Après « Black Feminism, Womanism, and The Politics of Women of Color »…

Edimbourg, J+2…

Ce samedi, j’ai eu la chance d’intervenir dans le cadre de la conférence  » Black Feminism, Womanism and the Politics of Women of Color ». Plus qu’une chance, c’était un honneur d’intervenir et d’assister à la brillance de collectifs féministes menées par des femmes racisées. J’ai eu la chance de parler avec l’auteure et poétesse Sianah, de voir Cécile Emeké, d’assister aux temoignages inspirants et passionnés de deux femmes Noires du collectif Abinsidi  (qui organisait des sessions coiffures, des camps d’été ou encore qui gardaient les enfants de leurs communautés). J’ai eu le bonheur d’entendre Amandine Gaye parler de la question de l’adoption transnationale et transraciale et des points sensibles, brûlants qu’elle exposait. 

Ce samedi, j’ai eu la chance d’être dans un lieu où personne ne remettait en question les oppressions qu’elles pouvaient vivre. J’ai eu la chance de participer à une rencontre entre des chercheuses, des activistes, des artistes, qui parlaient de leurs expériences personnelle, de leur travail militant, de leurs recherches artistiques et universitaires. 

Un collectif de femmes noires, Abasindi, oeuvrant pour la communauté à Manchester

J’étais un peu intimidée, il faut le dire, à l’idée de parler dans ce cadre qui m’est familier en tant qu étudiante, spectatrice, mais pas en tant qu’intervenante à part entière. Mais la principale organisatrice Akwugo Emejulu nous a boosté en commencant la journée par un discours qui inscrivait la conférence dans un mouvement de construction du féminisme noir européen, et tout de suite, j’ai été transportée par ses propos. En rappelant que la pertinence du féminisme noir avait été questionnée non seulement par la droite (évidemment) mais aussi par une partie de la gauche, A. Emejulu a fait écho à une actualité brûlante que pas mal d’entre nous connaissent. Je me suis rappelé ce mouvement politique français qui prétend combattre « l’intersectionnalité » (?!?!) et je me suis sentie soutenue, à ma place dans cette salle de conférence qui ré-affirmait, dans un contexte européen, l’importance de prendre en compte les différentes oppressions de genre, de classe et de race qui s’imposent à nous, et qu’il est bon d’analyser et bien sûr de combattre.

Quel plaisir de voir une femme noire, au sein de l’université, mener ces conversations, créer des espaces dans un lieu qui n’est pas non plus exempt de logiques excluantes  (faut grave renoncer à l’idée que l’université, c’est le paradis non oppressif par excellence, parce que LOL ERREUR. Toute la violence symbolique que tu te prends dans la gueule quand tu maîtrises pas certains codes académiques… mais ceci est un autre sujet). Même s’il ne faut pas se perdre dans le piège de la représentation, j’ai quand même savouré ce moment. 

Cette rencontre, parler à des femmes noires habitant en Angleterre, en Irlande, aux Pays Bas, m’a donné encore plus envie d’approfondir mes études sur l’afro-féminisme dans une perspective européenne. Lire des textes produits par des femmes Noires qui parlent de migrations, de déracinement, de sexisme raciste et de racisme sexiste. Re-découvrir une histoire militante qu’on a laissé de côté et qu’on a considérée comme peu importante. Valoriser les travaux des femmes noires qui sont nos contemporaines  et s’atteler à ce que celles-ci, on ne les oublie pas.

Akwugo Emejulu et votre serviteuse

Confessions d’une ex-optimiste. 

Je ne sais plus quel mot utiliser pour décrire ce que je ressens depuis quelques semaines, depuis quelques mois. Je suis effrayée. Terrorisée. Je me sens piégée comme dans des sables mouvants, impuissante à regarder la catastrophe arriver. Je sens mon taux d’optimisme, que je croyais pourtant élevé, s’amenuiser de jour en jour, et la peur, toujours la peur, étreint mon coeur et m’empêche de me débattre. La peur entrave les mouvements de mon corps et ceux de mon cerveau. La peur, comme un étau, saisit ma tête et m’empêche presque de réfléchir. J’essaie de relativiser, parce que ma situation n’est pas si grave, parce que « y a pire quand même » mais rien y fait. Je ne trouve pas d’issue de secours, de porte de sortie, de lumière d’espoir assez tangible pour continuer à me débattre. 

D’aucuns me diront  » c’est normal d’avoir peur, on vit dans des temps troubles, il y a des attaques terroristes, c’est ça qui te fait peur ». Mais c’est pas ça qui m’effraie le plus je crois. C’est que je n’ai pas confiance en les hommes et femmes politiques actuelles pour ne pas nous mener vers des politiques autoritaires. Pour ne pas glisser vers un État dirigé d’une main de fer, qui s’éloigne peu à peu d’un idéal démocratique parce qu’on « a pas le choix. » Et que « c’est comme ça » et que ce sont « les principes de réalité ». Que toutes les « valeurs » et les « principes » qu’on est censés défendre deviennent de plus en plus des mots creux, qui ne se transcrivent pas dans les décisions politiques, ni dans les actes politiques. Qu’on parle de liberté de la presse mais qu’on rogne le secret des sources. Qu’on parle de « protéger les libertés publiques parce que ce sont nos valeurs » mais que les interdictions de manifester se multiplient. Qu’on parle de fraternité mais qu’est ce que la fraternité, qu’est ce que l’égalité sans des politiques RÉELLES de justice sociale ? Qu’on nous dise que la sécurité c’est la première des libertés, et que ça passe tranquillement ? 

Est-ce que ce sont devenus (encore plus) des mots valises qu’il faut prononcer à chaque discours parce que ça fait bien mais qui ne se traduisent PAS dans la réalité concrète ?  Est-ce que la politique, ça se résume à des pages dans Gala, à de la com’ et des discours moyennement écrits ? Courir après des électeurs de plus en plus fachos et surfer sur les peurs des gens sans savoir où ça nous mène ? Aller toujours dans les provocations et les petites phrases trash bidons histoire d’être sûr.e d’exister médiatiquement quite à être médiocre ? 

Je suis effrayée. J’ai pas d’autre mot. Je regarde l’état de la politique française maintenant et j’ai peur. Ce qui me fait le plus peur, c’est que je vois 2017 arriver. Je vois la campagne présidentielle. Je vois le danger d’une droite et je vois le mépris constant du parti de gouvernement envers ses (anciens ?) électeurs. Ce refus total de remise en question qui se transformera bientôt en tentative de chantage affectif parce que « attention la droite et l’extrême droite sont pire ». Je vois ces enièmes appels à l’unité, qui finalement voudront dire « on ne veut pas de tes idées, ton vote n’engage pas ma parole parce que après viendra le temps de la realpolitique, mais si tu ne votes pas alors tout sera de ta faute ». Je vois ce chantage politique, cette coercition basée sur la peur du FN, parce que la séduction ne marche plus arriver de la part d’un parti qui se dira socialiste. Le chantage politique, le « vous faîtes le jeu du FN » et autres  » l’autre est pire que moi », c’est l’option qui fonctionne quand la séduction ne marche plus. Quand la déception est trop profonde. C’est la tactique  » je te traite mal mais personne ne t’aime dehors de toute façon, donc reste avec moi et vote pour moi. ». 

Je vois les tentatives d’analyser l’abstention, je vois les  » les électeurs ne croient plus en la représentation nationale » sans volonté de se remettre en question. Et ce sont les mêmes gens qui auront reproché à celleux activement mobilisé-eS politiquement (via les pétitions, les manifestations, les grèves, les blocages, les tractages, les débats qui durent des heures sur Facebook et j’en passe)  de ne pas « utiliser le vote comme moyen d’expression politique » (lol) qui se moqueront de ta naïveté parce que tu as cru aux promesses vides d’un candidat qui « s’est confronté à la realpolitik« . Et qui te culpabiliseront si tu t’abstiens parce que quand même ta voix compte (sic).
Maintenant, je comprends le désir de s’échapper, le manque d’intérêt à la politique, de penser à autre chose, de s’évader par tous les moyens possibles et imaginables. De pas y penser. Je ne jugeais pas les gens qui le faisaient avant mais maintenant je comprends mieux. Parce que le tableau n’est pas glorieux. Et qu’on avance tête baissée et que je vois aucune lumière, aucun espoir auquel se raccrocher. Et que j’aimerais croire au mythe de la personne providentielle mais c’est quand même mettre beaucoup de pression sur deux épaules donc bon. 

J’arrive pas à y croire à nouveau, pourtant c’est pas mon genre d’être pessimiste et défaitiste. 

Mise au point rapide. 

Non, on importe pas une situation américaine en France. Comment des personnes qui font partie de catégories stigmatisées auraient ce pouvoir ? On invente pas les chiffres de la discrimination à l’embauche,les contrôles aux faciès, et au logement qui touche des Noir.es (mais pas seulement) et qui a été ÉTUDIÉE à de nombreuses reprises (ya qu’à taper dans Google, à un moment faut pas déconner).

C’est pas parce que vous connaissez le racisme qu’à travers le prisme américain, que ça veut dire que ça n’existe pas. Et d’ailleurs, je trouve la comparaison bancale. Diriez vous qu’un américain importe la situation brésilienne ? Non parce que vous connaissez l’histoire du racisme américain, pas celle du racisme en France. Ça veut pas dire que c’est le même racisme, ça veut dire QU’IL EXISTE. Dire qu’on « importe les problèmes raciaux américains », c’est nier cette histoire du racisme en France. C’est nier le code Noir, la colonisation et le code de l’indigénat, c’est nier l’existence des zoos humains en plein Paris dans les années 30, c’est nier le fait qu’on a indemnisé les colons aux Antilles et pas les anciens esclaves  (après avoir dû s’y prendre à deux reprises pour abolir l’esclavage après des luttes.). Dire qu’on importe « les problèmes américains », c’est nier l’héritage de Césaire, de Fanon, des soeurs Nardal, de collectifs comme celui de la coordination des femmes Noires ou encore du mouvement des femmes Noires. 

Dire qu’on « importe les problèmes américains », c’est déclarer son ignorance face aux problématiques qu’ont vécu les afro-descendants en France (sans parler des questions de néocolonialisme). C’est se réfugier derrière une légende, celle de l’égalité de la republique, une égalité qui restera mythe tant que la négrophobie existera en France. 
NON ON OUBLIE PAS QUE C’EST UN PROBLÈME SOCIAL : 1- les races sont un construit social qui vise à mettre dans une position d’infériorité des catégories de personnes. Donc c’est déjà du social. 

2- le fait d’être une personne racisée a de fait un impact sur tes conditions matérielles d’existence AKA TON PORTEFEUILLE. 

Le fait de se concentrer sur le racisme n’occulte pas les questions « purement » concentrée sur la classe, au contraire, elles permettent d’enrichir la question. Et c’est pas honnête de dire ça, dans un contexte français où souvent à gauche, on (des Blancs, on va pas se cacher)  a largement oublié ces questions. 

Visibiliser une question en particulier ce n’est pas créer un problème. Quand un médecin vous dit : « vous avez un virus », il ne crée pas le virus. Ben là c’est pareil.

Visibiliser une question en particulier, ÇA NE VEUT PAS DIRE NE PAS PARLER DU RESTE  

Parler d’une question en particulier ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de possibilité d’alliance. Mais les alliances ça se crée sur un pied d’égalité et une compréhension mutuelle. 

NON ON NE RÈGLE PAS UN PROBLÈME SOCIAL EN NEN PARLANT PAS. Déso, ça marchera jamais comme ça. On règle pas un problème (dans le cas présent, celui du racisme et de la négrophobie.) en changeant de sujet (c’est LA CLASSE LE PLUS IMPORTANT) , en passant à autre chose (faut arrêter d’en parler et ça va disparaître), en essayant désespérément de croire en un mythe qui n’a jamais existé. 

La justice et l’égalité ne sont pas naturelles. La justice et l’égalité, ça se construit, et certainement pas dans l’ignorance, le silence et les tentatives de diversions. Nos colères sont légitimes. Un point un trait. 

C’est arrivé près de chez nous : quelques moments de sororité afroféministe.

On peut dire que le premier semestre a été bouillant de mon point de vue de meuf parisienne afroféministe. Maintenant que la torpeur de l’été me laisse le temps de me poser, je ne me souviens que l’agenda des jeunes filles et jeunes femmes afroféministes bouillonne et que pas mal d’entre nous sont pleines de ressources. Après le boom qu’a fait la conférence afro-féministe de la réalisatrice Amandine Gay, pleins d’autres événements afro-féministes sont arrivés au premier semestre 2016. Je me suis attardée sur quelques uns d’entre eux qui m’avaient particulièrement marqué.
Le premier sur lequel j’aimerais m’attarder, c’est celui de la conférence afroféministe organisé par l’association des étudiants africains de la Sorbonne (l’Adeas), qui organise de nombreux événements culturels à Paris et notamment le festival du film africain.

Le panel choisi était flamboyant : une des fondatrices du MODEFEN (mouvement des femmes Noires) Lydie Doon-Bunya, une participante du collectif afroféministe Mwasi, la Youtubeuse Naya La Ringarde, la politologue Françoise Vergès et la blogueuse Many Chroniques. Que souhaiter de plus, vraiment ? J’étais enthousiaste, et je n’étais pas la seule car l’événement était plus que complet. Je me souviens, des mois après, de l’agréable surprise de cette file d’attente en ce samedi pluvieux. Quelle expérience enrichissante de voir cette militante des années 80 revenir sur son histoire, sur ses souvenirs de la colonisation au Cameroun, de nous rappeler son parcours en France, au sein du monde militant français ! Il est encore difficile de mesurer l’impact de voir cette dame de 80 ans nous transmettre son histoire, face à un public qui m’a semblé relativement jeune, et qui se tenait aux côtés de militantes afroféministes plus jeunes.  Assise au premier rang, je dois avouer que j’étais conquise. Convaincue. Revigorée. Fière de voir ces femmes, d’âge et de parcours différents construire un afroféminisme français, vanter des références propres au contexte français. J’étais fière de me tenir dans cet amphi plein à craquer.
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C’est cette même force qui m’a ensuite permis de marcher au 8 mars pour toutes aux côtés de Mwasi.

(photo tirée de l’album Facebook de Mwasi)

Être dans le cortège Mwasi pendant ma première manif féministe, c’était une nouvelle fois faire l’expérience de la sororité. Parce que Mwasi, c’est la BASE ! Marcher ensemble, crier ensemble notre refus de l’injustice, contre un cishétéropatriarcat, qui nous oppresse, chanter ensemble, danser ensemble… donne une force incroyable. J’ai presque senti dans mes veines couler une espèce de joie qui était revigorante. Vivifiante. J’ai presque senti sur mes lèvres le goût de l’émancipation. (Les manifs ça me rend euphorique presque).

 

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tiré du site Femmes Noires & Travail.

J’ai pas eu l’occasion de participer à « Femmes Noires et Travail » mais j’ai vu les vidéos et j’ai regretté ne pas être là alors j’ai tenu à le mentionner. Cet événement était axé, comme son nom l’indique, sur la problématique que les femmes noires peuvent rencontrer dans le monde du travail (discrimination à l’embauche sur la base du sexisme et du racisme, comment gérer certains commentaires sur le lieu de travail, comment augmenter sa confiance en soi). La blogueuse Ani du Kidjiworld le raconte elle-même, cet événement, organisé par Maria DaSilva et la blogueuse et écrivaine Mrs Roots, fut aussi une réussite.

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Un dernier événement qui m’a marqué est dans un endroit où je m’y attendais moins je crois. C’était à l’édition 2016 de la Natural Hair Academy.

Et plus particulièrement, la conference Empowerement qui a eu lieu à 18h. La salle était immense et COMPLETE. Des centaines de jeunes femmes assises en face du panel composé de Julee Wilson (rédac chef beauté du Huffington Post et journaliste à Essence), Magatte Wade (entrepreneuse sénégalaise), MichaelAngela Davis (activiste afro-américaine), Kelly Massol (qui a fondé une marque de produits de beauté appelée « les secrets de Loly ») et Teyonah Parris  (actrice afro-américaine). La surprise du chef a étonné tout le monde quand Christiane Taubira a débarqué sous les ovations et un tonnerre d’applaudissements et j’avoue que je ne l’attendais pas là . Christiane Taubira n’a pas manqué de nous sortir un discours nous enjoignant à être féministe et (sans dire le mot « intersectionnalité » mais je suis sûre qu’il lui brûlait la langue 😂), à profiter de ce type d’espace qui permet de nous rassembler et nous réunir pour construire un féminisme plus fort sur la base de notre expérience de femmes noires. Christine Kelly (oui oui, tout le monde était là) nous a rappelé son parcours difficile dans les médias en tant que journaliste noire en France et a évoqué la question des familles monoparentales. (Voir l’article de Ani Kidji qui résume la NHA ici)

Et voir toutes ces femmes parler de leur parcours, nous enjoigner et nous encourager à se sentir belles et légitimes dans nos discours contre les discriminations, voir ces débats entre ces femmes noires pas toujours d’accord, ce mélange entre blogueuses, entrepreneuses, activistes, c’était…. inspirant. Historique, surtout en France. Et justement voir à la NHA beaucoup de femmes noires FRANCOPHONES  (voire françaises)  parler était capital, pour ne pas me sentir un peu déconnectée.

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Ces quelques événements que j’ai choisi de citer cachent les émissions radios, les débats dans les salles, les réunions hors de Paris (avec des colloques à Rennes, Lyon, Toulouse), les événements autour du 10 Mai, des livres sortis (je dois encore mettre la main sur les bouquins de Léonora Miano et Josette Spartacus) et encore une tonne de manifestations auxquelles je n’ai pas pu assister. Mais ça montre bien qu’il y a un bouillonnement, un foisonnement, une vie que l’on ne peut plus étouffer. Et dans ces manifestations afroféministes (la NHA ne porte pas ce label, mais je l’ai ressenti comme ça), j’ai ressenti de manière éphémère cette sororité. Construite (du coup, pas forcément), politique, puissante.

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Pour aller (encore plus loin !)

  • Au delà de nos frontières, en Suède,  il y a Po Lomami qui organise cet immense evènement dont je me devais de parler : Extract (cliquez pour plus d’infos), en septembre, en Suède,

SI vous voulez visiter un pays scandinave, c’est le moment (les billets sur Transavia sont pas hors de prix, au cas où)…

Billet d’humeur.

[En réponse à l’article sur l’intersectionnalité et le confusionnisme supposé du Huffpost : précisons que ceci n’est pas une analyse critique du texte, juste la manifestation d’un certain agacement ]

Je viens de sortir d’une journée de 10h de colloque sur l’histoire des luttes de l’immigration, des travaux de chercheurs sur l’intersectionnalité, des débats ardus sur l’émancipation et la quête d’autonomie politique, les témoignages de nombreuses associations…
Quand soudain je tombe sur l’article du Huffington Post.

On a bien compris que quand les racisés parlent en leurs noms sans vous demander votre avis, ô détenteurs de LA culture politique et de l’axe du bien, ça vous dérange aux entournures.
Que du coup, on joue la carte du racisme sans cesse (bien sûr, le racisme et l’accusation de racisme seraient des cartes, un jeu en somme, mais va savoir comment on gagne jamais).
On a bien compris que si on s’exprime pas lors d’un moment et d’un temps imparti, et que vous nous jugez comme un jury d’American Idol (ELLE ? OK. Elle ? Ah non rouge rouge, elle fait le jeu des intégrismes ! Allez éliminée du camp des Justes), ben on est les pires maux, on fait le jeu du FN, des fondamentalistes religieux, de daesh, de feu Ben Laden, de Rael… tout ca quoi ! Que c’est votre attention sur nos luttes qui les legitimeraient, qui les rendraient réelles. Sans vos yeux, sans votre validation, point de salut, c’est ça ? 😂

Si on met tout ça de côté…

Je suis perdue face à tant de nullité. Aucune recherche intellectuelle un temps soit peu poussé, aucun travail sur la question, une succession de phrases sans logique, des accusations qui sont vide de sens…. et c’est tellement criant et frappant que ça en devient embarrassant pour la personne.

C’est toujours le même problème. Vous pensez que c’est okay de venir parler d’un sujet sur lesquels vous avez passé 3min50, sur des problématiques que vous ne connaissez pas, qui concernent des gens à qui vous ne parlez jamais (sauf pour donner des conseils dont personne ne veut). Vous pensez qu’il suffit de deux minutes, d’un article de blog lu entre deux portes, pour considérer que votre avis sur un mouvement dont vous ne prenez pas la peine d’étudier les origines et les acteurs a un quelconque intérêt.
Je vous rassure : ça n’en a aucun.
Vous ne possédez visiblement ni les savoirs théoriques, ni les savoirs d’expérience pour pouvoir vous prononcer sur un sujet que vous ne maîtrisez pas, en la matière, l’intersectionnalité.

Je m’étonne à chaque fois du culot que vous avez pour considérer que votre parole, aussi erronée qu’elle soit, aurait un quelconque intérêt.

En bref : qu’est ce qui a pu bien vous laisser penser que ce que vous pensez de nous à une quelconque importance ? Surtout quand la critique est aussi médiocre ?

A celles qui voudraient une émancipation balisée.

Une énième polémique sur Beyoncé et Nicki Minaj, qui seraient les apôtres du patriarcat en véhiculant les symboles de la féminité, qui seraient totalement à l’encontre de tout combat féministe etc.

Une énième critique venant d’une femme blanche, dont le corps correspond en tous points à l’idéal de beauté occidental, qui elle peut se permettre d’avoir une prise sur sa sexualité, sur la manière dont elle a d’affirmer son corps, sans que d’aucune manière que ce soit, on vienne lui rappeler que ce n’est pas féministe, que  » nos mères ne sont pas battues pour que tu te balades en string »

Je voulais pas faire un billet, je le jure. Je ne voulais pas que mon agacement passager se transforme en colère dévorante parce que vous voyez, on est en juillet, il fait bien trop chaud pour avoir la rage et puis c’est pas bon pour ma jauge de bonheur.

Et pourtant, nous y voilà. Je suis fâchée. Fâchée de voir que des féministes s’arrogent encore d’avoir le droit de décredibiliser tout un discours parce que machin porte un corset et que l’autre porte un string. On dirait des mecs, sans déconner. Qui disent qu’ils ne peuvent pas se concentrer sur ce que j’ai à dire parce que ma robe est trop courte, et que mon décolleté est trop profond.
Vous fatiguez.

On peut parler du fait que Beyoncé et Nicki Minaj véhiculent leur corps d’une manière hyper sexualisante et qu’en ce sens, elles alimentent un discours patriarcal. Une question : qui a décidé de les réduire à leurs fesses et à leurs vêtements ? Parce qu’elles disent des choses dans leurs oeuvres, dans leurs concerts, elles citent des féministes.
Et quand bien même, elles ne le font pas…
Je rappelle aussi que dire qu’elles rentrent dans des codes de beautés patriarcaux me fait doucement rire quand je vois qu’il n’y a pas si longtemps, on se moquait des femmes noires et de celles qui avaient des grosses bouches et des grosses fesses.
J’ai peine à recevoir des leçons sur la manière dont une femme noire veut exprimer sa féminité, si Beyoncé soit elle, surtout de la part d’une femme blanche qui incarne le modèle de féminité qu’on nous vend. Ya qu’à googler Beauté et on verra si les filles qui apparaissent ressemblent plus à Lou Machin qu’à Nicki Minaj.
Intéressant d’ailleurs que ces critiques ne s’adressent pas à Katy Perry, ni Madonna etc.

D’ailleurs si on parle de subversion… à quel moment la nudité et la sexualité n’est plus subversive ? Pourquoi quand certaines actrices ou des chanteuses se sexualisent, c’est subversif, c’est edgy mais que quand Beyoncé porte un corset ça ne l’est plus ?

Je trouve ça intéressant de voir que certaines femmes sont constamment interrogées sur leur féminisme, sur leur façon de véhiculer les choses. Pour ma part, voir une femme Noire (certes mince, certes avec des cheveux blonds) icône du féminisme, qui assume sa sexualité, qui est en charge des DIFFÉRENTS messages qu’elle veut afficher, c’est nouveau. C’est surprenant.
Il va falloir cesser de museler la manière et de vouloir contrôler la manière dont les femmes choisissent de s’émanciper.
Si vous voulez donner des récompenses sur ce qui est  » la bonne féministe », vouloir faire des concours de « Miss Féministe » avec des jurés qui donneraient des notes, et somme toute, mettre en compétition les féministes et les femmes, allez y. Voyons alors qui relaie les codes et mecanismes du patriarcat.

Arrêtez de croire que vous avez le monopole du féminisme, les clés du féminisme, que vous « êtes » les filles naturelles des féministes. C’est ça le problème majeur : vous n’avez pas à discréditer un féminisme. Au nom de quoi ? Ce n’est pas parce  que ta mère s’est battue pour ne pas porter des strings et que tu as Simone de Beauvoir sur ta table de chevet  que tu es la patronne de ce qui est féministe ou pas.

 

Et pour moi, une femme ronde, Noire et grosse, le physique nu, le twerk de Beyoncé est bien plus subversif que le corps blanc, mince et frèle d’une Lou Doillon, faut m’excuser.  Qualifier l’expression de corps Noirs, de corps de femmes Noires, et l’affirmation de leur sexualité de vulgaire ??
Vu, vu, et revu..  Demandons à Joséphine Baker.

 

EDIT :

Pour aller plus loin, je vous propose de lire le billet de Paige Palmer : Le féministe blanc :le mépris de Lou Doillon

Classe « moyenne « 

Parlons de classe.
Parlons de classes sociales. D’une classe surtout, à laquelle je suis censée appartenir.
J’aimerais pouvoir vous faire une analyse poussée d’un texte de Marx, mais soyons réalistes, j’ai pas le courage, et je ne pense pas avoir la compétence nécessaire pour en parler. J’ai toujours eu un complexe chelou du style « si t’es pas prix Nobel, et si t’as pas lu tous les grands textes, tu fermes ta gueule ». Bon, après, si vous me fournissez les livres adéquats qui combleraient mes lacunes, je suis toute disposée à les lire
(je vais me faire une liste Amazon tiens xD)

J’ai toujours eu un problème à parler de ma situation sociale (et économique je suppose). D’abord parce que je suis pudique sur certains sujets (ca va en étonner quelques un), ensuite parce que cette question a toujours été quelque peu confuse dans ma tête.
J’ai grandi dans une cité du 93. A a suite d’un changement professionnel, mes parents et moi avons déménagé dans une banlieue lointaine (presque la campagne) à l’adolescence. Les milieux sociopros ont lentement évolués, mais je ne m’en rendais pas compte. J’ai quitté mon 93, mon collège que je vois maintenant comme relativement mixte, socialement et ethniquement, pour arriver dans une zone périurbaine où… les différences étaient plus marquées (même si je ne suis pas arrivée dans un milieu d’entre-si).
Du fait d’un concours, ma mère a connu ce qu’on a appelé dans mes bouquins d’éco « une ascension sociale. Elle a eu un salaire un peu plus élevé, et surtout, connait une relative stabilité. Nous n’étions plus dans un HLM

Dans mes cours d’économie de première au lycée, quand on a commencé à parler des « catégories socio-professionnelles », je ne savais pas trop où me classer. Je demandais à chaque fois au prof, en faisant mine de parler d’une situation d’une amie, dans quelle classe, je devais me situer. Son père est en profession libérale ? Sa mère est fonctionnaire ? Classe moyenne !

Je me souviens que mes profs d’éco bougonnaient sur le manque de clarté et le « gloubi boulga » de l’appellation classe moyenne. Que ces appellations  » professions intellectuelles supérieures » étaient vagues. A l’époque, je ne comprenais pas bien ce qu’ils voulaient dire. Mais maintenant je comprends. Classe moyenne, c’est tellement vague, je ne sais même pas ce que ça veut dire. J’ai des copines qui ont des parents qui sont propriétaires, qui ont deux voitures, qui ont des grands parents qui sont propriétaires aussi…
Et moi, je me vois. Qui n’a connu que la location. Qui n’aura sûrement pas de problèmes par rapport à la taxe sur les héritages.

Mes parents m’ont toujours convaincue que l’école, les diplômes, l’éducation qu’ils me donnaient, allaient être leur seul héritage. Mes parents croient en l’école comme modèle d’ascenseur social (oui oui, ça va, je sais que c’est autre chose). Ils y croient d’autant plus que ça a été leur moyen d’échapper à la précarité.
LOl. La précarité, une réalité autre que je ne peux percevoir qu’à travers leurs récits lors du repas du dimanche. Avec quelle légèreté mon père et ma grand mère abordent la grande pauvreté dans laquelle ils vivaient. Pas mal des enfants d’immigrés reconnaissent ces discours, abordés comme des blagues, des plaisanteries et des bons mots. Comment mon père me raconte, avec des rires et des sourires, la faim que lui et ses frères ont connu quand ils étaient au Cameroun.
Comment ma grand mère me raconte ses histoires de migrante en France, qu’elle a failli se faire prendre par un piège tendu la préfecture qui expulsait les personnes qui avaient un visa « étudiant » et que c’est une agent de la préfecture qui l’a prévenu de ne pas se rendre au rendez-vous.
La précarité quand tu as passé ton enfance chez ta grand mère, qu’elle vit toujours dans le même HLM.

C’est intéressant de voir ce concept de précarité, qui régit ta vie, mais qui n’est pas directement dans ta vie. Quand tu deviens «  » » » » » »militante » » » » » » » », tu veux taire ce côté de toi. Parce que clairement tu n’es pas la plus à plaindre. Parce que CLAIREMENT tes parents t’ont dit toute ta vie que tu étais dans une meilleure situation qu’eux, que tu as la nationalité française, que tu avais un toit sur ta tête, donc qu’est-ce que tu vas aller dénoncer ?
La précarité financière est l’une de mes plus grandes peurs, parce que je la sens proche. Telle un monstre qui rôde. Telle une épée de Damoclès.
Comme si je marchais sur des oeufs, sur un chemin fragile que mes parents se sont tués à construire, et qui peut s’écrouler à chaque instant.

Je crois que je suis consciente que ce texte peut paraître comme fragile. Comme des tears de privilégiée qui n’a pas vraiment vécu ça donc que je devrais la fermer parce que je suis une bourgeoise. Mais est-ce que tu es bourgeoise quand tu as peur de la précarité financière ? Quand tu ne sais pas de quoi demain sera fait ? Si tu sais que tu n’as pas de filet de secours si un aléa de la vie arrive ? Si tu sais que tu peux basculer à tout moment ?
Pour moi le propre de la bourgeoisie (de ce que je me souviens), c’est d’abord avoir des moyens de productions (une entreprise), être propriétaire d’un bien immobilier, mais de façon aussi peut être erronnée, c’est aussi de savoir qu’on peut anticiper l’avenir, d’avoir un filet de sécurité (souvent une épargne) qui fait qu’on saura de quoi est fait demain. Il existe une forme de distance avec la pauvreté et la précarité du fait de ce filet de sécurité.
Laissez moi vous dire que je (ou que ma famille) ne répond pas vraiment à ces critères, d’où l’éclat de rire que je retiens à chaque fois que je lis  » t’es une bourgeoise ».
Un éclat de rire différent de celui de certaines personnes de ma famille, qui, en utilisant certains artifices et « signes extérieurs de richesses » pensent tromper les gens sur leur situation financière et sur leur niveau socio économique. Chez eux, il y a la fierté d’avoir trompé, chez moi non. Mais on peut entendre distinctement dans ce rire refoulé la phrase  » si tu savais ! »

Après EVIDEMMENT, je sais bien qu’il y a bien pire que moi. Ma grand mère par exemple. Les amies de ma grand mère par exemple. Des membres de ma famille.

Arrêtons de prétendre que la précarité n’est pas une composante importante des vies des familles de migrants (ou descendants de migrants dans mon cas). Et la différence entre moi et ce que mes ami.e.s (dont certains gagnent plus, d’autres moins) vivent, comment ils peuvent percevoir ce rapport à la précarité m’amuse : pourtant, on se dit tous de la « classe moyenne ».

Classe moyenne. Mes profs d’éco avaient raison, c’est quand même vraiment un terme de merde.

Next time dans  » Kiyémis parle de sous « , je vous parlerais de ce que ça veut dire de savoir qu’on est une femme Noire dans le monde du travail, et que, sujet à DEUX DISCRIMINATIONS (minimum), quel impact ça peut avoir sur nos FINANCES, l’accès à certains postes, etc.

Voter ou ne pas voter, ou les pensées d’une semi-abstentionniste.

[Disclaimer : ceci sera long et brouillon. Comme d’hab, ce sont mes bavardages.]

Il était une fois, l’histoire d’une jeune fille politisée, qui vient d’avoir 16 ans (aka votre serviteuse).

Je viens de commencer les coursd’éco en première ES (YAY vive la première ES !). Du coup, je commence à apprendre les bases des bases en socio (qu’est ce que sont les agents institutionnels, qu’est ce qu’un ménage, comment on peut les distinguer). Du coup, j’ai pleins de questions, je lève la main plusieurs fois en cours, tout le monde veut me balancer des trucs parce que je pose des questions qui provoquent des digressions d’une demi-heure, BREF je me politise. Bon, c’est arrivé avant…. (genre en 2005), je commence à regarder des débats politiques à la télé, mon père se moque et me dit que c’est un spectacle mais J’Y CROIS. J’y crois aux débats politisés, et, avide, je continue à poser des questions à mes profs d’histoire, d’éco, parce que j’ai envie de participer, j’ai envie de comprendre, j’ai envie de savoir.

A l’époque, je piaffai d’impatience d’avoir ma carte électorale. 

Tada !!! La sacro-sainte carte électorale. Le sacro-saint droit de vote. La sacro-sainte preuve de démocratie, moyen d’expression démocratique tout puissant. Et je regarde avidement ma mère aller voter aux élections, preuve suprême de sa citoyenneté, alors que moi, je ne suis qu’une demi citoyenne. Je la presse d’aller voter. Je la gronde quand elle ne le fait pas. (Enfin « gronder » est un grand mot).

Je la soûle de débats télévisés et je me rappelle encore la regarder les yeux brillants, en lui disant que c’est beau de voter. C’était un rituel à la maison. Mon père, fou d’actus, réservait ses dimanches soir électoraux à zapper entre les différents plateaux. Je me souviens du soir de 2007. Mon père avait éteint la télé, et était allé directement se coucher. J’avais la boule au ventre, et une ambiance de mort régnait dans la maison.

Ca ne pouvait se reproduire. Du coup, j’essayai de comprendre, d’apprendre, et tout ce qui se passait autour du vote était capital.

Le vote pour moi, était un gage de confiance. Un contrat passé entre l’électeur et l’élu dans lequel l’élu s’engageait à suivre ce pourquoi il était élu. Je remettais entre ses mains ma confiance en lui en lui disant  » Okay, tu as le pouvoir, le palais et le salaire : mais tu bosses pour moi. Tu bosses pour nous, ceux qui t’ont mis là et tu es responsable de ce que tu fais. Ne nous trompe pas ! ».

A l’époque, je pensais que la politique c’était l’expression de la chose publique et que les hommes et les femmes politiques avaient pour but d’arriver au pouvoir pour construire un projet de société visant à promouvoir l’intérêt général. (ON NE RIT PAS AU FOND). J’y croyais vraiment ! Abreuvée de tous ses débats politiques télévisés, de toutes ses grandes phrases et ces bons sentiments, je me disais que c’était ça la politique. Et que le vote était le moyen roi, la voie royale qui permettait aux citoyens de s’exprimer. Bavarde comme j’étais, débordante de questions, je ne comprenais pas ceux qui s’abstenaient.

« Bon ben okay tu t’abstiens, mais on s’est battus pour avoir le vote t’as pas honte pff du gâchis. Tu sais que les femmes avant 1944, elles n’avaient pas le droit de vote ? PFF VA VOTER. »

Le vote pour moi était et est toujours un gage de confiance. Un bout de papier qui dit  » je te fais confiance pour changer la société et pour faire ce que tu dis pendant ta campagne. »

Mon père me disait alors toujours : « Kiyémis, tu confonds toujours l’accession au pouvoir et l’exercice du pouvoir. Tu es trop idéaliste ! ». ( En même temps, si tu n’es pas idéaliste à 16, 18, 20 ans, c’est quand même la tristesse. )

Anyway. Arrive l’élection présidentielle française. Soyons honnêtes, j’y croyais pas des masses, parce que le candidat ne m’enthousiasmait pas plus que ça mais je me suis dit : « on s’en fout du candidat, même si c’est pas celui pour lequel tu croyais le plus, vote pour un programme, vote pour la gauche ». (Genre le PS c’est la gauche).

Nous voilà alors trois ans plus tard. Je me sens comme une femme qui a été séduite par les doux mots de « République », de beaux discours  » je suis de gauche !!! » (LOL) et qui revient à la réalité. Et qui est trompée.

D’aucuns trouveront mon propos ridicule, mais qui s’en chaut vraiment ? J’aimais la politique. J’aimais ce rêve, cette chimère, ce mythe qu’on m’a vendu. Et du coup, même si je voyais des dysfonctionnements, des bugs  » dites pourquoi en fait, je me sens pas représentée ? « ,  » Dites, pourquoi vous nous mentez et crachez dessus », ben j’étais encore amoureuse. Alors, quand t’es amoureuse, tu vois plus rien non ?

J’aimerais continuer sur cette métaphore de la séduction, du rapport amoureux, parce que je trouve que sur certains trucs c’est adéquat mais je ne peux pas. Je ne peux pas voir la politique comme un jeu de séduction, parce que le jeu de séduction lambda, c’est quand même un truc où tu mens à la personne pour avoir ce que tu veux. Et dans ce cas là, dominer. Mais il semblerait que ce soit ça, l’accession au pouvoir, faire des promesses, faire des promesses, même si on est pas totalement sûr de ce qu’on fait (dans le meilleur des cas), où l’on sait que l’on ment pour avoir des votes (dans la plupart des cas) et ensuite accéder au pouvoir et puis…

Ben voilà.

Mais je n’ai plus confiance. Ni au jeu politique, ni aux joueurs. Et si je considère toujours mon vote comme un gage de confiance, comment je pourrais le donner honnêtement ? A qui ?

Et je ne peux plus croire à ce jeu de séduction. Les manoeuvres me dégoutent, je n’ai pas confiance. Surtout quand je vois la philosophie avec laquelle on accepte mon dégoût.

« Oh ben ils reviendront à la prochaine élection, parce haha, de l’autre côté c’est pire. Tenons, tenons ! »

Je ne peux pas, je ne peux pas oublier la trahison, ni la légèreté avec laquelle elle est prise. La manière dont j’ai l’impression qu’on prend certaines populations pour acquises. Parce que « c’est pire là bas ». Donc on ne fait même plus l’effort de faire semblant de faire comme si on était du même côté. Comme si on voulait être du même côté.

Sans aucune volonté de vouloir prendre leur responsabilités, certains hommes et certaines femmes poltiques veulent s’adresser « aux déçus » du haut de leur morale. Ce serait de notre faute si on en a marre d’être pris pour des cons.  » Votez pour nous ! Croyez en nous mais en fait pas vraiment parce qu’on va rien faire de ce qu’on dit hein ! Mais votez « .

******

Votez utile, vous dis-je ! Sinon tout sera de votre faute ! Sinon, LE MONSTRE FN. Nous on est GENTILS AVEC VOUS, ON sait ce qui est mieux pour vous !

Mon vote est bradé. Mon vote n’est plus parce que j’imaginais qu’un parti, des gens, allaient construire un vrai projet de société, MAIS QUE NENNI ! Tu es trop idéaliste ma pauvre chérie ! Et les réalités du pouvoir ma pauvre chérie ! Tu peux pas les tenir pour responsables ma pauvre chérie ! Il n’y avait pas d’autre solution ma pauvre chérie !

A quoi ça sert de voter alors ? Si les dés sont déjà pipés… Si vous nous prenez pour acquis mais que vous faites rien pour les racisés… Si l’exercice du pouvoir changera forcément la donne… Et que du coup, c’est pas de votre faute…

Le vote est le moyen par lequel le peuple s’exprime. Et puis de toute façon, si tu t’exprimes pas sans le vote, t’as pas le droit de parler après.

J’avais l’habitude de penser ça avant. Rétrospectivement, je trouve ça totalement débile de penser que le vote est le seul moyen d’expression dans une démocratie. Mais peut être que c’est moi qui aie tort et qu’effectivement le vote est la seule manière d’être entendu… Vu comment ça a marché la dernière fois, je suis moyen convaincue. Ou sinon, je devrais faire comme certains et crier  » JE QUITTE LA POLITIQUE » !

Bon ben si tu votes pas, ne t’abstiens pas, vote blanc !

Bon… J’ai eu ces discussions dernièrement… Apparemment, le vote blanc ne remet pas fondamentalement en cause le déroulement d’une élection (il n’y a pas un taux où le vote blanc ferait annuler une élection, par exemple.). Je suis moyen sûre, mais du coup, je vois pas bien l’intérêt.

Et le vote obligatoire alors ?

L’idée même du vote obligatoire me met dans une colère noire. Porter sur les électeurs la responsabilité de leur désillusion causée par les hommes et les femmes politiques et les contraindre à se plier au jeu… Ca me donne envie de crier et de pleurer. Je devrais pas voter parce que je suis forcée ou parce que j’ai peur (du FN, visiblement chez certains, c’est leur seule campagne et newsflash, c’est moyen), je devrais voter parce que j’en ai ENVIE. Parce que je crois assez au paysage politique pour changer quelque chose à nos vies ! Répondre à la médiocrité de l’état de la vie politique actuelle et au manque de mobilisation par le vote obligatoire… Non mais n’importe quoi…

C’est vraiment con d’être déçue à 23 ans (presque). J’aimerais être dépolitisée parfois, faire comme ils dépeignent les gens, aller pique niquer, ne plus regarder les résultats des élections avec un noeud dans la gorge, m’en foutre totalement. Comme ça, j’aurais plus cette colère impuissante et ce goût de cendres dans la bouche.

(Mais bon, je crois que j’ai toujours envie de voter pour les élections locales, localement, on peut toujours changer quelques petits trucs pas vrai ? J’espère. Je sais même plus. Mais bon, voir un vote local instrumentalisé au niveau national me ferait VRAIMENT PAS PLAISIR)

On ne naît pas abstentionniste, on le devient.

Modèles non homologuées.

Aussi loin que je me souvienne, ma mère m’a toujours vivement incité à mettre en avant la culture noire et surtout les femmes noires. Même quand j’étais petite, je la regardais, souriant d’un ait amusé, chercher la moindre femme noire dans les journaux, les magazines, les plateaux télés, les clips musicaux, les séries que je regardais. Je regardais (et regarde encore) son regard s’animer, pétiller en voyant en face d’elle une femme qui lui ressemblait, et qui me ressemblait.
Je me souviens que quand elle zappait et qu’elle tombait sur une femme noire, son intérêt était piqué. Vous comprenez, c’est tellement rare, que tout de suite, ça lui attirait l’oeil et elle regardait jusqu’à la fin. Sa bouche s’étirait dans un sourire fier, et content, de se voir dans des médias (dans tous les sens du terme) dans lesquelles elle était si désespérément absente.
Je riais, et puis inconsciemment, j’ai commencé moi aussi à les chercher. Ma série préférée c’était Phénomène raven à l’époque (même si clairement, en termes de revenu j’avais du mal à me retrouver en elle : vous avez vu la taille de sa maison de SF)

Je me souviens que ma mère est aussi une grande fan des grandes divas noires américaines, de jazz et de R&B. Elle m’a transmis ça d’ailleurs. Aretha,
Billie, Ella… mais aussi Mary J et Angie Stone, Kelly Price et Marsha Ambrosious… mes oreilles ont été bercé par ces voix.
Ma mère me disait toujours « Black & Proud » et le faisait toujours suivre par  » il faut mettre à l’honneur les femmes Noires ». Et elle répétait ça, sans cesse…
Du coup, pour moi, l’intersectionnalité c’est un terme scientifique que j’ai découvert tard en mode  » ah vous appelez ça, comme ça ? ».

Mais bref. Cet « amour » des femmes noires et de leur volonté de percer que m’a transmis ma mère me fait du coup voir des personnes admirables partout.
Des personnes qui arrivent à construire mon idée politique, de façon très éclectique. Je suis inspirée par Beyoncé, Amber Rose, Nicki Minaj… mais aussi par bell hooks, Angela Davis, Paulette Nardal, Kimberlé Crenshaw, Josephine Baker. Mes inspirations sont multiples et diverses, parce que je pense qu’un discours politique peut prendre plusieurs formes différentes.

Peut être que la construction de ma réflexion politique est bancale, car elle ne repose pas entièrement sur des personnes que l’on considère comme détenant le savoir. Parce qu’elle n’utilise pas forcément les livres « reconnus » et les auteurs « consacrés ».  Mais qui puis-je ? Qui puis-je, sincèrement ? Dès le départ,  j’ai trouvé des propos plus parlant chez des gens dont on considère qu’ils ne sont pas doués de cerveaux car : femmes, noires, vues comme vulgaires (allo slutshaming), et/ou comme des pop stars decerebrées.

Qui puis-je ? J’ai commencé à voir des dynamiques sociales dans les propos de ma grand mère, ex-femme de ménage noire ayant longtemps vécu dans la précarité. Ma mère me parlait déjà de ce que c’était d’être une « femme noire sans patrimoine » avant que je ne découvre le terme d’intersectionnalité dans les ouvrages scientifiques. J’ai entendu parlé d’amour de soi et d’unité chez Queen Latifah et Aretha.
Et j’ai appris récemment que le bikutsi (j’en ai déjà parlé dans l’article précédent mais au cas où : c’est une musique et une danse du Cameroun) était à la base un moyen pour les femmes du village dont la musique est originaire d’exprimer leur différends.

J’ai des outils, des références variées et j’en ai marre d’avoir à me justifier, à voir honte parce que « hinhin Beyoncé icône du féminisme, qu’elle aille lire Butler et De Beauvoir ». Peut être aussi parce que j’ai appris (ou du moins, on m’a enseigné) que les discours et les savoirs ne passaient pas forcément par l’écrit, et les livres mais par les chants, les danses, les poèmes, les histoires. Que ces supports sont aussi importants que d’autres.
Et tous ces outils, et leurs acteurs, me permettent de construire mon idée politique. Perfectible, évidemment.
Sujette à critiques évidemment. Mais toujours en considérant ces supports, outils et acteurs comme AUSSI importants que les livres.

You gonna deal.

La politique de respectabilité VS le twerk : faites vos jeux.

J’ai envie de vous parler des milles et une règles contradictoires qu’une femme doit suivre pour être respectable, pire que les 12 travaux d’Hercules, mais en fait, j’ai la flemme et c’est méga chiant.

Du coup, à la place, je vais vous parler d’autre chose. Je vais vous parler de mon amour inébranlable pour la danse. (Je fais un disclaimer, dire que j’adore danser ne veut pas dire que je sais danser hein.  Et je suis incapable de mémoriser/répéter une choré). Danser pour moi, c’est une manière d’exprimer des choses, en particulier la joie. C’est une expression de la joie qui peut prendre différentes formes. Comme je suis particulièrement fan de musiques d’afro-descendants ou africaines, et que ma mamie m’a appris à danser comme ça, je bouge pas mal mes hanches et mes fesses quand je danse. C’est comme ça. Je peux pas m’en empêcher.J’ai cette zone du corps qui doit reproduire les ondes que reçoivent mes oreilles (j’essaie de faire comme si il existait une explication).

Je ne suis pas seule. Dernièrement, certains ont « découvert » (à la manière de C. Colomb aka tu « découvres » rien du tout mais c’est pas le point) le twerk et se sont mis à qualifier ça de vulgaire car hyper sexualisant.

Les historiens de la danse et autre twerkologues sont encore au stade du conflit historiographique pour déterminer l’origine géographique du twerk : certains l’attribuent aux USA, d’autres nous disent que les USA se sont inspirés des danses des îles caribbéennes. Personnellement, le twerk me rappelle beaucoup le bikutsi (musique et danse d’origine camerounaise : tapez « Mani Bella » dans Google. De rien). Je me rappelle quand ma grand mère me mettait des cassettes de bikutsi et qu’elle s’ambiançait devant, enfin bref.

Donc pour moi, je vois le twerk, et je comprends ce que certains veulent dire. C’est « HYPER SEXUALISANT ET VULGAIRE REGARDE COMMENT LA FEMME S’ABAISSE A BOUGER SES FESSES ». Même si je vais m’efforcer de ne pas juger, dire que quelque chose c’est vulgaire, c’est vachement « père-pudibond-la-morale ». De mon point de vue perso, ça m’amuse qu’une société occidentale qui se prétend vachement libérée et émancipée machinchose pète un câble dès qu’une femme remue son popotin. Et puis je veux dire, dans la « société occidentale », je trouve qu’on est vachement exposé à la nudité, à la sexualisation de la femme H24, donc je comprends pas pourquoi c’est haro sur le twerk. Peut être parce que à ce moment, c’est la femme qui choisit d’être un sujet sexuel et de bouger ses fesses.

La critique « c’est hyper-sexualisaaaaaaaaaaaanhhhh »… Je n’aurais pas de réponse argumentée digne d’être postée sur Cairn ou sur Persée, mais parfois j’ai envie de vous demander depuis quand quelque chose qui est  » sexualisé » est forcément vu comme mal. Peut-être que c’est l’inconscient qui associe le sexe à quelque chose de sale et de honteux, qui doit s’effectuer dans le noir avec un mari, mais une danse qui est sensuelle, parfois c’est juste pour rire. Je vois souvent une copine qui dit  » C’est sexuel, mais c’est pas sexuel. ». Je ne sais même pas comment vous l’expliquer autrement.

Et puis ça me fait rire, parce qu’on va dire ça, on va clasher Amber Rose et Beyoncé qui twerke mais je n’ai jamais vu d’essai descendant Dita Von Teese parce qu’elle faisait de l’effeuillage.
D’ailleurs, on a jamais parlé de Dita Von Teese comme étant vulgaire. Elle est classe parce qu’elle a un chignon, du rouge à lèvres, une esthétique pin up et de la lingerie vintage.  Franchement, je vous dit pas de descendre ou d’insulter DVT parce que j’aime beaucoup, à une époque j’avais ce rêve d’être pin up mais arrêtons d’être hypocrites, elle se désappe. Et même l’esthétique pin up rockabily est très hyper sexualisée.
C’est comme le burlesque. J’entends beaucoup « c’est de l’effeuillage mais c’est fait avec beaucoup d’humour donc c’est pas vraiment du strip tease, parce qu’on remet en place les codes habituels »… Bon pourquoi pas mais c’est quand même du strip. Et je sais qu’on a voulu recoller une esthétique « humour » pour que ça passe mieux mais bon…

Franchement entre nous, twerk, burlesque, strip, mapouka, je mélange tout mais en terme d’hypersexualisation, j’aimerai qu’on me dise où on met le curseur et qui s’arroge le droit de décréter que quelque chose et classe mais drôle et que l’autre chose est juste vulgaire. Et puis, j’ai franchement l’impression que dès qu’une fille noire (et en plus ronde) ne fait tout pour pas coller à un modèle pré établi elle est vulgaire. Elle a des nattes un peu colorées ? Elle est vulgaire. Elle danse du twerk, du zouk, du r&B, elle bouge ses hanches  ? Elle est vulgaire. Elle rit un peu fort ? Elle est vulgaire. Elle met des couleurs, des imprimés ? Elle est vulgaire. MEGA FLEMME.

Après, personnellement, je préfère être une fille qui bouge sur la piste et qui est vulgaire et qui est heureuse comme ça que la personne qui danse pas, qui sirote son verre en jetant des commentaires  » Oh la la qu’elle est vulgaire » m’enfin. Me battre dans un parcours du combattant pour qu’on me file un ruban « Fille respectable » alors que je pourrais juste être heureuse en m’amusant, quelle perte de temps.