Flamboyance politique à Nyansapo.

Ce week-end s’est déroulé le premier festival afroféministe organisé par le collectif Mwasi, Nyansapo. Réunissant familles de victimes de la violence policière, collectifs afroféministes européens, artistes, militant.es et sympathisant.es, ce festival s’est déroulé sur deux jours, du 28 au 30 juillet 2017 à Paris.

Le festival Nyansapo a été l’objet de débats innombrables, parce que près de 80% de ses ateliers étaient réservés au femmes noires. Dans la mesure où j’ai déjà écrit sur la non-mixité sur le blog, je ne vais pas y revenir et vais m’intéresser à ce qu’était Nyansapo.

Nyansapo, un festival politique unique en son genre.

A ma connaissance, le festival Nyansapo est le premier festival français qui a permis de mettre les femmes noires, et notamment les femmes noires francophones au centre. Les apports artistiques des femmes noires, à la photographie, à la musique, voire même au théâtre étaient omniprésents. L’exposition photo de Nancy Wengue-Moussissa, les travaux vidéos de Claire Obscure, les interventions de Casey, la perfomance du groupe Kami Awori, les déclamation déclamation de textes comme celui de Léonora Miano, tout exhalait le talent de femmes noires. #BlackGirlMagic

C’est aussi à ma connaissance le premier festival, sur le territoire français, qui met les femmes noires comme actrices d’un changement politique.

Qu’est-ce que ça veut dire de manière concrète ? Ça veut dire inviter des femmes comme Ramata Dieng, soeur de Lamine Dieng, jeune homme tué par la police en 2007, qui parle de violences policières et de son combat au sein du collectif « Vies Volées ». Ça veut dire aussi proposer des livres de théorie politiques écrits presque exclusivement par des femmes noires traitant des questions de racisme, de sexisme, de LGTB-phobie, et presque tous traduits en Français, parmi lesquels des textes de bell hooks et d’Audre Lorde mais aussi le livret de la Coordination des Femmes Noires de 1978.

Les représentantes de Nyansapo se sont directement inscrites dans une histoire des mouvements antiracistes francophones, en proposant en première vidéo une interview de Gerty Dambury, membre de la CODEFEN. Le dialogue entre l’ancienne militante de la CODEFEN et la militante de Mwasi symbolisa à mes yeux,plus qu’un hommage, une main tendue vers une histoire longtemps mise de côté . Mwasi clamait ainsi haut et fort que l’afroféminisme ne venait pas de « nulle part et qu'[il] faisait partie de la famille des mouvements noirs pour la libération ». Intrinsèquement ancré à gauche, le festival prit soin de mettre en lumière la place des femmes noires dans les luttes au travail en invitant un groupe de femmes de ménages noires marseillaises à parler de leur combat pour obtenir justice et meilleurs salaires. Se côtoyait une association pour envoyer des fournitures scolaires au Mali et un collectif d’afroféministes lyonnaises, Sawtche, qui distribuait des outils pédagogiques sur les questions de négrophobie et misogynoir.

La question de la présence des femmes noires ne s’est ainsi pas limitée, comme on le voit souvent, à la question de la représentation ou à la citation de textes d’auteures absentes, qui rendent leur existence presque abstraites. De la production intellectuelle, artistique en passant par l’action de terrain, les femmes noires étaient au centre d’une dynamique visant à questionner et transformer la société.

Mwasi a également renoué avec une tradition des mouvements noirs de libération, notamment des mouvements panafricains en permettant un espace où des afroféministes de plusieurs pays européens (Angleterre, Pays-Bas, Espagne et France) se sont retrouvées pour discuter de misogynoir, de militarisme, de la supremacie blanche en contexte européens, de la représentation, de l’histoire du colonialisme et du traitement des corps noirs dans les contextes des différents pays. On peut ainsi rapprocher cette initiative à des évènements comme celui du Congrès des Étudiants et artistes Noirs de 1956 ou encore du 2ème congrès panafricain de 1919. La présence appréciable de traductrices a d’avoir des échanges plus enrichissants et de raffermir des liens au sein de la diaspora afrodescendante. C’était fascinant de se mêler à la foule et d’entendre parler français, anglais, espagnol, portugais…

De l’islamophobie au colorisme en passant par la santé mentale et la critique virulente virulente du capitalisme, ce fut une myriade de problématiques qui fut abordée ce week-end là dans une ambiance à la fois joyeuse et combative. Chacun.e d’entre nous avait l’impression de vivre un moment spécial, encore beaucoup trop rare, où nos idées politiques, nos émotions, notre flamboyance pouvait s’exprimer librement et sans entraves.

Utopies afroféministes : sur la réhabilitation de l’espoir et du rêve comme arme politique. 

Je suis en pleine lecture de l’ouvrage « Écrire l’Afrique Monde » un ouvrage réunissant plusieurs textes de philosophes, penseur.es, écrivain.es africain.es et afrodescendante.s tels que Achille Mbembe, Léonora Miano, Nadia Yala Kisukidi. Ce livre est la suite des Ateliers de la Pensée, colloque tenu à Dakar en 2016 qui avait réuni ces personnalités.

Celleux qui me suivent sur Twitter savent déjà. Ce livre me retourne le cerveau. Il provoque des feux d’artifices sous le crâne : je ne suis pas sûre encore, à l’issue de cette première lecture, de distinguer toutes les nuances des gerbes de couleurs, mais ce qui est sûre, c’est que je suis émerveillée. Ravie aussi de lire des auteur.es, penseur.es afrodescendants ET francophones contemporaines, trop peu entendues dans l’Hexagone. Ravie de découvrir la richesse des oeuvres et de la pensée africana.

Cete lecture me pousse à écrire un texte sur l’afroféminisme, mouvement qui participe pleinement selon moi à la décolonisation des esprits. Plus encore, l’afroféminisme, comme tous les autres mouvements visant à l’émancipation de groupes oppressés (comme les mouvements d’antiracisme politique, le panafricanisme, la lutte contre le néocolonialisme ou l’islamophobie, la lutte contre un capitalisme reposant sur l’exploitation de corps racis.és.) est un humanisme.

L’afroféminisme est un humanisme.

En questionnant et en critiquant les structures oppressives comme le patriarcat, le racisme institutionnel, le cis-sexisme et la transphobie, l’afroféminisme pose les pierres d’une redéfinition d’une humanité digne. L’afroféminisme pose une réalité claire : l’homme blanc mince hétérosexuel, riche, vivant en plein centre d’une ville du Nord n’a plus le monopole de l’humanité. Il n’est plus le seul capable de produire de l’universel, d’en définir ses contours, ses limites et son histoire.

Plongeant dans les racines des travaux de militant.es afrodescendante.s appartenant aux différents espaces diasporiques, convoquant l’histoire des marges, l’histoire de nos mères et de nos pères, l’afroféminisme rend hommage aux utopies de ces ainéE.s et affirme son attachement aux combats de la justice sociale. Le collectif Mwasi, notamment, nous procure un tas d’outils (rencontres, manifestations, festival…) qui permet de rappeler que les femmes noires, bien souvent effacées même à gauche, sont les premières bâtisseuses d’un monde où réduire les inégalités sociales et supprimer la brutalité des oppressions est une priorité.

C’est pour moi important de se rappeler pourquoi on se combat, en quoi on croit, quand on est afroféministe. Certain.es de nos oppresseur.es nous poussent à nous concentrer sur la justification de nos moyens d’actions, de nos sujets de préoccupations, la manière dont on se présente. Ces ‘distractions » peuvent nous épuiser. Elles sont là pour nous empecher de travailler dirait Toni Morrison, de rêver à d’autres mondes. Pourtant, notre colère face aux discriminations est légitime.

Notre colère, nos cris, nos rages, notre exaspération, nos pleurs sont légitimes. Notre colère est légitime car elle nait d’espoirs empêchés et de joies frustrées. Cette colère positive et créatrice est celle qui nous permet d’envisager un autre monde.

Femmes noires et (luttes au) travail.

 

Alors que le Nouvel Obs vient de faire une critique élogieuse du livre de Karen Messing sur « Le Calvaire Invisible des femmes de ménage« , il m’est paru opportun de faire un bref article relatant quelques une des luttes des femmes noires dans le monde du travail. A travers ce récapitulatif, il me paraît primordial de rappeler la place qu’ont eu les femmes noires, trop souvent invisibilisées dans les luttes pour des meilleures conditions de travail, à petite moyenne, grande et échelle.

Que ce soit sur le marché de l’emploi, ou pendant leurs carrière professionnelles, les femmes noires sentent peser sur leurs épaules la lourde charge des différentes discriminations qui reposent sur leurs épaules.  L’article de Carmen Diop sur les femmes Noires diplômées montrent que les femmes Noires sont plus sujettes à être précaires et au chômage, qu’il y a un fort ressenti de dévalorisation dans leur travail (une évolution de carrière freinée, des augmentations de salaires qui tardent ou qui n’arrivent pas). Dans l’article, Carmen Diop recueille aussi des témoignages de femmes afrodescentantes qui sont obligées de se temporiser,  parfois de se taire dans un espace majoritairement blanc qui les renvoie à une stéréotype raciste négatif d’un Noir « revanchard et revendicatif ». Même porter leurs cheveux au naturel peut être considéré comme un manque de professionnalisme. La question du harcèlement sexiste au travail se développe encore trop lentement en France. En ce qui concerne la question raciale, ce type de harcèlement est peu évoqué, et cela renvoie àu « d’admettre l’existence de rapports ethniques [je dirais raciaux} en France  » selon C. Diop qui « leur dénie le droit d’exprimer leur souffrance. ». Il est ainsi peu dit que le racisme et le sexisme qui vise les femmes noires les pousse vers la précarité, et à des impacts directement matériels sur leurs conditions d’existences. En d’autres termes, les femmes Noires ont plus de chances d’être appauvries dans un monde du travail qui les discrimine de manière raciale ou genrée.

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Préparatif d’une pancarte d’un.e membre du collectif Mwasi lors d’une manifestation contre la Loi Travail. Septembre 2016. Source 

 

Du fait de la division sexuelle et genrée du travail, on retrouve un grand nombre de femmes noires aux postes les plus subalternes et les plus difficiles : caissières, femmes de ménage dans des grands hôtels ou des bureaux, coiffeuses, nounous. Dans ces métiers, dévalorisés socialement, précaires et pénibles, les luttes pour l’amélioration des conditions de vie sont peu médiatisées.De plus, dans le tertiaire, il est difficile de se mobiliser ou de se syndiquer (surtout quand on est soit même dans une position précaire, soumises à plusieurs types de discriminations – race, genre, statut de nationalité-), ce qui rend l’oppression d’autant plus forte et la lutte d’autant plus hardue. Alors que le nombres de femmes noires aux postes de responsabilités dans les syndicats se fait rare, et que d’après Carmen Diop, ces débats  sont relativement absents, il est bon de rappeler que des femmes noires se battent pour l’amélioration de leurs conditions de travail, de leurs conditions de vie et au final, mènent et menèrent un combat inspirant pour la justice sociale.

En témoigne le combat des femmes de ménage de la boîte de sous-traitance Arcade, sous-traitante de la Compagnie Accor.

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Une gréviste pendant le mouvement

Sous-payées, exploitées, elles décident de cesser le travail et de mener une longue bataille : faire la grève pendant un an.  Carine Fouteau relate cette histoire oubliée de la mémoire des mouvements sociaux à travers le site Vacarme.  En 2011, Ivora Cuzac et le collectif 360 et plus réalisent un film racontant cette épopée.  D’autres exemples suivront avec notamment le documentaire  » On a grêvé » (2013) de Denis Gheerbant qui met en combat le combat de femmes de ménage noires et migrantes.

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Image tirée du film « On a grêvé ». Source

En 2009, Sylvia Fofana crée le syndicat des auxilaires parentales de France ( le SNAP, le syndicat des nounous), pour remédier à la situation de totale précarité et de subordination dans laquelle sont plongées les nounous étrangères ( qui sont en grande majorité issues du continent africain) après avoir vécu une expérience semblable. Le cas des nounous exploitées par des familles riches parisiennes et notamment des femmes blanches riches engageant des femmes étrangères pauvres, racisées (et souvent noires) est considéré comme un non-sujet par la plupart des représentantes du féminisme classique français , car il met en lumière la manière très claire dont la misère économique, l’instabilité au niveau du statut de l’état civil (conditions irrégulières sont utilisées par les employeuses pour exploiter des travailleuses non-blanches dans une atmosphère souvent raciste qui perpétue des clichés essentialisants sur les travailleuses. Caroline Ibos, dans son livre Qui gardera nos enfants ? : les nounous et les mères parle ainsi de reproduction de « l’institution de la servitude », explique  Marianne Modak.

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Dernièrement, on a pu constater des initiatives hors de la lutte syndicales qui permettaient de rassembler des femmes  Noires pour parler des problématiques de racisme et de sexisme sur le lieu de travail, avec l’organisation par la blogueuse afroféministe Mrs. Roots et la fondatrice de NkaliWorks notamment de la journée  » Femmes Noires et Travail »

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Selon moi, l’afroféminisme passe aussi par une valorisation des combats pour la justice sociale de toutes les femmes noires. Que cela passe par une manifestation pour l’interdiction de l’ouverture d’un Bal Nègre, un combat pour l’amélioration des conditions de travail et une hausse des salaires de femmes de ménage, la création de syndicats ou de collectifs qui ont pour but de grignoter, morceau par morceau, un système oppressant.  En abordant ces luttes, ces combats et toutes les problématiques que ceux-ci soulèvent, j’aborde aussi une histoire familiale, personnelle, où l’histoire de la galère et de la résilience se cotoient et se mélangent. Ces combats, menées parfois par nos propres daronnes, reléguées à la marge des luttes, méritent d’être glorifiés.

 

Pour aller plus loin :

Modak, Marianne. « Caroline Ibos : Qui gardera nos enfants ? Les nounous et les mères », Nouvelles Questions Féministes, vol. vol. 31, no. 2, 2012, pp. 121-124.

Carmen Diop, « Les femmes noires diplômées face au poids des représentations et des discriminations en France », Hommes et migrations [En ligne], 1292 |

Sophie Blanchard, « Intersectionnalité, migrations et travail domestique : lectures croisées en France et aux États-Unis », EchoGéo [En ligne], 30 | 2014

 » Ne réfléchis plus, vote ! »

Ce texte a une vocation cathartique. Il est voué à évacuer l’intense colère qui me ronge depuis ces derniers jours, qui masque la peur et l’angoisse latente qui m’habite depuis que j’ai compris, il y a quelques années que mon vote avait permis l’accession au pouvoir de gens qui n’incarnaient pas ce que je considérais comme étant la gauche. Mon premier vote avait participé à la nomination de Valls au pouvoir. Mon premier vote avait eu pour conséquence la Loi Travail. Les polémiques sur le burkini et le voile à l’Université, entre autres défenses d’une ministre du droit des Femmes qui se permet d’utiliser à tort l’histoire de la traite négrière pour déclamer son islamophobie. L’inaction totale sur la question des discriminations raciales. Le détricotage de la loi sur l’encadrement des loyers. Les photos horribles des évacuations violentes des migrants par les CRS.  Tout ce contre quoi j’avais voulu lutter en votant pour la première fois, , contre Sarkozy et POUR la gauche, un programme socialiste. Enfin c’était ce que je croyais en 2012 hein, j’avais 20 ans, faut m’excuser… J’ai vite été déçue.

Cette déception, cette peur, cette colère, je l’ai manifesté de plusieurs manières au fil des années: manifestations diverses,  pétitions, threads de tweets interminables, des textes sur ma possible abstention… Depuis 2014, je craignais l’arrivée du Front  National, dont on assimilait le vote à un vote de contestation, de protestation et moins à un vote d’adhésion. Pourtant, les idées du FN se propageaient à la une de journaux dit respectables, les représentants du FN étaient accueillis sur tous les plateaux télés à toute heure comme des personnes aux idées acceptables. Il fallait vendre peut-être. Question d’audimat peut-être. En tout cas, les idées d’extrême droite passent de bouche en bouche, en une version plus ou moins édulcorée. Les attentats attisent ce phénomène et bientôt on parle « terrorisme / voile à l’Université/ immigration » en boucle. Le FN n’a plus rien à faire ou presque. 

Accablée, je voyais celleux, au pouvoir, qui étaient censés nous « protéger contre le danger du FN » nous jeter au diable. Jouer avec le feu. Récupérer les sujets du Front National  » parce que le FN c’est grave mais il faut parler de leurs sujets hein ». Ils étaient tous trop occupés à débattre sur la sémantique du mot islamophobie, sur la longueur des jupes, sur les moyens d’organisation des antiracistes pour aller combattre les vrais fachos et les ennemis de la démocratie. Pendant qu’on interdisait les manifs pour la COP 21, le Front National s’organisait et avait carte blanche sur tous les plateaux télés et les émissions de radios. Ceux au pouvoir pensaient peut-être  qu’ils allaient être meilleurs que Marine Le Pen à ce jeu alors que c’est son parti qui a inventé les règles. On a vu ceux qui nous ont tourné le dos, qui ont bafoué leurs promesses, planté des couteaux dans le dos qui ont dédaigné l’abstention qui grandissait au fil de ces dernières années. Ignorer les sonnettes d’alarmes tirées, encore, encore ET ENCORE jusqu’à la catastrophe. 

Nous voilà au second tour de l’élection présidentielle.

Celleux qui nous ont ignorés pendant toutes ces années ne font même plus mine de nous séduire. C’est avec une arrogance et un mépris incroyable que ces gens nous somment de réparer leurs erreurs. Suffisants, ils se parent d’un rôle de sauveteurs d’une démocratie qu’ils ont entamé avec des lois comme celles sur le Renseignement et sur le Fichier Monstre et nous jettent un « vote pour moi connard ! Tu es un irresponsable si tu ne le fais pas, ne vois-tu pas le FN en face ! Comment peux-tu nous comparer à eux ? ». Alors que depuis des années, ils se targuent de récupérer l’électorat FN en voulant parler de ces sujets. C’était ça leur cible non, aux caciques du PS comme Valls ? Un électorat FN qu’ils pensaient protestataire ! D’ailleurs c’est du bout des lèvres que Valls comme Mélenchon proposent comme réponse aux quartiers populaires:  » plus de police de proximité  » comme si c’était là, via un outil répressif, la seule réponse que l’on peut attendre quand on habite lesdits quartiers. 
Nous voilà à la veille au second tour de l’élection présidentielle, et celleux qui ne nous ont pas écouté pendant ces 5 dernières années se targuent de vouloir nous sauver d’un danger qui, hormis pendant le cours temps des élections, semble à leurs yeux ma foi plutôt acceptable. Ce personnel politique qui frémit à minuit moins le quart, alors que l’on crie l’arrivée de la nuit depuis des heures sans que cela ne les dérange. Ces gens qui refusent le dégoût que peuvent inspirer leurs leçons de morales bien trop tardives et qui, encore maintenant refusent d’écouter et de comprendre pourquoi on en arrive là. 

Nous voilà à la veille du second tour et j’ai la peur au ventre, le coeur au bord des lèvres à l’idée de voter, écrasée par le poids de cette soudaine et absurde responsabilité à laquelle n’est attachée aucun pouvoir de décision sur les actes du/de la président.e ( le précédent mandat me l’a fait comprendre à de nombreuses reprises), envieuse des électeur.rices fachos de Marine Le Pen qui votent pour quelqu’un qui a fait mine de les écouter. 

J’aimerais tellement clore ce texte par un brin d’optimisme, mais il a été écrasé toutes ces années par l’injonction au réalisme et au pragmatisme à coup de 49.3. Et maintenant, je n’ai même plus le droit d’utiliser ma dernière ressource pour manifester mon dégoût, il faut que je participe au banquet des « sauveteurs de la démocratie » qui A AUCUN MOMENT N’ONT FAIT MINE DE SE RESPONSABILISER. Je vais aller voter la mort dans l’âme, le coeur brisé en sachant que les co responsables vont retourner/arriver au pouvoir par ma faute et que c’est certainement pas comme ça que le rapport de force va s’inverser.
« Pince-toi le nez et vote ». Jusqu’à quand ? 

Pour aller plus loin, 4 personnes trans racisées commentent les élections: Voter pour le moins pire, un dilemne de la blanchité ? 

L’amour ne fait pas tout. 

Depuis quelques temps, j’ai envie d’écrire sur le couple interracial Noir-Blanc. C’est un sujet assez épineux (encore plus quand on est soi même dans une relation interraciale) mais il est temps de me lancer. ATTENTION CA VA ETRE LONG !

Mes recherches me poussent à constater que la question du couple interracial est une question qui interroge en France depuis des décennies (si ce n’est des siècles). Des #ToutestNoirSaufNosMeufs et autres #BaeBlanc sur Twitter en passant par la prise en compte des couples métis comme facteur d’intégration des populations dites minoritaires (aka racisées) à la population « majoritaire » (aka Blanche française) dans une enquête sociologique de qualité, le sujet du couple interracial « Blanc-Noir » est partout. Il est bon de creuser ce sujet de manière plus profonde.
Retour sur un passé compliqué.

Il fut un temps, sous l’ordre colonial où les relations entre les femmes indigènes (d’abord esclaves, puis colonisées) et les colons (administrateurs, militaires, fonctionnaires) d’abord tolérées, furent interdites : en effet, les colons redoutaient une situation qui brouilleraient la hiérarchie raciale dans les colonies avec des descendants de ces unions revendiqueraient des droits civiques plus importants, voire la liberté et l’égalité. Les unions maritales et le concubinage sont donc interdits dans les territoires colonisés. De plus, les corps des femmes indigènes, hypersexualisés et déshumanisés par les colons, ne sont pas à l’abri de viols, outil qui marque la domination masculine coloniale dans les corps. La sexualité des femmes africaines notamment est masculinisée, perçue comme étant monstrueuse et prétentument débridée, ce qui les sortiraient du genre féminin et justifieraient un traitement indigne. ( Voir La Matrice de La Race d’Elsa Dorlin, Des rLuttes et des Rêves de Michelle Zancharini-Fournel)

Pendant la période coloniale, à Paris cette fois, on constate pendant l’Entre Deux Guerres, un nombre important de couples mixtes hommes noirs – femmes blanches, notamment dans les milieux anticolonialistes, antiracistes et anti-impérialistes de l’époque. Dans le livre Colonial Metropolis, Jennifer Boittin nous raconte l’histoire d’hommes noirs, intellectuels antillais, anciens soldats colonisés venus du Sénégal ou d’autres pays d’Afrique, qui ont des relations avec des femmes blanches, celles-ci participant même aux réunions de groupes comme l’Union des Travailleurs Nègres (UTN). Certaines sont mêmes fichées au Bureau des Affaires Indigènes (une institution étatique qui surveillait les groupes anticolonialistes à Paris) au même titre que les hommes. Les mêmes militants, horrifiés par les traitements de certains coloniaux à l’égard des femmes indigènes voyaient d’un très mauvais oeil les relations quelqu’elles soient entre des femmes africaines et les hommes blancs, explique J. Boittin. Certaines étaient vues comme des traîtresses à la cause, potentielles informantes de l’ennemi (et il y en eut). De plus, selon Boittin, les militants percevaient cela comme une perte d’une masculinité déjà éprouvée par les affres de l’esclavage et de la colonisation. D’abord mis arbitrairement ( de manière barbare, il faut le dire) au ban de l’humanité puis privés de leurs droits civiques et de citoyens en tant que sujets colonisés, ces intellectuels et militants qui pour certains avaient également payé l’impôt du sang pendant la Première Guerre Mondiale ne supportaient pas l’idée de perdre « leurs » femmes (cf Boittin). Les relations avec des femmes blanches dérangeaient moins du fait de l’organisation patriarcale des relations amoureuses : les femmes blanches n’étaient pas vues comme conquérantes ou colonisatrices, à l’inverse des hommes blancs, mais plus comme conquises -parfois grâce à des clichés fétichisants- . De plus, la figure de la « femme blanche », Parisienne de surcroît, incarnait l’idéal de féminité (ce qui évidemment ne protège aucunement des violences physiques) et certains voyaient à travers l’amour de femmes blanches, l’amour enfin accordé de la nation France, amour et reconnaissance absents dans tous les autres domaines. Jennifer Boittin explique que certains des militants restés à Paris associent les corps et le coeur des femmes noires, peu nombreuses dans ces milieux, souvent restées dans les territoires colonisés, comme une incarnation de la mère-patrie ou, fidèle, à protéger et à défendre (=> implication très forte d’un regard patriarcal sur des corps qu’ils voient comme « les leurs » ) mais temporairement (ou pas) lointaines, et l’amour des femmes blanches comme prestigieux, à proximité physique,moyen de rétablir leur masculinité, voire l’accession à la nationalité française.

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Couple au Bal de la rue Blomet dit Bal Nègre, Paris 1932. Source ACHAC

Exotisations et fétichisations des corps des personnes Noires étaient bels et bien présents dans une capitale coloniale qui s’extasiait devant Joséphine Baker, d’ailleurs Jeanne Nardal parlent de la négrophilie et des clichés qui peuplent la littérature française de l’époque dans son texte  » Pantins Exotiques« . C’est intéressant d’observer ces deux phénomènes historiques pour voir que la question du couple mixte n’a rien de banal ni d’anodin. D’ailleurs, au début des années 20, Suzanne Lacascade, une auteure antillaise, en fait l’un des thèmes principaux de son roman Claire-Solange, Âme Africaine qui décrit la rencontre entre une jeune Antillaise métisse et un noble blanc à Paris à la veille de la Première Guerre Mondiale. Son héroïne, Claire-Solange évoque la question de l’exotisation des Antilles par les Blancs, de la misogynie, du racisme, du traitement des Africain.es colonisées.

« Blak c’est Blanc sans le « HaiNe » : oui, mais encore…

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Le « Swirl » : un mot utilisé pour définir les couples interraciaux, très présent sur Tumblr notamment (je suis très perplexe)

Depuis quelques temps, en France notamment , certains illustrent la fin du racisme par la présence et/ou l’augmentation de couples interraciaux. Les exemples choisis montrent que la formation de couples interraciaux Blancs/Noirs n’annulent en rien les dynamiques raciales qui existent dans les sociétés et au sein des couples. Il est intéressant d’observer la prégnance des clichés racistes et coloniaux les corps des racisé.Es, qui nous suivent jusqu’en 2017 et qui seraient maintenant censés être positifs dans le jeu de la séduction. On parle toujours de l’hypermasculinité noire à travers l’évocation d’attributs sexuels de taille démesuré, la fameuse phrase  » Les mecs Noirs en ont des grosses » : le cliché renvoyant à la « poutre de Bamako » reste omniprésent dans le porno notamment. De la même manière, les femmes Noires sont renvoyées à une hypersexualité sauvage  » Panthère, Jungle Fever, » encore plus courante sur les appli de dating.

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Une technique d’approche très courante A BANNIR. Source : Tumblr

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On parle un peu moins des questions de racisme qui peuvent exister dans l’entourage de la personne blanche.. Si ces questions ne sont pas évoquées au sein de la relation, elles peuvent entrainer un isolement de la personne racisée, une fatigue mentale et toutes les conséquences qui peuvent découler d’une exposition du racisme dans la sphère intime, l’expérience du racisme ayant des impacts sur la santé mentale. De même, certaines questions de hiérarchie raciale intériorisées restent sous silence : dans une relation, la personne blanche peut être potentiellement vue comme un signe d’avancement social, voire même de prestige (et la personne noire devient un repoussoir à éviter par tous les moyens). Dans une relation hétérosexuelle, le statut misogyne de « trophée prestigieux » de l’idéal-type « femme blanche », vue comme étant la représentation de l’idéal de la féminité à protéger dans un contexte d’hégémonie des canons de beauté euroaméricains, peut perdurer dans certaines relations interraciales et est peu voire pas discuté. De la même manière, une femme noire peut aussi choisir exclusivement de sortir avec un homme blanc, parce que c’est sa représentation d’une relation socialement prestigieuse et acceptée voire encouragée. Combien de fois ai-je entendu ça ?! Un homme noir peut aussi être réduit comme un outil de « rébellion » ou de « provocation » face à une famille ouvertement raciste, ce qui le déshumanise totalement. Une femme noire peut également être l’objet d’une dévalorisation totale en étant cantonnée au rôle fêtichisant de « divertissement sexuel », « expérience à tester » qui la maintient hors du cadre amoureux.

On peut par ailleurs s’interroger sur le fait que la présence de racisés dans l’espace médiatique français, au travers des fictions notamment, se fassent souvent dans le cadre de relations interraciales mais moins dans le cadre de relations entre personnes racisé.Es. Comme si dans la hiérarchie du couple idéal (je parle du monde hétérosexuel qui m’est plus familier), le couple de personnes racisé.es était au plus bas de l’échelle.

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Si c »était si « colorless » pourquoi ça sort autant de l’ordinaire ? La naiveté c’est bien mais bon.

Est-ce que cela veut dire qu’il n’y a pas d’amour possible dans les relations interraciales consenties ? Évidemment que non. Est-ce que je suis en train de dire que les couples interraciaux sont une aberration, qu’il ne faut pas qu’ils existent, etc ? Toujours pas (et ce serait vraiment ridicule de ma part). Est-ce que je suis en train de dire que les femmes noires attirées par des hommes en particulier devraient se limiter à sortir avec des hommes noirs ? Mon coeur d’afroféministe ne peut s’y résoudre, je pars du principe qu’une femme noire a le droit de trouver son bonheur et sa paix où qu’ils soit, étant donné les circonstances. MAIS. Vouloir masquer toutes ces questions, évidemment sensibles, en parlant d’amour me paraît pour le moins naïf. Engager ces discussions me paraît nécessaire quand on est dans une relation interraciale. Parce que, qu’on le veuille ou non, la question des enfants métis (qui sont aussi sujets à une forme d’exotisation), de racisme genré ou de sexisme racialisé apparaissent à un moment. Les relations de couple ne sont pas une bulle qui préservent de toutes les oppressions qui existent dans la société, bien au contraire. L’amour ne suffit pas.

Du salon de Clamart au clip « Musique Nègre » : le Tumulte Noir a de beaux jours devant lui.

« Un article NON EXHAUSTIF sur mes lectures du moment, il y en aura certainement d’autres.

Après des semaines de débats franchement épuisants moralement sur les violences policières, sur l’usage de mots racistes soit-disant convenables comme « Bamboula », me replonger dans l’étude du « Tumulte Noir » ( cf J.A Boittin)  qu’a connu la France pendant l’entre-guerre est à la fois rafraichissant et rassérénant. Alors que nos livres d’histoire français débordent d’images humiliantes sur les représentations coloniales type « Ya Bon Banania », les affiches de l’exposition coloniale, mes yeux et mon coeur s’émeuvent de toutes les découvertes enfouies et mon anglais bancal franchit la barrière de la langue des articles que je lis.  Lire la suite

Des news en pagaille…

Bien, il est temps de donner quelques petites nouvelles, avant de laisser la place  articles habituels :

  • Le blog a enfin une page facebook : J’y partagerais mes évènements et les endroits où je me suis exprimée mais aussi les choses qui m’ont interpellé, énervé, émerveillée, soulée (et sûrement beaucoup d’articles de presse sur la politique, BEWARE ! :). Retrouvez moi là bas 🙂
  • Vous pouvez aussi me retrouver sur Atoubaa, un média dédié aux femmes noires francophones, où j’anime la revue « Parti Pris » orientée sur la politique. J’écris aussi pour  le webzine culturel  » Deuxième Page » !
  • Le vendredi 17 février, je participe à un café-débat à Lyon sur l’afro-féminisme ! J’espère voir certains d’entre vous. 16729206_1046760868763811_8633985748511966196_n

Je vous réserve encore d’autres surprises mais ce sera pour une prochaine fois 🙂