Masterpiece. 

DISCLAIMER RAPIDE : ceci ne s’adresse pas aux mecs qui pensent que les femmes sont un dû, adeptes de friendzone et autres  » elle m’a fait un sourire donc elle veut forcément m’épouser !!!!!! ».  Vous pouvez vous diriger vers la sortie.

Tout à l’heure, une de mes proches amies m’a fait remarqué que ça faisait longtemps que je n’avais pas écrit sur les relations intimes, les relations avec les autres et les relations avec mon corps. Du coup, je suis allée revoir un vieux texte que j’avais écrit  » Those Days Are Gone« . 2014… ces jours ne sont plus , effectivement. J’ai écouté Jazmine Sullivan et un tas de féministes entre temps.

J’écrivais que parce que je manquais de confiance en moi, j’avais intégré le fait que je ne méritais pas une relation amoureuse qui incluerait respect, amour et réciprocité. J’avais intégré un message nocif, néfaste :  » si tu ne corresponds pas aux canons de beauté classique, si tu n’es pas vue comme étant désirable aux yeux des hommes, tu n’as pas le droit d’espérer quelque chose. ». Dans mon esprit, j’étais exclue de par mon physique du jeu de l’amour, et du coup, je n’avais pas le droit d’être exigeante. Quoi ? Grosse, noire à la peau foncée, grande comme j’étais, choisir ? Être exigeante ? Je l’étais au début, mais quand je trouvais quelqu’un qui me plaisait et à qui je plaisais en retour, ça me paraissait tellement miraculeux, que je ne pouvais me permettre d’être exigeante. Car être exigeante, ça me condamnait à la solitude.

Qu’est ce que ça veut dire ne pas être exigeante ? Ça veut dire fermer les yeux quand on te dit qu’on veut être dans une relation de polyamour quand c’est pas vraiment ce qu’on veut. Ça veut dire accepter des termes d’une relation de « sex-friend » parce que t’as l’impression que dans le grand jeu de l’amour, c’est tout ce que tu vaux. C’est abandonner l’espoir de n’être jamais plus qu’un « vilain secret » de la personne qui te plaît parce qu’après tout, qui peut aimer au grand jour une personne comme toi ? C’est accepter des mots, des propos, laisser franchir une limite que tu ne te serais jamais permise de franchir, parce que tu as peur d’être seule.

D’aucun-es diraient  » mais c’est parce que tu es faible que tu penses ça ! Faut avoir un mental d’acier ». Compliqué quand on vit dans une société qui vante le couple (cis-hétéro et monogame) comme étant l’accomplissement suprême, quand on a une pression sociale qui s’accroît, surtout dépassé un certain âge, et quand tu as baigné dans une glorification des relations amoureuses codifiées(=hétéros et monogame) et que bon an mal an, maintenant c’est aussi ce que tu souhaites. Compliqué quand tu as vécu ces mois et années d’exclusion du jeu amoureux parce qu’on a dit « si tu n’es pas la FEMME IDÉALE, en phase avec LES canons de beauté, personne ne te regardera ». Compliqué, compliqué, compliqué…

Maintenant, je me rends compte aussi pourquoi, dans mes relations avec les hommes en général, c’est aussi important de valoriser mes propres limites. MES envies sur les termes de la relation. De m’écouter. De m’entendre. D’entendre mon coeur quand il me dit « meuf c’est pas ce que tu veux. Dis ce que tu veux. Dis-le. Dis-le. DIS LE MERDE ». Parce que j’ai eu (et entendu trop d’expérience) où je me sentais tellement reconnaissante d’être ENFIN choisie que je m’écoutais plus. J’osais plus rien dire. Et c’est le féminisme (toujours le féminisme, parce que le féminisme libère.) qui m’a fait comprendre ça. C’est parce que j’ai côtoyé des féministes que j’ai compris que je pouvais m’exprimer dans mes relations amoureuses. Que je devais poser mes limites. Que j’avais le droit de les poser, d’être « compliquée, chiante, difficile ». Que j’avais pas à être constamment arrangeante, à compromettre mes choix, taire mes choix parce que « c’est THE ONE » ou « parce que la société me trouve pas assez respectable, sage, ou désirable, ou trop imparfaite ».

Qu’une relation hétéra, c’était pas  » l’homme propose, la femme compose ». Que mes envies étaient aussi importantes que celles de mon partenaire, que si je souffrais j’avais le droit de le vocaliser. Que j’étais aussi légitime que la personne qui était avec moi de dire ce que je voulais, que ce soit au 1er rencard ou après 3 ans de relation.

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Tenir cette ligne, au début pour moi, ça paraissait impensable. Mais le féminisme libère. Le féminisme libère de l’oppression patriarcale (en tous cas c’est son but), et le féminisme libère aussi la parole dans les relations amoureuses. Et en disant ça, j’ai conscience que c’est difficile. Difficile d’entendre « le célibat c’est bien aussi » pour certains et certain-es, parce que certains et certaines savent plus que d’autres ce que c’est la solitude amoureuse, du fait de leur physique, de leur identité de genre ou autre chose. Ce que c’est d’avoir l’impression d’être spectatrice de sa propre vie. Donc ce post n’a pas à culpabiliser qui que ce soit (sauf peut être les gens qui profitent de cet état de vulnérabilité pour imposer certaines choses. Vous êtes des raclures de fond de poubelle, sachez -le.).  Juste de rappeler à ces personnes, me rappeler à moi aussi un peu, que nos désirs, nos envies, nos choix, nos dealbreaker sont aussi importants que ceux de n’importe qui d’autre.

Pour finir, j’aimerais citer quelques vers du poème For women who are difficult to love de Warsan Shire, jeune poétesse britanno-somalienne, J’aurais aimé lire ces vers il y a quelques temps mais vaut mieux tard que jamais pas vrai ?

he tells you that no man can live up to the one who

lives in your head

and you tried to change didn’t you?

closed your mouth more

tried to be softer

prettier

less volatile, less awake

but even when sleeping you could feel

him travelling away from you in his dreams

so what did you want to do, love

split his head open?

you can’t make homes out of human beings

someone should have already told you that

and if he wants to leave

then let him leave

you are terrifying

and strange and beautiful

something not everyone knows how to love

Ma traduction (et donc interprétation perso).

 » il te dit qu’aucun homme ne peut être à la hauteur de celui que tu imagines

Et tu as essayé de changer n’est ce pas ?

Tu as fermé ta bouche un peu plus,

Essayé d’être plus douce,

Plus jolie,

Moins explosive, moins conscientisée  (ou consciente)

Mais même en dormant, tu le sentais s’éloigner de toi dans ses rêves

Alors, quest ce que tu as voulu faire, chérie ?

Essayer de lire dans son esprit ?

Tu ne peux pas rendre les gens plus confortable qu’ils ne le sont,

Quelqu’un aurait dû te prévenir.

Et s’il veut partir, laisse-le.

Tu es terrifiante,

Particulière et magnifique,

Quelqu’un que tout le monde ne sait pas forcément aimer correctement. »

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Those Days Are Gone.

« Pay attention please, a cishet fat black girl is talking about love. »

Je crois que je deviens aigrie.

(Je crois que c’est comme ça que ça s’appelle non ? On appelle comme ça une femme heurtée, blessée par les mecs, qui arrête pas de se plaindre etc.
C’est comme ça qu’on appelle une femme qui exprime ces sentiments à propos de ses relations passées et qui est triste et en colère.
« Sois pas aigrie !!! »
Comme si c’était sans raison. Mais bon, j’oubliais que je dois toujours être jolie et calme, une rose sans épines, une baie sans venin, pour qu’on puisse venir me cueillir, me consommer et puis me jeter en toute sécurité. )

BREEEEEF.
Je l’expliquais dans un article précédent, pendant longtemps j’ai été sur le côté du jeu de l’amour. J’étais pas sélectionnée, j’avais l’impression de pas être regardée. Femme noire et ronde, dans un pur bled paumé ? Well, d’autres filles ont réussi à se débrouiller peut être (donnez moi l’espoir) mais à l’époque j’arrivais pas. J’étais pas regardée, et je pensais même pas être digne de l’être si on veut être totalement honnêtes.

En un mot comme en cent, pendant tout ce temps, j’étais quand même heureuse. Disons qu’en temps normal, ma jauge de bonne humeur et de joie, si on peut mesurer ça comme ça, est à 70%. Et malgré mon absence totale de vie amoureuse, j’étais heureuse. C’est devenu mon mantra et mon objectif dans la vie « être heureux. Tous les chemins que je prends doivent mener à mon bonheur ».
Et pour l’instant, ça marchait bien. Bon j’arrivais pas à dépasser les 85% parce que dans ma tête yavait quand même ce manque dans ma vie mais… voilà, j’ai eu une belle enfance et une belle adolescence (selon mes critères perso). Pas la mieux, pas la plus riche etc mais j’étais pas à plaindre. J’ai passé plus de temps à rire qu’à pleurer.

Bon, le temps passe et j’arrive à me construire. A avoir confiance en moi. De plus en plus.  Puis quelques mecs traversent ma vie, et me voilà enfin « validée ». Le regard masculin me valide. Youhou ! C’est… enivrant (lol, blâmez moi tant que vous voulez, je sais que c’est nul mais je suis juste honnête) Du coup, j’en veux encore. Et encore.
Mais je me rend compte d’un truc. Plus ça va, plus je me rends compte que je choisis pas correctement. Je suis avide d’amour mais je comble cet amour n’importe comment. Je rencontre des mecs qui eux aussi sont avides de prendre, de prendre tout ce que j’ai, mon corps, mes pensées, ma tendresse… mais ne donnent rien. Ne donnent pas la moitié que ce que je suis prête à offrir. Ils peuvent pas ou ils ne veulent pas, ça dépend, je ne sais pas et c’est une autre question (dans un article que j’appellerai : pourquoi on apprend pas aux mecs à aimer de la même manière que l’on apprend aux filles.)

Et c’est douloureux. C’est douloureux parce qu’en tant que fille ronde et noire j’apprends à m’aimer mais je me rend compte qu’il y a des petites fissures. Je me rends compte que j’ai peur d’affirmer ce que je veux dans mes relations. J’ai pas appris à m’affirmer à ce stade. J’ai juste appris que sur le marché de l’amour, j’étais pas supposée valoir grand chose, donc si je voyais quelqu’un qui faisait mine d’apprécier mon corps et/ou mon esprit, je devrais prendre.
Même s’il ne m’aimait pas vraiment en fait.
Ça m’a fait aimer des mecs qui ne m’aimaient pas vraiment en fait. Ça m’a fait me contenter d’être dans des relations qui ne me plaisaient pas, me contorsionner dans des positions inconfortables, parce que je pensais que je n’avais droit qu’à ça. Ça m’a fait faire des compromis qui me rendaient mal et malheureuse comme les pierres, parce que j’aimais oui, et surtout je pensais que je ne valais pas mieux que ça.
Et j’étais mal. J’étais amoureuse oui, mais ma jauge de bonheur tombait à 50%.

Est ce que c’est inimaginable d’avoir appris à s’aimer au point de faire passer son bonheur avant tout, même avant le fait d’être dans une relation. Est ce que c’est barré d’avoir appris à s’apprécier au point de se dire « Je suis une femme noire grosse qui rencontrera un mec prêt à mettre autant sur la table que moi » ?
Est ce que c’est inimaginable ?
Est ce que j’agis de façon déraisonnable ?

Car le pire, c’est que j’y crois. J’ai la foi.
J’y crois un petit peu.
Et je me sens mieux d’y croire un peu.
Mieux que d’être enfermée dans des trucs sentimentaux qui ne mènent nulle part.

C’est la faute du féminisme noir et de la body positivity ça. Faire croire aux femmes noires rondes qu’elles ont peuvent réclamer respect, envisager le bonheur et à l’amour réciproque, sans devoir ressembler aux canons traditionnels.