L’éloge de la laideur.

(D’abord publié en 2011 sur Facebook).

I’m not pretty. But ugliness is not as sad and as disastrous as I thought. Af ter all, I’m ugly but life can be so beautiful that her beauty will shine on me and enlightens me. After all, being beautiful is not an end in itself.

I’m not beautiful. However, I do not lie down on the floor and wait for death to come rescue me. Because having recognized my ugliness is released myself of a weight. I did not have to be pretty. Ugliness is not a failure.

I’m ugly! I’d like to claim it !  Accept my ugliness. Because my ugliness is like my joy, as my kindness, as my laugh, my ugliness is a part of me.

I’m not asking you to love it. I’m not crazy about it either. But see me as a woman who could charm, please or seduce. Do not see me as an ugly woman. Do not throw me at my  ugly face as if had committed a fault or that I should be blamed. My ugliness is not an award but a strength. It forces me to cultivate other qualities, qualities which I will own andwhy you love me.

 

Ugliness is not a disease.

 

I would have thought that to admit and accept my ugliness would have signed me to my death warrant. And yet I’m still here. And yet the earth has not stopped spinning. And yet, my friends are still there.

Recognizing that I’m not pretty does not prevent me to wear pretty dresses and makeup to try to fix this ugliness original.

Yet, I stop believing that I could become the sublime one day. Anyway, all these attempts to become a sex bomb were ridiculous and doomed to failure.

I’ll never be beautiful. Never. Too bad. Anyway, I had no great hopes. But instead of being beautiful, I’m charismatic, charming, funny, generous, sociable and fun. And occasionally, I try to be seductive.

I’ll never be beautiful or even pretty. But never mind, I live with my ugly smile on his lips, his head held high, proud and confident gait.

 

Ugliness is not an end in itself. Close their eyes and continue to hope in vain is more painfulthan anything else. I’m ugly. Yet life will continue to be magnificent.

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Des marges au centre : pourquoi un féminisme qui ne prend pas en compte les luttes des femmes de ménage (entre autres) n’est pas un féminisme intersectionnel, ni un féminisme tout court.

TLDR : Je sais, c’est un long titre. Mais. On admire les grèves en Espagne ou en Suisse… mais il y a des grèves chez nous aussi. Soutenons les luttes des femmes de ménage : cliquez ici pour celles et ceux qui veulent aller droit au but (et qui s’en fichent de mon blabla). Sinon, venez passer du temps avec moi. Partagez mon malaise. Et ensemble, essayons de réfléchir pour faire changer les choses (et ensuite on donne au pot commun).

Il y a quelques jours déjà, s’est déroulé le festival Nyansapo, organisé par le collectif afroféministe Mwasi. Comme en 2017, il fut composé d’expositions, d’atelier de réflexion politiques, de performances théâtrales et d’enjaillances musicales. Inutile de dire que c’était à nouveau un plaisir de voir ce type d’initiatives, destinées à donner de la force aux femmes noires.

Le thème de cette année ? La solidarité. La première plénière fut une rencontre entre Madame Tounkara, syndicaliste CGT qui a notamment mené, entourée de ses compagnon.nes, une lutte acharnée pour des meilleures conditions de travail pour les femmes de ménage de l’hôtel où elles travaillaient, et Rose Ndengue, chercheuse en sociologie spécialisée dans les mouvements de femmes dans un contexte colonial (et notamment au Cameroun). Cette plénière, en plus du discours de clôture de Mwasi, m’a interpellé dans la manière dont on parle d’intersectionnalité, d’afroféminisme, et m’a fait avoir un espèce de retour sur moi-même.

Madame Tounkara, la grandeur et la lumière

D’abord, il est important de noter que : madame Tounkara est une femme extrêmement admirable. Elle est badass, il faut le dire. Elle a expliqué comment elle et d’autres femmes de ménage (et agents d’entretien) se sont mobilisées. Appuyée par la CGT-HP, Madame Tounkara l’a dit elle-même, au delà de la question de l’argent, de meilleures conditions de travail, ce qu’elle et les autres employé.Es réclamaient, c’était de la dignité. Du respect. On lui niait ce respect car c’était une femme africaine, noire, et précaire.

But still, she rise.
Elle a rappelé comment, malgré l’instabilité et la précarité de leurs situations, elles et ils se sont mis à faire du bruit. Du bruit à Suresnes, ville bourgeoise du département le plus riche de France. Elle a raconté comment les gens les insultaient, leur disaient  » si vous n’êtes pas content.es, rentrez chez vous (pas en France). ». Madame Tounkara l’a dit : la plupart des femmes de ménage de l’hôtel où elles travaillent sont noires, dans des situations précaires. On le sait, cela a été déjà dit : la division du travail est genrée et racialisée. Qui se retrouve dans des situations de grandes précarité, à faire des travaux ingrats qui leur coûtent leur santé, parfois leur vie privée ? Souvent des femmes venant de pays ex-colonisées pauvres. Alors qu’on lui a demandé comment elle avait pu faire dans ces conditions, comment elle avait eu la force de résister, de taper sur des casseroles dans les rues bourgeoises, de tenir face aux dirigeants et à la direction, elle a ri et dit (en gros) :

On n’avait pas le choix. On s’est battu.es pour notre dignité. Ils ne voulaient pas nous voir, mais nous nous sommes imposées.

Tous les mots sont importants.

Afro(féminisme), intersectionalité, féminisme «  » » » »inclusif » » » » » »…. et femmes de ménage.

(Attention, je ne viens pas critiquer nos idées, nos principes. Je suis critique de nos pratiques. Du concret. )

Au delà du charisme impressionant de Madame Tounkara, une vraie question s’est posée. On est face à une situation où, sans aucun doute, on peut affirmer que multiples mécanismes de domination s’imposent à elle, à elles, et à d’autres femmes de ménage et agent.es d’entretien. Comment se fait-il donc qu’on ne parle plus de la condition des femmes de ménage, de leur combat, dans le milieu féministe ?

Bon j’ai déjà la réponse à la question : parce que la plupart d’entre nous (et je me mets dedans) font partie de la « classe moyenne », ou exercent des professions classées « intellectuelles supérieures ». Attention, ce n’est pas condamnable. Mais ça veut bien dire que souvent les paroles des femmes de ménages, des femmes racisé.es ET pauvres ET en situation de migration sont totalement invisibilisées. Est-ce qu’on peut avoir le millième débat sur la question du self-care, si on ne parle pas, concrètement, avec des femmes racisées pauvres de ce que ça veut dire le « self-care » quand on a un travail extrêmement pénible, loin de notre domicile, qui n’est pas valorisé socialement ? Quelle crédibilité on a en tant que féministe, si on donne pas aux caisses de grève, si on ne soutient pas ces mouvements, qui arrivent à Batignolles, à Marseille, à Suresnes etc ? Quelle crédibilité on a en tant que personne qui croit au féminisme « inclusif », intersectionnel, si on ne parle pas du fait que les femmes de ménage, du fait de leur position, sont plus vulnérables au harcèlement sexuel, que justement les femmes de ménage de l’Hotel Ibis à Batignolles dénoncent. Quelle crédibilité on a en tant que féministe, si on adresse pas le fait qu’après nos conférences, nos débats etc, c’est d’autres femmes qui nettoyent encore derrière nous, dans des conditions souvent de merde ?

Je sais, je sais. I know. Vous êtes dans le malaise. Vous ressentez de la lassitude. De l’agacement. Vous voulez fermer la page. Vous voulez passer à autre chose. Vous vous dites que certes, elles ont galéré mais nous, aussi on galère. Vous vous dites  » mais on peut pas remplir tous les pots commun de la terre ! »

Vous êtes d’accord au fond, mais…. Mais.

Moi aussi, je suis dans le malaise. Moi aussi, j’interroge mes pratiques, et je me dis que je ne suis pas parfaite (loin de là). Moi aussi, je me dis que je devrais repenser mes sujets sur le body positive, sur la question d’antiracisme, le repenser au delà d’une question de représentativité, qui objectivement, ne changera pas le monde. Moi aussi, je me demande pourquoi c’est plus facile pour moi de me rallier derrière une Beyoncé ou une Serena que derrière une Madame Tounkara (parce qu’on a un investissement émotionnel pour ceux qui réussissent selon les normes capitalistes mais bon c’est une autre conversation).

Le but n’est pas d’être parfaite. On s’en fout d’être parfait.e. Le but, c’est de donner du sens aux mots « sororité », « oppression », qu’on utilise très souvent. Le but, c’est aussi de bien comprendre que tant que les femmes de ménage ne seront pas traitées dignement, tant qu’elles seront victimes d’oppressions, traitées comme si elles ne méritaient pas le respect, déshumanisées, etc… on le sera aussi. Le but, c’est de capitaliser sur ce sentiment de malaise, de maladresse, d’inadéquation, pour pousser à quelque chose de mieux. A quelque chose de plus fort. Le but, c’est d’arrêter de fantasmer sur la Suisse, l’Islande, l’Espagne, et de booster celles qui essaient ici, malgré tous les obstacles, de changer leurs situations et à travers elles, de changer un petit peu le monde. Voir leur brillance, leur courage, ça ne peut que ne pousser à être un peu à leur niveau.

(Et participer aux caisses de grève aussi, en plus de leur donner de la visibilité).

Pour aller plus loin :

Article de Médiapart : A l’hôtel ibis, les femmes de chambre grévistes sont malades du travail

Suivre la page CGT-HP, qui soutient le combat de femmes en lutte.

Voir le film : On a grévé qui raconte les luttes de femmes

Des dessins de la féministe radicale Emma sur la lutte des femmes de ménage dans les grands hôtels de luxe parisiens.

PS : Oui j’ai eu une longue absence, je me suis consacrée à plein de choses, mais je suis tellement contente d’être revenue. Je vous remercie d’avoir lu jusque là, et j’espère qu’on va continuer ses conversations ensemble.

2018.

Est-ce que c’est trop tard pour vous souhaiter une bonne année ? On va dire que non.

Pour le début de cette année 2018, je voulais commencer par remercier les lecteurs et les lectrices. Le blog est une plateforme où je peux exposer mes idées et mes raisonnements, en toute liberté, et j’espère que cela vous plaira.

Vous pouvez évidemment me contacter sur ma page Facebook, où j’ai le plus de chances de réponses, sur Instagram ou sur Facebook alors n’hésitez pas à me laisser vos commentaires.

Au délà des polémiques et autres débats , ce qui a marqué l’année de 2017 pour moi, ce sont les innombrables créations des afrodescendants (notamment français). Que ce soit dans le domaine musical (j’ai particulièrement kiffé l’album de Naza), au niveau des livres, des bandes dessinées, des événements et festival (avec le festival Art’Press, le Black Movies Festival, Afropea, Boucles d’Ebènes, Nyansapo, etc), des plateformes artistiques voire même de la fanfare 30 nuances de Noires, le monde afro rayonne de tous les côtés. Ce que j’ai suivi avec beaucoup d’attention, c’était les podcasts : entre The Why, Piment, Le Tchip, What The F* Podcasts, Womanist Podcast, TV in the box, A La Première page, c’est vraiment vivifiant de voir cette émulation, et cette envie de construire, de créer.

2018, c’est l’année des projets-rêves qui éclosent. C’est l’année de publication de mon tout premier recueil de poésie “À nos Humanités Révoltées”, qui sort le 22 mars aux Éditions Métagraphes.

Est-ce que c’est trop tard pour vous souhaiter une bonne année ? On va dire que non.

Pour le début de cette année 2018, je voulais commencer par remercier les lecteurs et les lectrices. Le blog est une plateforme où je peux exposer mes idées et mes raisonnements, en toute liberté, et j’espère que cela vous plaira.

Vous pouvez évidemment me contacter sur ma page Facebook, où j’ai le plus de chances de réponses, sur Instagram ou sur Facebook alors n’hésitez pas à me laisser vos commentaires.

Au délà des polémiques et autres débats , ce qui a marqué l’année de 2017 pour moi, ce sont les innombrables créations des afrodescendants (notamment français). Que ce soit dans le domaine musical (j’ai particulièrement kiffé l’album de Naza), au niveau des livres, des bandes dessinées, des événements et festival (avec le festival Art’Press, le Black Movies Festival, Afropea, Boucles d’Ebènes, Nyansapo, etc), des plateformes artistiques voire même de la fanfare 30 nuances de Noires, le monde afro rayonne de tous les côtés. Ce que j’ai suivi avec beaucoup d’attention, c’était les podcasts : entre The Why, Piment, Le Tchip, What The F* Podcasts, Womanist Podcast, TV in the box, A La Première page, c’est vraiment vivifiant de voir cette émulation, et cette envie de construire, de créer.

2018, c’est l’année des projets-rêves qui éclosent. C’est l’année de publication de mon tout premier recueil de poésie “À nos Humanités Révoltées”, qui sort le 22 mars aux Éditions Métagraphes.

Pour celles et ceux qui me connaissent bien, le fait d’être publiée est la réalisation d’un rêve d’enfant, que j’ai longtemps cru être une chimère. C’est un moment très fort pour moi, donc, mais j’ai aussi l’impression d’être au début de quelque chose. C’est comme si, en réalisant ce rêve, je me permets enfin de croire que les chimères que je cultivais en secret peuvent finalement devenir réalité.

A nos Humanités Révoltées”, c’est d’abord pour moi, une autre manière de parler et de discuter de politique. De la rendre plus sensible en la rattachant à des émotions comme la colère, la frustration, la joie et l’espoir. C’est aussi rendre hommage à des figures intellectuelles, familiales et politiques, anonymes ou connues, qui ont forgé ma manière de penser le monde. C’est aussi ma façon d’ouvrir un dialogue pour discuter ensemble de ce qui fait notre monde.

J’ai vraiment hâte de vous le faire découvrir et d’échanger avec vous.

Force, joie et courage à nous.

Pour celles et ceux qui me connaissent bien, le fait d’être publiée est la réalisation d’un rêve d’enfant, que j’ai longtemps cru être une chimère. C’est un moment très fort pour moi, donc, mais j’ai aussi l’impression d’être au début de quelque chose. C’est comme si, en réalisant ce rêve, je me permets enfin de croire que les chimères que je cultivais en secret peuvent finalement devenir réalité.

A nos Humanités Révoltées”, c’est d’abord pour moi, une autre manière de parler et de discuter de politique. De la rendre plus sensible en la rattachant à des émotions comme la colère, la frustration, la joie et l’espoir. C’est aussi rendre hommage à des figures intellectuelles, familiales et politiques, anonymes ou connues, qui ont forgé ma manière de penser le monde. C’est aussi ma façon d’ouvrir un dialogue pour discuter ensemble de ce qui fait notre monde.

J’ai vraiment hâte de vous voir découvrir le recueil et d’échanger avec vous. Il est déjà disponible sur le site des Éditions Métagraphes.

Force, joie et courage à nous.

Il n’y avait pas que Joséphine Baker !

« The main thread in the history of black Franco-phone intellectual activity is not abstention or ideological timidity–much
less a rush to « assimilation » in any overarching sense–but instead the
French colonial authorities’ persistent and ruthless suppression of black in-
tellectuals. Even the most innocuous cultural efforts were crushed »

Le fil conducteur de l’histoire intellectuelle noire francophone n’est pas un mutisme ou une timidité idéologique ni une course à l’assimiliation -du moins moins en majorité-, mais plutôt une suppression persistante persistante et impitoyable des intellectuel.les noir.es par les autorités coloniales françaises. Mêmes les initiatives culturelles les plus inoffensives étaient brisées.

– Brent Hayes Edwards.

Il y a quelques temps, je lisais un article sur ID sur la gentrification où le journaliste interrogeait un sociologue, et une phrase m’a marqué et assez agacée pour être honnête.

« La question raciale a remplacé la question sociale ».

C’est une théorie très tenace. J’ai pu l’entendre très souvent sortir de la bouche de pas mal de gens, y compris de celles de sociologues ou d’activistes français, souvent blancs. Les mêmes nous accusaient « d’importer les luttes noires-américaines en France » (lol). A croire que les mobilisations des Noir.es n’existaient pas en dehors des États-Unis. Et pas mal d’entre nous peuvent se laisser prendre à ce discours ambiant, alimenté également par des intellectuel.les qui ont travaillé sur l’antiracisme aux États-Unis, qu’on ne citera pas ici.

Mais comment vous dire ? Cette théorie est fausse. Au delà de l’erreur, ce genre de phrases alimentent plusieurs mécaniques, qui sont intrinsèquement liées.

  • penser que la question raciale apparaît en France dans les années 80, et dans la même continuité, penser qu’il n’y a pas de Noir.es en France avant les années 70-80.
  • Et de ce fait nier et invisibiliser toute l’histoire des mouvements noirs francophones, souvent internationalistes, communiquant en dehors des frontières nationales.
  • Penser que des intellectuels et militants noirs francophones n’ont jamais lié la question « dite sociale » et la question raciale.

En lisant Africa Unite de Amzat Boukari-Yabara, un historien du panafricanisme et Practice of Diaspora de Brent Hayes Edwards (celui là est malheureusement en anglais), j’ai découvert tout un nouveau monde d’une histoire totalement occultée.

En effet, dans les années 20’s-30’s, il existait une multitude de revues créés par des Noir.es, pour les Noir.es. Les Continents, Depeche Africaine, La Revue du Monde Noir, Le Cri des Nègres, La Voix des Nègres, Le Courrier des Noirs, Tropiques, L’ouvrier Nègre, Légitime Défense… toutes ces revues étaient publiées et organisées EN FRANCE. Ne parlons même pas des groupes organisés comme le Comité de Défense des Intérêts de la Race Noire, l’Union des Travailleurs Noirs, etc…

Des individus comme Léo Sajous, Maurice Satineau, Suzanne Roussi-Césaire, Paulette Nardal, Lamine Senghor, Tiémoko Garan Kouyaté, Jane Nardal, René Mesnil, Aimé Césaire, Louis-Thomas Achille, Frantz-Fanon, Alioune Diop, Kojo Tovalou Houénou, Émile Faure et d’autres dont on (je) connaît pas encore le nom ont alimenté un mouvement qui couvre tout une partie du XXe siècle. Évidemment, les dissensions existaient au sein de ces nombreux groupes : des dissentions politiques notamment entre celleux qui sont des réformistes et qui ne remettent pas en cause dans sa totalité le système colonial et celleux qui prônent l’indépendance des colonies, celleux qui sont plus ou moins proche du Parti Communiste…

Il n’empêche que des groupes qui ont produit des textes, qui ont construit des alliances transatlantiques, qui ont monté des actions comme des manifestations (contre l’exposition coloniale à Paris en 1931, ou une organisation des ouvrièr.es noir.es) ont existé de ce côté de l’Atlantique. Ces groupes s’inscrivaient dans un mouvement transnational qui travaillait pour l’émancipation des Noir.es. Pas mal de Francophones, comme René Maran (prix Goncourt de littérature) ou Tiémoko Garan Kouyaté (intellectuel et activiste panafricain), ont ainsi pu répondre à des activistes noirs US qui voyaient la France comme comme un paradis à l’abri du racisme et oubliaient totalement la question du colonialisme et du racisme à l’égard des Noirs.

Ne nous trompons pas : les autorités françaises de l’époque (et notamment les services du Ministère des Colonies- devenu le ministère de l’Outre-mer et du service des Affaires Indigènes) surveillaient ces activistes, ces initiatives et notamment ces liens transatlantiques. Interdiction du territoire de certains activistes noirs américains, interdictions de diffusions de traductions de textes américains, refus de diffuser des journaux dans les colonies… C’est d’ailleurs aussi en partie grâce à cette surveillance détaillée que des historien.nes ont pu déterrer ces histoires, via l’utilisation d’archives de ces autorités . Malheureusement le travail de ces historien.nes n’est pas aussi relayé ou distribué et cela participe à l’invisibilisation de l’histoire des Noir.es en France et donc de l’histoire de la racialisation, de la colonisation et de celles et ceux qui se sont levé.es pour lutter.

Pour aller plus loin :

Un incontournable : AFRICA UNITE de Amzat Boukari-Yabara sur l’histoire du panafricanisme

ENG : Practice of Diaspora – Brent Hayes Edwards sur l’internationalisme noir des années 20-30

ENG : Negritude Women – Tracy Sharpley Whiting sur les femmes du mouvement de la Negritude

ENG : Colonial Metropolis – Jennifer Boittin que j’ai déjà cité dans mon article sur l’histoire des relations interraciales.

Là où l’humanité s’arrête.

Ce post sera court et sûrement décousu mais en tant que personne qui se dit afro féministe, inspirée par des féminismes noirs internationalistes, je ne pouvais pas ne rien poster.

Cette semaine, j’ai aperçu une vidéo d’un « marché aux esclaves » en Libye.

Cette semaine. J’ai aperçu. Une vidéo. D’un « marché. AUX ESCLAVES ».

Des personnes migrantes, dont on connaît, à force de récits racontés, les calvaires. Et pourtant, j’ai l’impression que la dimension terrible de ces calvaires est masquée. On égraine le nombre des mort.es dans la mer Méditerranée comme une fatalité, comme s’ils.elles n’étaient que des oeufs qu’il fallait casser pour protéger la forteresse Europe. On a beau nommer leurs noms, leurs prénoms, rien n’y fait, on s’émeut quelques secondes puis, plus rien. On a déjà tourné la page. Il ne faudrait pas être accusé par une partie de la gauche, la droite et l’extrême-droite d’  » de droitdelhommiste, boboiste islamogauchiste grandremplaciste multiculturaliste communautariste » (rayez la mention inutile).

On va en vacances sur la côte d’azur et on se baigne dans un cimetière. Quand des migrant.es arrivent sur une plage, leur présence derange plus que la fragilité de leurs embarcations. Nos murs doivent être respectées à tous prix, et celleux qui veulent fuir la misère, la guerre s’écrasent contre des frontières que nous, Européen.nes, on a délocalisé. On ne veut pas les voir ces personnes, hors de nos villes qui doivent ressembler à des musées, hors de nos terrasses et de nos cafés, on les reloge, on les efface du paysages. Les migrant.es ne sont plus des pères, des mères, des fils et filles de quelqu’un, des oncle et tantes, ils et elles sont réduit.es à leur statut, à leur situation, une situation dont visiblement, on s’accommode aisément de l’horreur.

« On ne peut pas accueillir toute la misère du monde » cette citation partiale de Rocard suffit à celui ou celle qui la prononce de s’absoudre de toute obligation. On peut s’installer et voyager presque partout dans le monde, on peut laisser nos gouvernements envoyer nos déchets au quatre coins de la planète, on peut consommer des fruits « exotiques », des ressources naturelles partout dans le monde sans penser aux conséquences écologiques et économiques, on peut profiter des richesses, symboliques et financières, reposant sur la colonisation et l’esclavage, on peut donner des leçons aux femmes africaines et leur dire combien d’enfants elles doivent accoucher tout en les laissant à la merci de violeurs quand elles sont migrantes, on peut découper un continent entier en frontières qui n’ont aucun sens, ça oui on peut.

Par contre, « accueillir toute la misère du monde », on peut pas.

On laisse des gens dans des centres de rétention à l’abri des regards. Pour soit-disant « éviter les appels d’air », On les laisse se fracasser sur les murs de notre bel État-nation, aux frontières de l’Europe, la fantasmée blanche Europe, là où pour certain.Es, l’humanité s’arrête. Nos yeux qui transforment des personnes en « sans-papier« , en « clandestins« , en « migrants » s’écarquillent devant le bout du processus, que l’on voit en Libye = des personnes qui ont perdu leur liberté. Et une nouvelle fois, les pupilles des tortionnaires négrophobes et racistes jettent sur la peau de ces personnes leurs pensées ignobles, déshumanisantes.

Cette semaine. J’ai aperçu. Une vidéo. D’un marché. AUX ESCLAVES.

Pour celleux que ça pourrait intéresser, des manifestations sont prévues

:

Et puis ne pas hésiter à faire des dons si on peut à SOS MÉDITERRANÉE et à l’auberge des Migrant.es.

Les Internets, il faut qu’on parle.

Parlons peu. Parlons bien.

Depuis quelques temps, il apparaît clair que les réseaux sociaux et internet deviennent un champ de cyber batailles entre différents camps politiques (Flavia Dzodan le dit bien mieux que moi). Quand je dis camps politiques, je ne parle pas seulement des fanzouses de Sarkozy ou de la Méluche Hive, bien qu’on pourrait en parler longuement. Je parle du fait que sur plusieurs platformes de réseaux sociaux, on laisse des groupes de gens appartenant à l’extrême-droite s’organiser. Ce n’est pas nouveau (CF l’affaire du Gamergate) et on voit que le grand public paraît se saisir de ces questions avec l’affaire #Webedia et un certain forum qui organisait des raids organisés sur des militantes féministes, des femmes et personnes trans, des afrofem et des femmes voilées depuis des années.

Une journaliste, également féministe, a été touchée par ce harcèlement, et a pu mobiliser son réseau médiatique, important, pour montrer la chose. C’est bien. Mais ce n’est qu’une partie du problème. Alors que Twitter se met à décerner des certifications à des néo-nazis américains, alors que les utilisateurs.trices de ce réseau ont alarmé à PLUSIEURS reprises de la prolifération des nazis sur le net, on voit des militants antiracistes, féministes, LGBT de plus en plus vulnérables. Après les raids, le spam, on observe une nouvelle technique : les néo-nazis signalent des comptes (ex Amel Lucky, OumyWanKenobi) ou des pages facebook, encore « peu suivis, non validés et ces comptes sautent.Alors que Twitter peine clairement (et ce n’est pas le seul) à protéger ses utilisateur.rices (de plus en plus de comptes se mettent en verrouillés etc), des groupes d’extrême-droite utilisent les propres outils de Twitter pour faire supprimer et suspendre certains comptes. Ça coûterait bcp aux plateformes de réseaux sociaux d’investir massivement dans des politiques qui visent à répondre efficacement à ce phénomène ? Où est-ce que ça leur rapporte de laisser ça en l’état ? Sans vouloir être dans le complotisme le plus total, je m’interroge.

Pourquoi j’en parle.

Twitter (et les réseaux sociaux) est un lieu où, entre deux fachos et « trolls » (des gens qui pratiquent souvent le harcèlement et qui sont souvent d’extrême-droite ou qui ont des idées réactionnaires ), on apprend pas mal de choses et surtout on diffuse pas mal d’outils pédagogiques, de notions de concepts, d’évent, de comptes rendus de manifestations ou de réunions. On sort parfois de l’isolement. C’est une ressource qu’il ne faut pas négliger. Certains ne le font certainement pas. Ça interroge aussi sur la fragilité de l’outil et du support : qu’est ce qui se passe si on est suspendu, quelles sont les solutions alternatives, comment on peut s’engager au quotidien. Je préfère le mentionner parce qu’on ne peut se permettre d’attendre qu’une autre personnalité ayant un fort capital social et (même si parfois dégradé) et une capacité à mobiliser importante se retrouve la cible de ces nouvelles méthodes : ces personnes se font d’abord les dents sur des profils vulnérables ou dont le public mainstream se foutent.

Quelques conseils, critiquables bien sûr, pour finir cette ébauche de réflexion, que je continuerais sur le blog et en dehors :

  1. Personnellement, j’essaie au maximum de de ne pas débattre avec les fachos. C’est une habitude à prendre parce que c’est dur de ne pas aller mentionner directement ces *********** bref. Pourquoi ? Parce que la plupart du temps c’est une perte d’énergie. Du coup je ne recommande pas. Assénez des vérités à la limite, mais c’est tout.
  2. Variez les réseaux. Si possible, utilisez Discord (même si j’y pige rien pour l’instant).
  3. Si vous pouvez (vous êtes dans une grande ville et avez la possibilité mentale/physique) = allez aux rencontres IRL c’est cool.
  4. Hésitez pas à ouvrir un blog/Tumblr et désactivez les coms si besoin (l’écriture ça peut être difficile et tout mais vous êtes assez bon.nes)
  5. Les pauses c’est sous-coté parfois. La violence est aussi dehors mais on en subit pas mal aussi sur internet.

Pour aller plus loin :

Suivre Flavia Dzodan sur Twitter et lire son blog : Red lights Politics

Buzzfeed : Le terme de troll ne convient pas aux harceleurs sur le forum 18-25.

« De toute façon, toi tu ressembles à Ngolo Kanté « 

En grandissant en France, puis en arrivant sur les réseaux sociaux, j’ai remarqué certaines choses qui étaient très récurrentes : le fait qu’on associe les femmes noires à des joueurs de foot masculins français, souvent de peau foncée. Ainsi, j’ai moi même pu être affublée d’appelation comme « Bakayoko », « Ngolo Kanté » etc. Cette association était évidemment négative : les corps de footballeurs noirs à la peau foncée (#colorisme) étaient transformés en insultes à l’égard de femmes noires, comme un moyen de les humilier.

Mrs Roots a déjà parlé, dans un article qui a fait couler beaucoup d’encre, et qui a provoqué pas mal de réactions (et pas toutes positives) de misogynoir. Ce terme créée par l’intellectuelle et féministe noire US Moya Bailey et popularisé par l’intellectuelle et womanist Trudy soulève la question de la misogynie particulière qui touche les femmes noires. Autant la question de l’hyper-sexualité des femmes noires est assez abordée, que ce soit dans les témoignages, avec les fameux  » panthères », autant la question de la masculinisation des corps des femmes noires dans le regard des autres est mis de côté. J’aimerais, à travers cette article, ouvrir une discussion sur comment la manière dont on pense le genre et la race, et comment particulièrement, les femmes noires ne sont précisément pas pensées comme appartenant au genre « femme » dans la pensée coloniale. Ces représentations nous suivent jusqu’à aujourd’hui, au travers d’insultes qui nous paraissent presque anodines si elles ne touchaient pas à quelque chose de plus profond.

Dans « La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française », écrit par Elsa Dorlin, les « Africaines » sont décrites comme n’étant pas des femmes : via une construction stéréotypée et raciste de leur sexualité. Selon certains médecins européens de l’époque : elles n’auraient pas de pudeur – car elles étaient seins nus-/un plus fort désir sexuel car auraient le sang chaud : des attributs qui seraient d’après eux plus proches de l’homme. Un article qui est sorti il y a quelques jours sur Libération atteste d’autant plus de cette vision des femmes noires comme n’appartenant pas au genre féminin : les femmes sont décrites comme  » plus viriles du fait des travaux de force qu’elles accomplissent, de leurs corps musclés, de leur chevelure courte « . Ainsi, on voit que la rencontre des colons européens avec les femmes noires cimentent les stéréotypes de genre occidentaux et les alimentent : les femmes noires ne sont pas vues comme des femmes car elles sont vues comme plus fortes et leurs cheveux crépus ne sont pas des vecteurs de féminité. Cette remise en cause de leur féminité, voire même leur masculinisation, ouvre la porte à une totale déshumanisation : la présupposée force des femmes noires devient une justification pour des mauvais traitements, tortures et poursuite de l’esclavage . Comme l’expliquait l’activiste abolitionniste Sojourner Truth dans son texte « Ain’t I a Women » en tant que femme noire, elle n’était pas vue comme un objet fragile, à protéger : cette expérience du genre ne s’adresse ainsi qui à un nombre limité de personnes.

Cette exclusion des femmes noires de la vision occidentale et masculine du genre féminin au moment de la colonisation se perpétue dans certaines pratiques, considérées parfois comme banales par une grande partie de la population : le traitement de Serena Williams par exemple, où on a pu constater un total deni de sa féminité à cause de son corps. On peut également souligner la manière dont certains, pour tourner en ridicule les femmes noires, s’obstinent à utiliser leur usage supposé ou réel de postiches, rajout et perruques pour souligner une absence de cheveux (encore une fois réelle ou supposée). Via ce procédé, on observe une remise en cause de la féminité des femmes noires selon des critères similaires à ceux de l’époque coloniale = les femmes sans cheveux ( c’est à dire sans cheveux longs et lisses qui tomberaient dans le dos) ne seraient pas des « vraies femmes TM » et il faut tourner en dérision ce qui est vu comme une pastiche de féminité.

Au delà des critères de beauté occidentaux, exclusifs, on le sait, on voit que l’esthétique et l’apparence physique ont joué dans l’exclusion des femmes noires dans la catégorie « femmes » dans l’oeil euro américain, hégémonique. Parfois on dit même  » femmes et minorités visibles » comme si les femmes noires et racisées n’existaient pas. Ce qui est intéressant de comprendre, c’est qu’on constate qu’il n’y a pas seulement eu une « invisibilisation » des femmes noires dans la manière dont on pense la féminité, le genre en Europe/Amériques (et notamment dans les mouvements féministes blancs comme l’ont souligné à de nombreuses reprises black feminists US, afroféministes, womanists, feministes africana etc ) mais une exclusion pure et simple s’appuyant des critères racistes hérités de la colonisation, alors même que les femmes noires sont aussi aussi susceptibles d’être victimes de violences masculines.

Pour aller plus loin :

Ne Suis-je pas une Femme ? Femmes noires et féminisme – bell hooks

Le Ventre des Femmes : Françoise Verges