Du salon de Clamart au clip « Musique Nègre » : le Tumulte Noir a de beaux jours devant lui.

« Un article NON EXHAUSTIF sur mes lectures du moment, il y en aura certainement d’autres.

Après des semaines de débats franchement épuisants moralement sur les violences policières, sur l’usage de mots racistes soit-disant convenables comme « Bamboula », me replonger dans l’étude du « Tumulte Noir » ( cf J.A Boittin)  qu’a connu la France pendant l’entre-guerre est à la fois rafraichissant et rassérénant. Alors que nos livres d’histoire français débordent d’images humiliantes sur les représentations coloniales type « Ya Bon Banania », les affiches de l’exposition coloniale, mes yeux et mon coeur s’émeuvent de toutes les découvertes enfouies et mon anglais bancal franchit la barrière de la langue des articles que je lis.  Lire la suite

« Go for Greatness, Kiyémis » – Partie 1

En ce moment, depuis quelques semaines, quelques mois, j’ai l’impression que nous sommes plongé.es dans une longue, longue nuit glaciale et froide, réellement comme métaphoriquement. Le contexte politique n’aide pas : c’est à dire que les problèmes de sexisme, d’oppression capitaliste, de racisme, ne sont pas exactement neufs. Et pourtant j’ai l’impression d’une accélération, d’une augmentation de ces différentes formes de violence. Peut être que je suis plus attentive, peut être qu’effectivement, la nuit est tombée et va durer un certain temps. 

Dans cette nuit qui s’annonce sombre (j’entends au loin le bruit des bottes et je trompe mon angoisse avec le brouhaha de boîtes de nuits et autres bars), quelques lumières brillent parfois. Quelques écrits, quelques auteurs, des rencontres, des ami.es, des gens. Ces deux derniers jours, j’ai eu la chance de rencontrer des femmes noires que j’admire beaucoup. Que d’émotions en ces quelques jours. 

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Léonora Miano est une écrivaine camerounaise. Elle a écrit 8 livres, le plus connu étant La Saison de l’Ombre mais j’ai rencontré son travail à la suite d’un lobbying intense de Mrs Roots, avec le livre Blues Pour Élise. Blues Pour Élise est le tout premier livre français écrit par une auteure francophone avec une héroïne afropéenne (et un rapport fort avec une mère africaine) que je lis. Et je lis ce livre très tard soit l’année dernière. J’ai eu un coup de coeur et je choisis, après l’avoir lue sur l’affaire d’Adama Traoré et après avoir écouté un podcast enivrant sur France Culture de continuer à suivre plus attentivement cette auteure.

 Léonora Miano présente son dernier livre « Crépuscule du Tourment » (qui mérite un billet tout entier tant le livre m’a transportée) dans une petite librairie du 4e. J’arrive à l’heure (pour une fois) et la petite librairie est absolument blindée. Il faut carrément aller chercher des chaises des cafés d’à côté pour faire asseoir tous ceux qui sont venus écouter Léonora Miano. Je me place devant pour profiter de ses paroles. Et c’est un moment privilégié, je dois dire. Sur un timbre grave et doux, Léonora Miano nous confie l’un des déclencheurs de son écriture -un chagrin d’amour-, avoue qu’elle attend des lecteur.es de prendre le temps de lire son oeuvre, de passer un moment avec elle. Au détour d’un rire, d’un sourire, elle évoque les questions de genre, de race, de colonialisme, d’assignations identitaires finalement. Elle parle de sa fille, afropéenne (oui, encore, oui, comme moi ) et la compare avec sa propre expérience de femme qui a grandi au Cameroun « où tout le monde est Noir, donc personne ne l’est, on se voit partout, on sait qu’on est capable d’être docteur, avocat, président. ». Elle raconte ses débuts, des difficultés pour les éditeurs de concevoir des héroïnes noires francophone de classe moyenne vivant en France. Elle souligne la complexité des liens mère-fille dans ses romans, en avouant que ça dit aussi beaucoup d’elle et de sa propre vie. 

Elle parle de tout cela, et mes yeux brillent, et mon coeur bat un peu moins vite, détendu, apaisé. Elle a une voix qui apaise Léonora Miano ! Même quand elle évoque l’acharnement injuste subi par la famille Traoré qui recherche la vérité. Elle est bienveillante, apporte quelques éléments de réponse à certaines interrogations. Elle dit tranquillement  » qu’il faut à la fois reconnaître le passé et arriver à s’en détacher ». Mon impatience rencontre un sourire qui veut dire  » je vous comprends. Je te vois, je vous vois ». 

Parce que mon corps a franchement du mal à gérer les émotions, je frissonnais en l’entendant. Comme si c’était trop. Suis-je devenue une groupie 😂 ? C’est fort possible ce soir là. J’ai eu la chance de rencontrer deux jeunes femmes noires qui écrivaient aussi. C’est tellement drôle d’entendre son histoire dans la bouche d’une autre ! D’entendre le doute, les failles, le manque de confiance et pourtant, cette envie, ce besoin presque irrépressible d’écrire. On venait de partager ce moment avec Léonora, et ces rencontres avec Aminata et Peggy ont achevé d’ensoleiller ma soirée. Ce plaisir de se voir l’une en l’autre, de débattre, de rire avec des inconnues qu’on a l’impression de déjà connaître… J’avais à coeur de leur parler du film « Ouvrir La Voix » d’Amandine Gay, des revues Ataye et Atoubaa, du projet l’AfroLeSite, des films de l’une et de l’autres actrices noires françaises, de celle-ci qui allait participer à une chaîne télé. Je tirais de la brillance de jeunes femmes que je côtoyais de près comme de loin un plaisir et une fierté qu’il fallait communiquer, amplifier, faire connaître.

Arrivée aux dédicaces, Léonora Miano demande  » d’où venez-vous, qu’est ce que vous faites ? » et s’en suit une conversation sur le féminisme, sur les difficultés d’évoquer l’existence de féminismes noirs (afro-féminisme en tête), et elle acquiesce en riant quand je demande si elle se réclame plus du womanism.

J’aimerais lui parler des heures, lui poser mille et une questions, l’entendre parler du Cameroun, des Ateliers de la pensée. J’aimerais lui dire qu’en écrivant des héroïnes pour que sa fille puisse se reconnaître, elle a écrit pour nous aussi. Mais d’autres veulent aussi lui communiquer leur admiration et comment les blâmer ?

Je pars avec un sentiment d’exaltation, de plaisir et de joie d’avoir rencontré cette romancière en croisant les doigts pour la recroiser. La prochaine fois, j’irais lire Volcaniques