De la joie en politique. 

Je me souviens qu’il y a quelques temps, je disais à une amie à quel point la joie pour moi était un outil personnel de résistance, presque de défense. J’ai voulu en faire un article, pour continuer la réflexion sur cela. 

A mon sens, la joie est une denrée extrêmement rare en politique, et le contexte actuel n’y est pas franchement favorable. J’ai l’impression de sentir un noeud qui serre mon coeur en lisant les débats sur les violences policières, une frayeur lâche face à la colère presque incontrôlée et légitime de mon frère face au racisme, mon estomac qui se soulève devant le dernier récit d’agression sexuelle accompagnée de réactions typique de ce qu’on appelle la culture du viol…. Une rage froide, familière m’envahit quand je constate comment certains politiques osent parler d’austérité, de «  » » » »réalisme«  » » » économique dont il faudrait faire preuve, les mêmes qui se gavent allègrement d’argent public sur notre dos. Un amer dégoût me saisit quand je lis des hommes politiques, qui viennent du même sérail, d’un parti au quinquennat décevant, pretendant vouloir révolutionner un système qui finalement n’a fait que les avantager. Indécrottable idéaliste, j’ai pourtant bien à l’esprit que je ne verrais pas de grands bouleversements positifs dans cette vie. J’ai du mal à imaginer les différentes sortes d’oppressions éradiquées d’ici à 20, 30, 40 ans. Ainsi, la joie, quand on s’intéresse à la politique comme je le fais, est un sentiment extrêmement rare. Voir un adversaire politique se rétamer en beauté est plaisant mais éphémère et bien pâle en comparaison. 

Pourtant, je me suffis de « petites » victoires, parfois imparfaites. 

Arracher tous ces petits moments d’allégresse me permet à la fois de souffler un peu et d’avoir le courage d’espérer autre chose. Ca me fait du bien, une minute, oublier la sensation de grotesque et d’horreur qui m’habite de plus en plus. Le temps d’esquisser un sourire, je respire presque et c’est un outil qui me pousse à replonger la tête sous l’eau, à surmonter presque cette terreur glacée et à recommencer à marcher et crier quelques slogans. J’apprécie cette joie d’autant plus qu’elle n’est pas caricaturale, car on prête souvent au Noir.Es une espèce de joie génétique, puérile, clownesque. Du Y’a Bon Banania aux clichés des « Africains toujours contents même avec peu », c’est un trope raciste très récurrent notamment dans l’imagerie coloniale -mais pas que- . Alors qu’on réduit souvent les Noir.Es à cette caractéristique  qui feraient de nous des sortes de grands enfants constamment souriants et plus très humains, la joie est pour moi un sentiment devenu outil à la fois de réparation, de protection et de résilience. Cet outil est précieux, aussi précieux pour moi que la colère face à l’injustice de l’oppression. 

J’écris cet article parce que cet outil m’a manqué ces derniers temps. J’écris cet article parce que je me sens triste et j’ai besoin de me voir, de nous voir heureuxses. J’écris parce que je me souviens d’une marche féministe passée où je me suis sentie grisée par ce sentiment. Je me souviens de manifs contre la Loi Travail, où j’avais des frissons d’être la, remplie du sentiment qui précède celui de l’espoir. Des joies simples comme celles d’écouter et danser du ndombolo ou du bikutsi entre amies. A voir l’une d’elles réussir. Voir des femmes noires célébrées aux Césars, qui ont pourtant failli être présidées par Polanski (quand on parlait de victoires imparfaites !). Voir Viola Davis avoir un Oscar. Voir de plus en plus de personnes utiliser les réseaux sociaux pour évoquer collectivement les idées panafricaines (même si le mot n’est pas toujours utilisé) ou afrofeministes, questionner le racisme, le sexisme, les failles du capitalisme. Constater le succès des avant premières de Ouvrir La Voix, les créations type Mariannes Noires, Exhale, MamiWata,  les collectifs qui se créent, les manifs de plus en plus remplies, les nouveaux exemplaires de la revue Assiégé.Es, les livres qui sortent, les nouveaux lieux qui se créent, la vitalité et la richesse des afro-descendant.Es  francophones me ravit. Replonger dans notre propres passé(S), redécouvrir l’histoire de nos luttes, de nos forces, de nos combats, voir enfin nos brillances injustement effacées me rend heureuse. C’est beau de nous voir résister ET vivre, debout, dignes et fièr.Es. 

Billet d’humeur.

[En réponse à l’article sur l’intersectionnalité et le confusionnisme supposé du Huffpost : précisons que ceci n’est pas une analyse critique du texte, juste la manifestation d’un certain agacement ]

Je viens de sortir d’une journée de 10h de colloque sur l’histoire des luttes de l’immigration, des travaux de chercheurs sur l’intersectionnalité, des débats ardus sur l’émancipation et la quête d’autonomie politique, les témoignages de nombreuses associations…
Quand soudain je tombe sur l’article du Huffington Post.

On a bien compris que quand les racisés parlent en leurs noms sans vous demander votre avis, ô détenteurs de LA culture politique et de l’axe du bien, ça vous dérange aux entournures.
Que du coup, on joue la carte du racisme sans cesse (bien sûr, le racisme et l’accusation de racisme seraient des cartes, un jeu en somme, mais va savoir comment on gagne jamais).
On a bien compris que si on s’exprime pas lors d’un moment et d’un temps imparti, et que vous nous jugez comme un jury d’American Idol (ELLE ? OK. Elle ? Ah non rouge rouge, elle fait le jeu des intégrismes ! Allez éliminée du camp des Justes), ben on est les pires maux, on fait le jeu du FN, des fondamentalistes religieux, de daesh, de feu Ben Laden, de Rael… tout ca quoi ! Que c’est votre attention sur nos luttes qui les legitimeraient, qui les rendraient réelles. Sans vos yeux, sans votre validation, point de salut, c’est ça ? 😂

Si on met tout ça de côté…

Je suis perdue face à tant de nullité. Aucune recherche intellectuelle un temps soit peu poussé, aucun travail sur la question, une succession de phrases sans logique, des accusations qui sont vide de sens…. et c’est tellement criant et frappant que ça en devient embarrassant pour la personne.

C’est toujours le même problème. Vous pensez que c’est okay de venir parler d’un sujet sur lesquels vous avez passé 3min50, sur des problématiques que vous ne connaissez pas, qui concernent des gens à qui vous ne parlez jamais (sauf pour donner des conseils dont personne ne veut). Vous pensez qu’il suffit de deux minutes, d’un article de blog lu entre deux portes, pour considérer que votre avis sur un mouvement dont vous ne prenez pas la peine d’étudier les origines et les acteurs a un quelconque intérêt.
Je vous rassure : ça n’en a aucun.
Vous ne possédez visiblement ni les savoirs théoriques, ni les savoirs d’expérience pour pouvoir vous prononcer sur un sujet que vous ne maîtrisez pas, en la matière, l’intersectionnalité.

Je m’étonne à chaque fois du culot que vous avez pour considérer que votre parole, aussi erronée qu’elle soit, aurait un quelconque intérêt.

En bref : qu’est ce qui a pu bien vous laisser penser que ce que vous pensez de nous à une quelconque importance ? Surtout quand la critique est aussi médiocre ?