, qui résonnent, et qui me donnent envie moi aussi d’écrire ma propre chanson !